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Triple hommage à Roland Petit à Garnier

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Opéra Garnier. 2-VI-21. Ballet de l’Opéra national de Paris : Hommage à Roland Petit. Chorégraphies : Roland Petit.
Le rendez-vous. Musique : Joseph Kosma, sur un argument de Jacques Prévert. Décors : Brassaï. Costumes : Mayo. Lumières : Jean-Michel Désiré. Rideau de scène : Pablo Picasso. Avec Alice Renavand, la plus belle fille du monde ; Mathieu Ganio, le jeune homme ; le Destin, Aurélien Houette ; le Bossu, Hugo Vigliotti.
Le jeune homme et la mort. Musique : Johann Sebastian Bach, Passacaille en do mineur BMW 582. Livret : Jean Cocteau. Décors : Georges Wakhévitch. Costumes : Barbara Karinska. Lumières : Jean-Michel Désiré. Avec Hugo Marchand, le jeune homme et Laura Hecquet, la mort.
Carmen. Musique : Georges Bizet (arrangée par G.Tommy Desserre). Livret d’après Prosper Mérimée. Décors et costumes : Antoni Clavé. Lumières : Jean-Michel Désiré. Avec Amandine Albisson, Carmen ; Stéphane Bullion, Don José ; Escamillo, Audric Bézard ; Letizia Galloni et Giorgio Fourès, les chefs des brigands.
Orchestre Pasdeloup, direction musicale : Pierre Dumoussaud.

L’Opéra de Paris propose au Palais Garnier une soirée conçue par Aurélie Dupont en Hommage à , à l’occasion du dixième anniversaire de la mort du chorégraphe français. Trois ballets indémodables, liés à l’amour et à la mort.

La chanson de Kosma sur les mots de ouvre le Rendez-vous si parisien qui nous projette en pleine existentialisme. Mettant en scène dans un décor de les jeunes habitués du Tabou et des clubs de jazz de l’après-guerre, c’est l’occasion de faire danser les plus jeunes danseurs du corps de ballet et notamment les récemment promus. Le bossu (encore un bossu, fil d’Ariane de l’œuvre de ) dont ils se moquent est très bien dansé par , vif et drôle. Est-ce une âme damnée, ou juste un fou, un bouffon ?
est le jeune homme un peu fauché, à cause des dettes de jeu. Très expressif, il lutte pour refuser le destin, matérialisé par un couteau tendu par .
Talons hauts, jupe midi et collant noir, est la fascinante jeune fille avec laquelle il a rendez-vous. Comme celle du Jeune homme et la mort, avec ses cheveux noir corbeau au carré, c’est la femme fatale, celle qui exécute le geste final.

Prise de rôle pour dans Le jeune homme et la mort, ce ballet emblématique de Roland Petit. C’est une autre histoire de rendez-vous parisien avec la mort, où l’on retrouve le gibet, déjà présent dans Notre-Dame de Paris, que le corps de ballet et les solistes de la compagnie ont répété et dansé à l’Opéra Bastille pendant la période de fermeture au public.
Autant Jean Babilée, créateur du rôle, était petit, autant frappe par sa haute taille, qui déborde du cadre et du décor un peu étriqué de la chambre de bonne sous les toits. Au fur et à mesure de ce quasi solo, le danseur étoile prend de l’ampleur, s’envole… Il fait valser chaises et table. La mort, sous la forme d’une jeune femme en robe jaune, est ici interprété par . Pour cette première, on ne sent pas encore l’alchimie entre les deux danseurs, car le désespoir et la passion y sont les sentiments dominants. Lorsque les murs de la chambre se lèvent, à la mort du pendu, on est comme chaque fois saisi par ce décor des toits de Paris. Hugo Marchand, ému de retrouver son public après six mois de fermeture, est un jeune homme incandescent et à fleur de peau, une sensibilité à vif. Le Yang par rapport au Yin froid et calculateur du rôle de .


Entre réalisme et expressionnisme, le Carmen de Roland Petit, troisième ballet de ce riche programme, n’a pas besoin d’espagnolades pour faire couleur locale et sonner juste.
Dans le cabaret, on fait cercle avec les chaises de paille où l’on joue des castagnettes avec les mains, scandant l’amour ! Le solo de en Don José est sobre, presque réservé, sur le solo de trompette. Dans les chorégraphies de Roland Petit, les jambes et les bras sont comme des compas qui pointent et désignent. La partition très technique de Carmen est parfaitement exécutée, mais sans le chien de la créatrice du rôle, Zizi Jeanmaire. Quel intérêt de continuer à faire porter aux danseuses une perruque courte, d’autant plus si on les saupoudre de paillettes ?

Un corps de ballet est dans le ton, tandis que le couple principal doit attendre le pas de deux dans la chambre, parfait, pour trouver l’harmonie.
En plaçant à nouveau un couteau dans la main de Don José, Roland Petit en fait l’instrument futur du drame. est cependant un peu trop sage et classique, et ses sauts trop timides, pour ressembler à un tueur. Pour le final de ce ballet très synthétique, on est directement propulsé à la Plaza de Toros, sans passer par la montagne. Il faut dire que le livret a été expurgé du personnage de la sœur de Don José. Véritable star, le torero Escamillo arrive et c’est enfin drôle ; il en fait trois tonnes devant Carmen et les señoritas qui réclament son autographe. Le pas de deux final entre Carmen et Don José est bâti comme un duel, au rythme du seul tambour. Les ombres chinoises et la dramaturgie renforcent la dimension expressionniste de la scène, donnant à cette fin de soirée un final saisissant.

Crédits photographiques : © Ann Ray / Opéra national de Paris

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Opéra Garnier. 2-VI-21. Ballet de l’Opéra national de Paris : Hommage à Roland Petit. Chorégraphies : Roland Petit.
Le rendez-vous. Musique : Joseph Kosma, sur un argument de Jacques Prévert. Décors : Brassaï. Costumes : Mayo. Lumières : Jean-Michel Désiré. Rideau de scène : Pablo Picasso. Avec Alice Renavand, la plus belle fille du monde ; Mathieu Ganio, le jeune homme ; le Destin, Aurélien Houette ; le Bossu, Hugo Vigliotti.
Le jeune homme et la mort. Musique : Johann Sebastian Bach, Passacaille en do mineur BMW 582. Livret : Jean Cocteau. Décors : Georges Wakhévitch. Costumes : Barbara Karinska. Lumières : Jean-Michel Désiré. Avec Hugo Marchand, le jeune homme et Laura Hecquet, la mort.
Carmen. Musique : Georges Bizet (arrangée par G.Tommy Desserre). Livret d’après Prosper Mérimée. Décors et costumes : Antoni Clavé. Lumières : Jean-Michel Désiré. Avec Amandine Albisson, Carmen ; Stéphane Bullion, Don José ; Escamillo, Audric Bézard ; Letizia Galloni et Giorgio Fourès, les chefs des brigands.
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