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Une nuit d’été avec Marie Perbost

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Plouaret. Eglise Notre-Dame. 1-VIII-2022. Festival Voce Humana. Gioachino Rossini (1792-1868) : L’Invito (Boléro), extrait des Soirées musicales ; Hector Berlioz (1803-1869) : Villanelle/Le Spectre de la rose, extraits des Nuits d’été ; Antonin Dvořák (1841-1904) : Mĕsíčku na rebi hlubokém, extrait de Rusalka ; Giacomo Puccini (1858-1924) : Quando m’en vo, extrait de La Bohème ; Franz Lehár (1870-1948) : Chanson de Vilja, extrait de La Veuve joyeuse ; Frederick Loewe (1901-1988) : I could have danced all night, extrait de My Fair Lady ; Jacques Offenbach (1819-1880) : Ah ! Quel dîner je viens de faire (Air de la griserie), extrait de La Périchole. Felix Mendelssohn (1809-1847) : Hexenlied, extrait de 12 Gesäng, op. 8. Gabriel Fauré (1845-1924) : Après un rêve, extrait de 3 Mélodies, op. 7. Avec : Robert Gonnella, piano ; Marie Perbost, soprano

Voce Humana, festival dédié à « la voix dans tous ses éclats », a ouvert, en plein Trégor, dans l’Église de Plouaret, l’édition de sa quinzième année d’existence avec un récital d’un nouveau genre, entièrement pensé par la pétulante Marie Perbost.


Si jeune, et maîtrisant déjà tous les codes de la diva dont elle joue au moyen de savants allers et retours entre proximité familière et distance starisée, , idéale récente Folie benizienne à Toulouse, ou accorte Coronis à Paris, innove dans le genre généralement hétéroclite du récital piano-chant. Munie d’un petit carnet aux allures de journal intime (dont les textes sont de sa main, apprend-on au final), elle se glisse en longue robe rouge dans la peau d’un personnage ordinaire (vous, moi…) invité un soir d’été dans le château en fête d’une voisine extraordinaire. Le fil des rencontres qu’elle y fera sera le passeport d’un itinéraire musical où Rossini, Berlioz, Dvořák, Puccini, Lehár, Loewe, Offenbach, Mendelssohn, Schubert et Fauré, complices comme rarement, l’entraîneront dans un voyage intérieur au terme duquel la chanteuse et son public supplieront de concert : « Je t’appelle, ô nuit, rends-moi tes mensonges… reviens ô nuit mystérieuse. »

Le procédé fonctionne à merveille : le disparate des compositeurs invités n’apparaît plus que sur le papier et Loewe (My Fair Lady) n’est pas du tout complexé par l’écrasante proximité du Spectre de la rose de Berlioz. La bête de scène révèle aussi son goût pour la mise en scène : le Quando m’en vo de Musette la démange déjà dans son envie de ne pas rester rivée au piano, la Chanson de Vilja l’envoie prêcher la nostalgie hongroise de Lehár depuis la chaire, My Fair Lady la pousse à s’aller dénicher un partenaire (Olivier Rault soi-même, le directeur artistique de la manifestation) pour entreprendre dans la nef la plus charmante des improvisations dansées… Le Hexenlied de Mendelssohn se conclut par un vol de partitions du plus bel effet. Pas besoin d’en rajouter sur Ah ! Quel dîner je viens de faire : ce morceau possède déjà sa mise en scène et , à l’instar de ses prestigieuses aînées, ne fait qu’une bouchée de ce tube gourmand. Sur de plus conséquentes splendeurs (le Chant à la Lune de Rusalka, Le Spectre de la rose), elle déploie les opulents moyens opératiques qui sont les siens, la Villanelle ayant en amont posé les bases d’une impeccable prononciation. Toutes qualités qui font songer aux moyens similaires d’Isabelle Druet, autre bête de scène qu’il n’est pas interdit de voir en équivalent mezzo du soprano de Marie Perbost.

Le pianiste est le complice de choix de cette nuit d’été bretonne. Il troque même sa casquette de chef de chant de l’Opéra de Toulouse (depuis 1987) pour endosser le tablier de la gouvernante du film de George Cukor et, de sa voix mâle, donner la réplique à son Audrey Hepburn d’un soir sur I could have danced all night ! Avec une musicalité sans faille, il interprète en solo deux valses (Satie, Chopin) et l’admirable Intermezzo de Cavalleria Rusticana auquel son piano, dans l’acoustique généreuse de l’Église Notre-Dame, confère une puissante émotion.

Comme au terme de tout récital, la cantatrice ne peut prendre congé du public sans bis. Après avoir livré quelques secrets de fabrication (et même salué l’excellence du tourneur de pages !), Marie Perbost chemine sur Les Chemins bien balisés de l’amour (Francis Poulenc) avant d’enchaîner avec L’Hymne à l’amour popularisé par Edith Piaf. Puis, se déclarant à court de répertoire (vraiment ?), elle décide de tenter une Vie en rose a capella, dont il lui faut demander le premier vers au public (mission, contre toute attente, impossible que seul l’usage d’un téléphone portable rallumé pour ce cas de force majeure viendra résoudre) afin de pouvoir ensuite partir d’une note hypothétique dont elle confesse ne pas savoir si elle ne la conduira pas hors des siennes. « On verra bien ! », s’esclaffe l’aventurière. Trois minutes après, le tube de Piaf conclut cette nuit d’été qui n’aura vraiment pas engendré la mélancolie.

Crédit photographique : © Alain le Bourdonnec

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Plouaret. Eglise Notre-Dame. 1-VIII-2022. Festival Voce Humana. Gioachino Rossini (1792-1868) : L’Invito (Boléro), extrait des Soirées musicales ; Hector Berlioz (1803-1869) : Villanelle/Le Spectre de la rose, extraits des Nuits d’été ; Antonin Dvořák (1841-1904) : Mĕsíčku na rebi hlubokém, extrait de Rusalka ; Giacomo Puccini (1858-1924) : Quando m’en vo, extrait de La Bohème ; Franz Lehár (1870-1948) : Chanson de Vilja, extrait de La Veuve joyeuse ; Frederick Loewe (1901-1988) : I could have danced all night, extrait de My Fair Lady ; Jacques Offenbach (1819-1880) : Ah ! Quel dîner je viens de faire (Air de la griserie), extrait de La Périchole. Felix Mendelssohn (1809-1847) : Hexenlied, extrait de 12 Gesäng, op. 8. Gabriel Fauré (1845-1924) : Après un rêve, extrait de 3 Mélodies, op. 7. Avec : Robert Gonnella, piano ; Marie Perbost, soprano

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