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À Toulouse, éclats de rire décomplexés pour Platée

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Toulouse. Théâtre du Capitole. 20-III-2022. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Platée, ballet bouffon (comédie lyrique) en trois actes et un prologue sur un livret d’Adrien-Joseph Le Valois d’Orville, d’après Jacques Autreau. Mise en scène et costumes : Corinne et Gilles Benizio. Décors : Hernán Peñuela. Lumières : Patrick Méeüs. Chorégraphie : Kader Belarbi. Avec : Mathias Vidal, Platée ; Marie Perbost, La Folie ; Pierre Derhet, Mercure ; Jean-Christophe Lanièce, Momus ; Jean-Vincent Blot, Jupiter ; Marie-Laure Garnier, Junon ; Marc Labonnette, Cithéron ; Lila Dufy, Clarine. Ballet du Capitole. Chœur et orchestre du Concert spirituel, direction : Hervé Niquet

La qualité et le rire font assurément bon ménage quand , Corinne et signent une production. L’excellent Platée né au Théâtre du Capitole en est assurément la preuve.


Même si l’autodérision et le brassage des codes de cette nouvelle production ont été évoqués il y a quelques jours dans nos pages avec , nous étions loin de penser que le travail d’ et de Corinne et arriverait à un tel niveau de précision dans la folie déjantée de cet atypique Platée. Pourtant, on sait à quoi s’attendre quand ces trois joyeux lurons s’amusent à l’opéra, entre le King Arthur des débuts, la douce folie poétique de leur Don Quichotte chez la duchesse, ou bien encore une Fille du Régiment avec le retour de Shirley et Dino sur scène. Ici, la minutie apportée pour faire vivre de façon aussi naturelle ce décapant bazar est d’une qualité remarquable. Le Platée de Rameau devient avec évidence et sans détour celui d’Hervé Niquet et de Corinne et Gilles Benizio, un parti-pris tellement assumé et mené d’une main de maître, qu’il ne peut susciter que l’adhésion de celui qui veut bien lâcher prise et oublier ses idées préconçues sur ce que doit être une soirée à l’Opéra.

Le quatrième mur est brisé dès l’arrivée du chef d’orchestre, celui-ci s’adressant directement au public tout au long de la représentation, montrant sa maîtrise de la comédie et sa capacité à fédérer toute une salle dans cette proposition si singulière. À la direction d’un Concert Spirituel des grands soirs, Hervé Niquet entraîne les musiciens dans des tempi décoiffants qui font sa signature, sans oublier d’offrir aux auditeurs une sonorité ronde et chaleureuse qui rassure tout autant qu’elle émeut, l’impulsion donnée par la fosse n’empêchant pas le déploiement d’une émotion touchante face à cette inconsciente Platée.

Sur le plateau, le rythme de la mise en scène est tout aussi endiablé, les Benizio choisissant de mettre sur le grill tout autant les dieux que les nymphes. Le marais devient quartier populaire, la Lyre d’Apollon se matérialise par une guitare électrique, l’âne de Jupiter devient un superman gogo danseur, et on n’hésite pas à faire venir un astronaute et un semblant d’Elvis dans le même tableau ! Les idées foisonnent et les incursions anachroniques s’enchaînent toujours de manière appropriée, alimentant constamment les éclats de rire d’une salle entièrement conquise à la farce musicale qui se déploie sous ses yeux. Public et artistes se retrouvent in fine dans le même bateau grâce à une joie communicative et un esprit joueur empreint de bienveillance. Le même dynamisme est véhiculé dans les chorégraphies de exécutées par un qui sait ne pas se prendre au sérieux – et particulièrement les danseurs constamment travestis grossièrement à des fins comiques – tout en assurant des mouvements de la qualité digne d’un grand théâtre.


Cette mise en scène épatante mêlée à une franche autodérision s’étend également au sein d’une distribution vocale sans faille. est étonnant dans son interprétation si touchante et si fine d’une Platée profondément humaine, malgré ses bigoudis sur la tête et son maquillage voyant. Fort d’une énergie soutenue tout au long de la représentation, le haute-contre sait parfaitement projeter sa voix et alimenter un phrasé riche et bien amené. Incarnant la Folie, fait montre d’une qualité vocale et scénique de haut vol, avec un puissant caractère et une densité de timbre surprenante, cette voix de dessus maîtrisant une technique vocale impressionnante dans des vocalises soutenues et espiègles.

Superbe dans sa robe rouge à paillettes, interprète une Junon d’un tempérament certain, exposant une présence scénique affirmée comme des moyens vocaux digne de ces brillants apparats. Son soprano sonore sur toute la tessiture possède un charisme notable. Les prestations de (Mercure), (Momus), Jean-Vincent Blot (Jupiter), (Cithéron) et (Clarine) sont de la même tenue : voix et diction impeccables, tout comme une présence scénique juste et naturelle. Tous d’une seule voix, au service de rires francs et décomplexés : une merveille !

Crédits photographiques : © Mirco Magliocca

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Toulouse. Théâtre du Capitole. 20-III-2022. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Platée, ballet bouffon (comédie lyrique) en trois actes et un prologue sur un livret d’Adrien-Joseph Le Valois d’Orville, d’après Jacques Autreau. Mise en scène et costumes : Corinne et Gilles Benizio. Décors : Hernán Peñuela. Lumières : Patrick Méeüs. Chorégraphie : Kader Belarbi. Avec : Mathias Vidal, Platée ; Marie Perbost, La Folie ; Pierre Derhet, Mercure ; Jean-Christophe Lanièce, Momus ; Jean-Vincent Blot, Jupiter ; Marie-Laure Garnier, Junon ; Marc Labonnette, Cithéron ; Lila Dufy, Clarine. Ballet du Capitole. Chœur et orchestre du Concert spirituel, direction : Hervé Niquet

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