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La galaxie Schubert de Christian Gerhaher à Munich

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Munich. Prinzregententheater. 27-VII-2021. Franz Schubert (1797-1828) : Lieder sur des poèmes de Klopstock, Friedrich von Schlegel, Goethe et Mayrhofer. Christian Gerhaher, baryton. Gerold Huber, piano

Avec son inséparable pianiste , propose à Munich un nouveau parcours dans une œuvre aux richesses inépuisables.

Schubert et Gerhaher au Festival estival de l’Opéra de Munich, ce n’est pas une affiche inédite. En 2016 déjà, le programme proposé frappait par l’intelligence de sa conception tout autant que par la rareté de beaucoup des Lieder choisis. Le programme de ce soir s’ouvre par le déisme d’un poème de Klopstock, exaltant la création. Il se poursuit par une longue série de poèmes de Friedrich von Schlegel, qui voient la création dans ses moindres détails. Avouons-le, ces Lieder, généralement peu connus à l’exception du Wanderer D 649, ne parviennent pas à transcender le prosaïsme des vers de Schlegel, et n’est sans doute pas l’interprète idéal pour ces évocations de papillons, de roses et de buissons. La scène change à la fin de la première partie, avec quatre poèmes de Goethe qui viennent mettre en cause ces naïves certitudes pour remettre l’homme au centre : la différence d’inspiration chez Schubert est sensible, et et sont alors dans leur élément.

L’art de Christian Gerhaher se met toujours au service du mot, et sa diction exemplaire lui permet de conquérir des sommets expressifs autrement émouvants. La révolte de Prométhée, sa colère, son ironie à l’égard des dieux, trouvent toute leur austère force dans sa voix, et il n’hésite pas ici à se défaire des séductions les plus immédiates de son timbre, au profit de la puissance de la simple déclamation.

La tonalité s’assombrit après l’entracte, qui commence avec l’image d’une lune d’automne (An den Mond in einer Herbstnacht, D 614) aboutissant à l’anticipation d’une mort vue comme un anéantissement bien loin de tout espoir religieux. Les poèmes qui suivent sont l’œuvre de Mayrhofer, ami de Schubert et écrivain de second ordre : la haute inspiration de la musique de Schubert montre à quel point, au-delà de leurs défauts, ils expriment des sensations et des sentiments qui résonnent profondément chez lui. La nature n’est pas absente de ces paysages intimes, mais elle est beaucoup plus intériorisée que chez Schlegel, riche d’échos aux joies comme aux douleurs du moi. La chaleur du timbre du baryton peut alors se déployer dans toute sa splendeur. Avec l’accompagnement toujours admirablement expressif de Gerold Huber, Christian Gerhaher conclut ainsi un programme où l’intelligence du parcours est à la même hauteur que l’interprétation musicale.

Crédits photographiques : © Hiromichi Yamamoto

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Munich. Prinzregententheater. 27-VII-2021. Franz Schubert (1797-1828) : Lieder sur des poèmes de Klopstock, Friedrich von Schlegel, Goethe et Mayrhofer. Christian Gerhaher, baryton. Gerold Huber, piano

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