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À Rome, La Traviata sous la baguette de Daniele Gatti

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Rome. Teatro Costanzi, 9.IV. 2021 et 21.IV. 2021. Giuseppe Verdi (1813-1901) : La Traviata, opera en trois actes sur un livret de Francesco Maria Piave, inspiré de La dame aux camélias, par Alexandre Dumas. Mise en scène: Mario Martone. Costumes: Anna Biagiotti. Lumières:Pasquale Mari. MOuvements:Michela Lucenti. Avec: Lucetta Oropesa, Violetta Valéry; Saimir Pirgu, Alfredo Germont; Roberto Frontali, Giorgio Germont; Anastasia Boldyreva, Flora; Roberto Accurso, Barone Duphol: Angela Schisano, Annina; Arturo Espinosa, Marchese d’Obigyny; RodrigoOrtiz, Gastone; Andrii Granchuk, Dottor Grenvil; Michael Anfossi, Giuseppe; Leo Paul Chiarot, un domestique; Francesco Luccioni, un commissaire. Chœur de l’Opéra de Rome, chef de chœur: Roberto Gabbiani, danseurs de l’Opéra de Rome, direction : Elonara Abbagnato). Orchestre de l’Opéra de Rome, direction : Daniele Gatti

Après le succès du Barbier de Séville de Gioachino Rossini, tourné comme un film et diffusé en streaming, le Teatro dell’Opera de Rome propose à nouveau l’expérience avec La Traviata de , mise en scène par , tel un antidote à la sinistrose de la pandémie.


Le spectacle, dirigé par avec l’orchestre de l’Opéra de Rome sous la baguette de , a enregistré un record d’audience, avec plus d’un million et 400 mille spectateurs. Un succès mérité dû à une formule innovante née de la pandémie. En effet, une fois de plus, Martone a choisi de filmer un opéra à l’intérieur du théâtre, en utilisant tous les espaces du lieu et en jouant à la fois sur une extrême économie de moyens et une grande richesse d’idées.

Supprimant les fauteuils, il a transformé les stalles en une seconde scène, séparée de la première par l’orchestre. Et sans fioritures, sans redondances hyperréalistes, il en a fait un espace allusif, marqué par une grande table ovale au moment du toast dans la maison de Violetta, ou par une table rectangulaire pour les danses des toréros et des gitans lors de la fête chez Flora au deuxième acte. En arrière-plan, Martone a aménagé un grand lit double, d’abord rouge comme la passion, sur lequel s’empilent en vrac les pardessus des amis ou des clients de la Dame aux Camélias. Puis le lit devient rose, lorsqu’il sert au duo de Violetta et Germont.

Mais le véritable protagoniste de cette nouvelle production de la Traviata, est le Théâtre Costanzi lui-même, que le metteur en scène utilise intelligemment : à commencer par les loges avec des personnages allongés, filmés de dos, scrutés en gros plan, jusqu’aux décolletés vertigineux des femmes et en particulier de Violetta, ou bien surpris comme Alfredo alors qu’il s’attache à reproduire sur une toile le vert de la maison de Violetta à la campagne. De plus les salles, les couloirs, et les escaliers du théâtre romain, sont transformés en tripots, alcôves, boudoirs, suspendus dans le vide d’une joie éphémère, tandis que les serveurs déambulent comme des danseurs. Pour le duo d’Alfredo et Violetta après leur première rencontre, Martone les fait asseoir sur les marches de l’escalier en marbre, tandis qu’en arrière-plan la foule parisienne, lascive, luxueuse et gaie, continue de s’animer entre la loggia, la galerie et la salle de bal réservée aux invités des premières.

Ne se cantonnant pas aux intérieurs, Martone ose aussi tourner à l’extérieur. Ainsi, lorsque Alfredo quitte son nid d’amour en calèche, on le voit parader le long des ruines des Thermes de Caracalla. Et lorsque le carnaval éclate, Violetta se penche par une fenêtre du théâtre pour regarder la foule masquée se trémousser parmi les enseignes lumineuses de la Via Firenze. Car la Traviata de Verdi filmée par Martone, malgré l’absence du public, non seulement garde intacte l’illusion théâtrale, mais l’enrichit d’une dimension inédite, et cela malgré les coupures du tournage dans certaines scènes, quand les chanteurs se retrouvent dans différents endroits du théâtre et loin de l’orchestre, ce qui pourtant interrompt la continuité du chant.

Lisetta Oropesa dans le rôle-titre, dotée d’une voix sublime et d’une technique parfaite, est étincelante bien que son interprétation n’ait pas toujours l’épaisseur dramatique du rôle. La soprano est une Violetta intimiste et décomplexée, mais énergique, parfois même violente, prête à saisir la vie même si elle se sait condamnée. Le ténor déploie une voix puissante, mais reste contenu parfois jusqu’à la raideur. Il ne cède jamais aux spasmes romantiques d’Alfredo, et contrôle froidement le cours de la tragédie qui finira par le submerger. Parcours sans faute pour , chaleureux et convaincant dans le rôle de Giorgio Germont. La direction musical du , malgré l’opacité initiale de l’orchestre dans l’ouverture, restitue toutes les gammes d’une partition magnifique, jouant en connaisseur sur les pianissimo, les clair-obscur, jusqu’à faire vibrer toute la force dramatique et la finesse de la texture lyrique du chef d’œuvre de Verdi.

Crédit photographique : © Fabrizio Sanson / Opéra de Rome

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