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La luminosité partagée de l’Orfeo d’Alarcón

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Claudio Monteverdi (1567-1643) : L’Orfeo, favola in musica en un prologue et cinq actes sur un livret d’Alessandro Striggio. Valerio Contaldo, ténor (Orfeo) ; Mariana Florès, soprano (Musica/Euridice) ; Giuseppina Bridelli, mezzo-soprano (La Messagère) ; Ana Quintans, soprano (Proserpina/Speranza) ; Alejandro Meerapfel, baryton (Plutone) ; Salvo Vitale, basse (Caronte) ; Chœur de chambre de Namur ; Cappella Mediterranea, direction : Leonardo García Alarcón. 2 CD Alpha. Enregistrés en janvier 2021 à Desingel, Antwerp (Belgique). Notice en français, anglais et allemand. Durée totale : 106:21

 

Les festivaliers d’Ambronay avaient goûté en live à cet Orfeo il y a trois ans avec quasiment la même équipe artistique ; une tournée internationale qui se prolonge naturellement par un enregistrement exaltant.

À l’opéra, les interprétations d’ouvrages lyriques se caractérisent immédiatement, selon un premier angle de vue, par l’élaboration d’une mise en scène souvent inédite. Mais loin d’être une notice, une partition musicale, qui plus est lorsque son écriture date de 1607, se révèle être une formidable énigme sujette à de nombreuses interprétations. Jérôme Lejeune nous le rappelle avec clairvoyance et précision dans le livret de ce nouvel Orfeo de Monteverdi. La présentation de l’ouvrage associée aux choix interprétatifs de y sont en effet particulièrement bien menés.

C’est ainsi que le chef, bien au fait de l’œuvre et de l’écriture monteverdienne, offre sa propre version de ce grand classique, avec des choix assumés et réfléchis. Cet enregistrement retrace ainsi les recherches par l’homme et ses instrumentistes de la dans une démarche collective donc. Des recherches conduites particulièrement autour du recitar cantando : que ce soit la manière de mener le tactus, les dynamiques, les articulations des différents rythmes – avec un bon nombre d’entre eux autour de la danse -, les timbres ou bien encore les articulations. Selon une perception d’ensemble, c’est surtout la vitalité du continuo qui marque l’oreille, et cette approche lumineuse et énergique par le choix de tempi rapides. Jérôme Lejeune souligne ce constat pour la sinfonia qui accompagne la descente d’Apollon, y voyant un message d’espoir de la part de .

Naturellement, et même si Orfeo présente la première partition précise dans ses indications en termes d’instrumentation, ce sont les réponses données au niveau des timbres, que ce soit pour la basse continue ou les instruments mélodiques, qui sont souvent intéressants, certains passages extrêmement précis de la part de Monteverdi, laissant souvent la place à d’autres laissés au seul choix de l’interprète. C’est donc une entrée triomphante qui est proposée dans cet Orfeo avec la toccata d’entrée, en raison de l’absence des sourdines pour les trompettes, loin de la « fanfare » souvent risquée dans ce parti pris. Mais c’est surtout la fusion entre le langage de la Renaissance et l’esprit baroque que Leonardo García Alarcón cherche à démontrer, des concepts souvent opposés dans les commentaires de notre époque liés à cette favola in musica : de la Renaissance, la polyphonie ; de la période baroque, la monodie accompagnée. Mais l’une se met au service de l’autre : dans le chœur à 5 voix « Ahi caso acerbo » avec une polyphonie qui accroît l’impact de la monodie ; dans le chant des nymphes et des bergers où les lignes mélodiques de la monodie accompagnée prennent des airs de Renaissance, accentués par le choix du chef d’insérer dans la basse continue des mouvements mélodiques menés par les flûtes et les violons.

La distribution vocale bénéficie du sens dramaturgique d’Alarcón, et les chanteurs en sont eux-mêmes bien pourvus. Mariana Florès détient un art de la rhétorique et une lisibilité expressive appréciable en faveur d’une sensible Eurydice. , quant à lui, s’affirme grâce à la foisonnance de ses couleurs et de ses nuances, fort d’une émission toujours attentive aux mots. L’incontestable naturel de chacun se complète avec une (Messagère) toute en subtilité, et l’autorité spontanée d’ en Pluton. Une évidence commune parfaitement travaillée par les différentes forces du projet.

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Claudio Monteverdi (1567-1643) : L’Orfeo, favola in musica en un prologue et cinq actes sur un livret d’Alessandro Striggio. Valerio Contaldo, ténor (Orfeo) ; Mariana Florès, soprano (Musica/Euridice) ; Giuseppina Bridelli, mezzo-soprano (La Messagère) ; Ana Quintans, soprano (Proserpina/Speranza) ; Alejandro Meerapfel, baryton (Plutone) ; Salvo Vitale, basse (Caronte) ; Chœur de chambre de Namur ; Cappella Mediterranea, direction : Leonardo García Alarcón. 2 CD Alpha. Enregistrés en janvier 2021 à Desingel, Antwerp (Belgique). Notice en français, anglais et allemand. Durée totale : 106:21

 
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