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À Beaune, les privilèges offerts par Sémélé et Leonardo García Alarcón

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Beaune. Cour des Hospices. 17-VII-2021. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Sémélé, opéra ou oratorio profane en anglais et en trois actes, sur un livret de Newburgh Hamilton. Avec : Ana Maria Labin, Semele ; Matthew Newlin, Jupiter, Apollo ; Dara Savinova, Ino, Junon; Chiara Skerath, Iris ; Lawrence Zazzo, Athamas; Andreas Wolf, Cadmus, Somnus, Grand Prêtre. Chœur de Namur. Millenium Orchestra, direction : Leonardo García Alarcón

L’aventure autour des oratorios anglais de Haendel se poursuit pour et le , bien entourés dans Sémélé par une distribution vocale convaincante et un Chœur de Namur solide et expressif. 

Même pour les habitués, un concert dans la fameuse Cour des Hospices reste un privilège. Les « conditions météorologiques défavorables » (temps pluvieux ou à l’inverse trop chaudes pour les instruments anciens) peuvent gâcher la fête, obligeant les festivaliers à se retrancher dans la basilique Notre Dame. Ce soir, la Cour des Hospices est noire de monde, et ce n’est pas quelques bourrasques de vent qui atténueront cette chance.

Sur la scène, la question d’une mise en scène pourrait se poser pour Sémélé, cet oratorio profane d’un élan dramatique digne d’un véritable opéra. Mais à l’inverse de sa création au Royal Opera House de Convent Garden à Londres en 1744, une « simple » version de concert aussi incarnée est réjouissante. A l’époque, cet épisode adultérin aux accents érotiques présenté en plein Carême avait choqué ; aujourd’hui, il exalte les sens d’oreilles contemporaines grâce à l’imagination musicale débordante de Haendel. Pour faire vivre les dangers de l’excessive ambition de l’héroïne, chaque soliste expose un jeu scénique s’alliant agréablement avec les sentiments exprimés. La force vibrante du Chœur de Namur, le premier atout de cette production, et la limpidité du discours orchestral mené par , complètent un plateau de belle facture.

Il faut dire que le chef est tout à son affaire après l’éblouissant Samson paru chez Ricercar, et le Saül enivrant présenté à la Basilique en 2019. Cette Sémélé s’inscrit dans la commande par le festival du cycle des oratorios en anglais de Haendel à Leonardo García Alarcón et au . La représentation fait même l’objet d’un enregistrement discographique toujours pour Ricercar. C’est par une battue vivante que le chef d’orchestre défend une approche sensible et nuancée, menant un dialogue prenant entre les chanteurs, le chœur et les instrumentistes. En effet, la partition orchestrale fourmille d’effets figuralistes. Soit qu’ ils soulignent les mots prononcés comme les brèves mélodies circulaires lorsque Ino chante « La sphère céleste tourne » (acte II, scène 4) ou encore l’unisson des cordes et du soprano lorsque Sémélé chante « L’amour et moi, nous ne faisons qu’un », soit qu’ils précèdent carrément le texte en suggérant l’idée pour une parfaite communion entre le chant et la musique. Dans cet écrin, la puissance expressive des vingt-sept instrumentistes, dont Chouchane Siranossian en qualité de premier violon, est sublimée par les attaques mordantes des cordes et la solidité du continuo.

Dans une version réduite à 2h30 avec entracte contre près de trois heures dans sa version intégrale, la verve des solistes n’est pas en reste. Dans le rôle-titre, convint dans ses airs de bravoure (Myslef I shal adore). Son chant piquant à souhait et sa prestance empreinte d’arrogance, sont pleinement en osmose avec les prétentions de son personnage, même si l’évolution de celui-ci tout au long de sa prestation n’est pas aussi lisible qu’on l’aurait imaginé : Sémélé manque d’une certaine innocence au début de ses émois (The morning lark to mine accords his note). La complicité avec son partenaire est quant à elle évidente, le ténor ne manquant ni de séduction, ni d’autorité sous les traits du Dieu des dieux. est ravissante sous les traits d’Ino et de Juno alors que (Athamas) et (Cadmus, Somnus, Grand prêtre) déploient une projection certainement quelque peu insuffisante en extérieur pour les personnes plus éloignées de la scène, même si le contre-ténor ne manque ni de tempérament ni d’agilité dans son chant, et que la basse se caractérise par son élégance dans son air « More sweet is that name than a soft purling stream ». Malgré son rôle secondaire d’Iris, illumine par un timbre rond et une conduite de ligne exemplaire. L’assurance de la soprano n’a pas perdu de son rayonnement depuis la Lucio Silla d’il y a quelques jours, son sourire communicatif étant l’un des autres atouts de la soirée.

Au fond de la scène, le Chœur de Namur se place pourtant au premier plan musical. A la hauteur de la débordante créativité d’écriture de Haendel qui affirme une diversité jubilatoire par l’alternance rapide d’homorythmie et de contrepoint serré, les vingt choristes affichent une cohésion sans faille et un chant percutant, jouant à merveille sur les nuances et les contrastes (formidable « Aver these omens, all ye pow’rs ! » à l’acte I). Peut-être le plus beau privilège de la soirée !

Crédits photographiques : © Gabriel Balaguera

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Beaune. Cour des Hospices. 17-VII-2021. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Sémélé, opéra ou oratorio profane en anglais et en trois actes, sur un livret de Newburgh Hamilton. Avec : Ana Maria Labin, Semele ; Matthew Newlin, Jupiter, Apollo ; Dara Savinova, Ino, Junon; Chiara Skerath, Iris ; Lawrence Zazzo, Athamas; Andreas Wolf, Cadmus, Somnus, Grand Prêtre. Chœur de Namur. Millenium Orchestra, direction : Leonardo García Alarcón

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