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Sous couvre-feu, comptons les moutons avec Titon et l’Aurore

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Paris. Opéra Comique (en livestream). 19-I-2021. Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville (1711-1772) : Titon et l’aurore, pastorale héroïque en un prologue et trois actes sur un livret de l’abbé de Voisenon. Mise en scène, décors, costumes, marionnettes : Basil Twist. Création vidéo : Daniel Brodie. Lumières : Jean Kalman. Avec : Reinoud Van Mechelen, Titon ; Gwendoline Blondeel, l’Aurore ; Emmanuelle de Negri, Palès ; Marc Mauillon, Eole ; Julie Roset, Amour ; Renato Dolcini, Prométhée. Chœur et Orchestre Les Arts Florissants, direction musicale : William Christie

Les répétitions de la nouvelle production de l’Opéra Comique avaient démarré avec quelques espoirs presque inavoués. Mais comme pour Hippolyte et Aricie en novembre dernier, ce sera à huit clos que Titon et l’Aurore sera finalement mené.


En son temps, cette pastorale héroïque défendit les couleurs musicales françaises en pleine « querelle des Bouffons ». Aujourd’hui, on a plutôt tendance à constamment comparer l’écriture de Mondonville à celle de Rameau. Essayons ici de s’en détacher afin de reconnaître à juste titre les attraits de cet ouvrage lyrique, en commençant dès les premières minutes par l’entrée charismatique de Prométhée interprété ce soir par , et un prologue où chaque image scénique est incarnée en musique, que ce soit l’air pour les Esprits du feu, les lents arpèges pour les statues, ou encore la torpeur du chœur. L’arrivée de l’Amour change radicalement de ton, se distinguant par une coquetterie toute italianisante, mais avec une diction perfectible qui laisse quelque peu sur sa faim.

Le directeur de la Chapelle royale de 1740 à 1758, et du Concert Spirituel de 1755 à 1762 est loin d’être dépourvu d’invention avec un orchestre où les altos sont absents. Preuve en est au début du premier acte où les timbres les plus graves caractérisent la puissance de cette nuit obscure dans laquelle apparaît Titon, la lumière accompagnant l’Aurore se matérialisant par la suite grâce à des cordes et des bois éclatants. Sous la direction de qui connait bien l’écriture du compositeur, notamment par le biais de ses motets, c’est avec des tempi volontairement exagérés que la virtuosité et la technicité de la musique se déploient, affirmant un sens dramatique abouti grâce à des effets de contrastes irréprochables.

Dans ce cadre, la première mise en scène d’opéra de Basile Twist est d’un bel effet en approchant chaque scène selon une atmosphère et un tout organique. Le metteur en scène prend le parti cohérent de diriger aussi la création des costumes, des décors et bien sûr des marionnettes qui ont fait sa réputation. On retrouve la patte de l’artiste ailleurs également : textiles, lumières, miroirs et autres matières prennent mouvement et vie de la même manière. L’esprit baroque y est parfaitement respecté avec une approche loufoque de l’idée de « pastorale » à l’apparition des nymphes à l’acte II, entre une gavotte exécutée par deux moutons mêlant pas de danse de jazz et de hip-hop, et une pluie de leurs congénères dans la danse suivante. Les sourires générés par ce tableau ne feront pas oublier la poésie de la chorégraphie aérienne des marionnettes à fils des trois Grâces, et la subtilité d’approche de la nudité des statues du prologue. Que ce soit en profondeur ou en hauteur, dans la lumière ou dans l’ombre – voire le noir total au dernier acte -, Basile Twist maîtrise son sujet, même si la direction d’acteurs semble prendre quelques facilités maladroites, notamment avec Palés et Eole à la première scène de l’acte III.


Mais les atouts du marionnettiste savent surtout combler les faiblesses de quelques personnages, particulièrement la caractérisation musicale un peu grossière d’Eole, qui cependant, sous les traits d’un parfaitement rodé dans ce répertoire, s’atténue quelque peu au regard du vaporeux costume grandiloquent du personnage. La protectrice Palès bénéficie de la musicalité d’une experte dans la conduite et le soutien de la phrase tout comme dans une palette expressive foisonnante.

Pilier de la scène baroque lyrique actuelle, dans le rôle-titre masculin sait déclamer dans une diction limpide, une vaillance exaltante et une grande précision de style. Sa compagne prenant vie sous le soprano de , irradie par la pureté angélique de l’interprète dont l’assise solide du chant se traduit autant dans la finesse des aigus, que dans la présence scénique éclatante.

Le plaisir de continuer à jouer coûte que coûte se véhicule autant dans la vivacité de l’orchestre qui accompagne les saluts du plateau, que dans les chaleureux applaudissements des chanteurs pour une fosse en parfaite symbiose avec les autres protagonistes.

Crédits photographiques : © S. Brion / Opéra Comique

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Paris. Opéra Comique (en livestream). 19-I-2021. Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville (1711-1772) : Titon et l’aurore, pastorale héroïque en un prologue et trois actes sur un livret de l’abbé de Voisenon. Mise en scène, décors, costumes, marionnettes : Basil Twist. Création vidéo : Daniel Brodie. Lumières : Jean Kalman. Avec : Reinoud Van Mechelen, Titon ; Gwendoline Blondeel, l’Aurore ; Emmanuelle de Negri, Palès ; Marc Mauillon, Eole ; Julie Roset, Amour ; Renato Dolcini, Prométhée. Chœur et Orchestre Les Arts Florissants, direction musicale : William Christie

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