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Cycle Wolf à l’Opéra de Munich (2) : Christian Gerhaher et Anna Prohaska chantent les poèmes de Mörike

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Munich. Nationaltheater. 29-VII-2022. Hugo Wolf (1860-1903) : 33 Lieder sur des poèmes d’Eduard Möricke. Anna Prohaska, soprano ; Christian Gerhaher, baryton ; Ammiel Bushakevitz, piano.

Deux approches éminemment contrastées, mais une même intégrité artistique au service de la poésie et de la musique.

Après les recueils italiens et espagnols, finit son cycle Wolf à l’Opéra de Munich avec une large sélection des Lieder sur des textes d’Eduard Mörike – fin provisoire, il faut l’espérer, car il lui reste bien des trésors à aborder, en espérant que ces concerts sont un premier pas vers une bien nécessaire intégrale discographique moderne. Mörike, pasteur et poète de la région de Stuttgart, n’est peut-être pas le plus grand des poètes romantiques allemands, mais le choix fait par Wolf montre la diversité des thèmes et des atmosphères dont il est capable – le poème qui clôt le concert, Le chant du vent, sur l’inconsistance de toute chose, a une force poétique qui fait tout de même comprendre pourquoi Wolf s’est ainsi jeté, au cours de l’année 1888, dans les œuvres complètes de Mörike.

trouve dans ces Lieder, comme dans les concerts précédents, de quoi exprimer son humeur élégiaque, pour le beau Um Mitternacht par exemple ; la voix se fait murmure, le chant est moins important que les mots, sans aucune concession musicale pourtant. Le timbre chaleureux de Gerhaher est pour autant toujours là, dans les deux Peregrina par exemple où la passion amoureuse donne des ailes au moi poétique comme il l’est aussi dans la course à l’abîme du Feuerreiter, où il rappelle efficacement que la théâtralité ne lui fait pas peur.

À ses côtés, est une diseuse d’exception, qui n’hésite pas à extérioriser les émotions des textes et à aller porter les mots jusqu’au spectateur. Le contraste avec Gerhaher est grand, et il est bienvenu : la naïveté enthousiaste (et finalement dépitée) du petit tambour (Der Tambour), qu’elle avait admirablement fait vivre dans son récital Behind the lines il y a quelques années déjà, donne toujours lieu à un beau moment de théâtre musical. Mais l’émotion beaucoup plus contenue, impalpable, du célèbre An die Äolsharfe, est tout aussi parlante. Même dans ce cas, cependant, pour un Lied qu’on imaginerait tout aussi bien dans la voix de Gerhaher, la différence entre les deux artistes est sensible : comme si l’auditeur devait venir chercher les mots jusqu’à la bouche de Gerhaher alors qu’ les apportait jusqu’à nous, au creux de notre oreille. Deux formes d’écoute poétique qui ont chacune leur force et dont l’alternance ne fait qu’exalter le génie si singulier de .

Crédit photographique : © Wilfried Hösl

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