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Une distribution vocale accomplie pour l’Otello de Saint-Étienne

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Saint-Étienne. Grand Théâtre Massenet. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Otello, drame lyrique en quatre actes sur un livret d’Arrigo Boito. Mise en scène : Stefano Mazzonis Di Pralafera. Décors : Carlo Sala. Costumes : Fernand Ruiz. Lumières : Franco Marri. Avec : Nikolai Schukoff, Otello ; Gabrielle Philiponet, Desdemona ; André Heyboer, Iago ; Sébastien Droy, Cassio ; Marie Gautrot, Emilia ; Antoine Foulon, Lodovico ; Kaëlig Boché, Roderigo ; Geoffroy Buffière, Montano. Chœur lyrique Saint-Étienne Loire (chef de chœur : Laurent Touche) et chœur de la maîtrise de la Loire (chef de chœur : Jean-Baptiste Bertrand). Orchestre symphonique Saint-Étienne Loire, direction : Giuseppe Grazioli

L’opéra revient à Saint-Étienne sous les traits verdiens d’un Otello exaltant grâce à trois têtes d’affiche brillantes.

En prélude de spectacle, c’est avec émotion que le public de l’Opéra de Saint-Étienne applaudit debout pour rendre hommage à , auteur de la mise en scène de la production du soir, et François Bescobo, baryton qui aurait dû être présent sur scène au sein du Chœur lyrique de Saint-Étienne Loire, tous deux décédés en début d’année.

Mais le spectacle continue, et étonnamment, dix ans après sa création à Liège, les forces et les faiblesses de cette production sont similaires, avec le même attrait pour la prise de rôle d’Otello, cette fois-ci menée par un brillant , entouré d’une très belle distribution vocale avec (Desdemona) et (Iago) en tête. Mais elle expose aussi à plusieurs contrariétés face à une direction d’acteurs plus que légère, une approche visuelle (décor et lumières) assez douteuse, faisant souvent sourire bien plus qu’émouvoir. Côté fosse, à Liège, c’était l’amplification du plateau et de la phalange qui ne nous permettait pas d’apprécier le travail de la direction musicale ; à Saint-Étienne, c’est la contrainte d’une réduction orchestrale à quarante-deux musiciens qui bride les élans dramatiques et l’énergie tragique d’un pourtant impliqué, et favorise le déséquilibre entre les pupitres tout comme une texture orchestrale trop peu consistante pour enflammer véritablement.

Les mises en scène de sont toujours d’un classicisme revendiqué. Cela n’est pas forcément un défaut si l’on en aborde toutes ses composantes avec minutie. Les espaces se construisent autour d’un décor unique mêlant étrangement colonnes, rideaux et drapeaux vénitiens « d’époque » avec une structure métallique hors de propos, et où la tempête est symbolisée dans un simple aquarium (poisson rouge inclus !) sans exploiter au mieux le rideau de pluie qui aurait pu faire illusion. Les lumières sont simplistes voire criardes ; les costumes d’époque sont plutôt bien travaillés sans que cela marque les esprits.

Mais le plaisir de retrouver l’art lyrique, muet à Saint-Étienne depuis février 2020, se ressent surtout à l’écoute des trois principaux protagonistes du spectacle. La prise de rôle de pourrait justifier à elle seul le déplacement au regard des multiples teintes parfaitement maîtrisées qu’il octroie à son personnage, et de l’évolution du rôle-titre qu’il construit tout au long de l’intrigue. Le ténor fait son entrée avec un « Esultate » viril et puissant (l’appréhension la plus vive de tous les artistes assurant ce rôle !), déployant par la suite un chant composé de grands gestes héroïques et pathétiques. Il s’écroulera sous le poids de la douleur, touchant au plus profond l’auditeur pas une sensibilité et une fragilité d’une idéale sobriété, incandescence d’une nature humaine exaltée.


Pendant ce temps, le traître Iago triomphe dans une orgie de chromatismes dissonants. Son interprète, , est d’une vérité dramatique exemplaire : son chant mordant illustre sa noirceur dans les motifs sinueux et les paroles ambiguës attribués à son rôle ; son mezza-voce régulier traduit ses manigances ; sa voix sonore et profonde effraie par une cruauté machiavélique (Credo). La figure féminine qui entraîne Otello à sa perte, est incarnée par une d’une agréable finesse. Séductrice par son legato tendre lors de son apparition tout en douceur à l’acte II, digne malgré les insinuations d’Otello grâce à son timbre charnu, bouleversante dans sa « Chanson du Saule » suivie d’un Ave Maria émouvant… la soprano est l’une des principales forces de ce spectacle.

Les autres chanteurs sont d’une aussi belle tenue, tant par leur jeu dramatique d’excellent niveau que par la qualité vocale de chacun s’associant bien avec le personnage qu’ils font vivre. La déception vient des choristes de l’institution stéphanoise qui, masqués, et malgré la masse qu’ils composent sur le plateau, paraissent bien dépourvus. Manquant cruellement d’une texture chorale dynamique et solide, ils cherchent probablement à combler ce manque par un jeu scénique trop présent qui peine à faire oublier ces faiblesses.

Crédits photographiques : © Louis Perrin

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Saint-Étienne. Grand Théâtre Massenet. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Otello, drame lyrique en quatre actes sur un livret d’Arrigo Boito. Mise en scène : Stefano Mazzonis Di Pralafera. Décors : Carlo Sala. Costumes : Fernand Ruiz. Lumières : Franco Marri. Avec : Nikolai Schukoff, Otello ; Gabrielle Philiponet, Desdemona ; André Heyboer, Iago ; Sébastien Droy, Cassio ; Marie Gautrot, Emilia ; Antoine Foulon, Lodovico ; Kaëlig Boché, Roderigo ; Geoffroy Buffière, Montano. Chœur lyrique Saint-Étienne Loire (chef de chœur : Laurent Touche) et chœur de la maîtrise de la Loire (chef de chœur : Jean-Baptiste Bertrand). Orchestre symphonique Saint-Étienne Loire, direction : Giuseppe Grazioli

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