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Grinçant concert de gala pour une salle vide à l’Opéra Comique

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Paris. Salle Gaveau. 8-VI-2021. Vincenzo Bellini (1801-1835) : Norma ; Gaetano Donizetti (1797-1848) : la fille du régiment ; Christoph Willibald von Gluck (1714-1787) : Orphée et Eurydice, Iphigénie en Aulide ; Jules Massenet (1842-1912) : Don César de Bazan ; André Messager (1853-1929) : Véronique ; Jacques Offenbach (1819-1880) : les contes d’Hoffmann, la belle Hélène, la grand duchesse de Gérolstein ; Andrew Lloyd Webber (né en 1948) : Cats ; Georges Bizet (1838-1875) : Carmen ; Kurt Weill (1900-1950) : Marie-Galante. Mise en scène : Michel Fau. Costumes : Diane Belugou. Lumières : Joël Fabing. Avec : Marie–Nicole Lemieux, contralto ; Philippe Talbot, Thomas Morris, ténors ; Kangmin Justin Kim, contre-ténor ; Michel Fau, diva ; Franck Leguérinel, Yoann Dubruque, barytons ; Sarah Jouffroy, mezzo-soprano ; Sandrine Buendia, soprano. Chœur les Éléments. Chef de chant Martin Surot. Orchestre Les Frivolités Parisiennes. Direction Pierre Dumoussaud
Spectacle sans public diffusé sur Culturebox

En raison de la crise sanitaire, les représentations de La Belle Hélène prévues en mars dernier à l’Opéra Comique n’ont pas pu avoir lieu. C’est pour cette raison que la maison a demandé à d’imaginer un spectacle enregistré et diffusé sur Culturebox, avec toute l’équipe initialement prévue pour l’ouvrage d’Offenbach.

C’est certain, aime l’opéra à la folie. Non seulement il en connaît par cœur le répertoire, même le plus rare, mais il a intimement décrypté le moindre code du genre. C’est ce qui lui a permis d’inventer cette sorte de parodie, certainement drôle, mais plus profonde qu’il n’y semble. C’est ainsi que le metteur en scène apparaît dès le lever de rideau costumé en Norma, et qu’il attaque le célèbre « casta diva », d’une voix de Castafiore déglinguée qui ferait passer celle de Florence Foster Jenkins pour un modèle d’intégrité vocale. Un gardien fait son entrée, lui reproche de ne pas porter de masque, puis le jette dehors parce qu’il est « non essentiel ». Voilà, le ton est donné, quelque part entre parodie jouissive et accablement de ne plus pouvoir se produire devant un public. Par la suite, les différents artistes déambuleront entre les fauteuils vides de la salle, ou courront dans le foyer désert.

Cela dit, même si certains, un peu trop portés sur le premier degré, regretteront l’excessivité de la prestation de Michel Fau, la musique n’est pas oubliée, d’abord par la direction ajustée de à la tête des Frivolités Parisiennes, mais surtout par la qualité de sa distribution vocale. En effet, que demander de mieux que la formidable en une incandescente Carmen, ou une impressionnante Clytemnestre dans Iphigénie en Aulide de Gluck ? ne lui cède en rien, excellent Don José ou délicat Tonio de la Fille du régiment. met à profit sa veine comique pour un truculent général Boum de la grande duchesse de Gérolstein, et en poussant l’escarpolette de la Véronique chantée (?) par Michel Fau. Mais les autres interprètes, moins généreusement distribués, sont tout autant à propos. Les extraits des œuvres choisies témoignent d’une connaissance intime du répertoire courant, avec en particulier de larges extraits de Carmen et de Véronique.

Le spectacle se termine avec la chanson « youkali », extraite de la pièce de théâtre Marie-Galante, dont la musique de scène a été composée par Kurt Weill. Tous les interprètes, les joues balayées par des larmes qui inondent le rimmel dégoulinant sur leurs joues, entonnent les paroles : « Youkali, c’est le pays de nos désirs, Youkali, c’est le bonheur, c’est le plaisir, Youkali, c’est la terre où l’on quitte tous les soucis. Mais c’est un rêve, une folie. Il n’y a pas de Youkali »

Ces mots, révélateurs de la perte de l’espoir on été enregistrés, dans le cas présent, au mois de mars, à un moment où personne ne voyait le bout du tunnel. Maintenant que la pandémie semble se calmer, et que les salles de spectacles rouvrent lentement, peut-être pouvons-nous faire preuve d’un peu plus d’optimisme ? Et que pouvons-nous souhaiter à Michel Fau ? Son tel amour de l’opéra, sa telle délectation à interpréter les grands rôles, nous amènent à imaginer que dans le meilleur des mondes futurs, il se réincarne dans le corps d’une diva célèbre… mais pas tout de suite.

Crédit photographique : © Opéra Comique

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Paris. Salle Gaveau. 8-VI-2021. Vincenzo Bellini (1801-1835) : Norma ; Gaetano Donizetti (1797-1848) : la fille du régiment ; Christoph Willibald von Gluck (1714-1787) : Orphée et Eurydice, Iphigénie en Aulide ; Jules Massenet (1842-1912) : Don César de Bazan ; André Messager (1853-1929) : Véronique ; Jacques Offenbach (1819-1880) : les contes d’Hoffmann, la belle Hélène, la grand duchesse de Gérolstein ; Andrew Lloyd Webber (né en 1948) : Cats ; Georges Bizet (1838-1875) : Carmen ; Kurt Weill (1900-1950) : Marie-Galante. Mise en scène : Michel Fau. Costumes : Diane Belugou. Lumières : Joël Fabing. Avec : Marie–Nicole Lemieux, contralto ; Philippe Talbot, Thomas Morris, ténors ; Kangmin Justin Kim, contre-ténor ; Michel Fau, diva ; Franck Leguérinel, Yoann Dubruque, barytons ; Sarah Jouffroy, mezzo-soprano ; Sandrine Buendia, soprano. Chœur les Éléments. Chef de chant Martin Surot. Orchestre Les Frivolités Parisiennes. Direction Pierre Dumoussaud
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