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Sol Gabetta et Willard White célèbrent Chostakovitch et Walton à la Philharmonie de Paris

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Paris. Philharmonie, Grande Salle Pierre Boulez. 30-V-2023. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Suite pour orchestre de variété n° 1 (ancienne Suite de jazz n °2) ; Concerto pour violoncelle et orchestre n° 2 op. 126 ; William Walton (1902-1983) : Belshazzar‘s Feast, oratorio pour baryton, double chœur mixte et orchestre. Sol Gabetta, violoncelle. Willard White, baryton. Cambridge University Symphony Chorus. Chœur de l’Orchestre de Paris. Orchestre de Paris, direction : Klaus Mäkelä

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Nonobstant la superbe interprétation du Concerto pour violoncelle n°2 de par la radieuse , ce concert vaut surtout par la rareté sur scène du Belshazzar’s Feast de chanté par .

En guise de mise en bouche pour ce copieux concert, et l’ ouvrent la soirée avec la Suite de variété n° 1 de Chostakovitch, pièce assez hétéroclite et accrocheuse composée en 1956 regroupant différents arrangements de musiques de film agencés en huit mouvements sur des rythmes de danse (Marche, Valse, Polka, Foxtrot…) Priorité est ici donnée à la dynamique bercée d’insouciance, de nuances et de rubato, aux couleurs rutilantes fortement cuivrées, aux rythmes entrainants dans une invitation à la danse qui fait intervenir tous les pupitres de l’orchestre ; tour de chauffe jubilatoire, tantôt élégant et lyrique (cordes), tantôt plus ironique et ludique (glissandos de trombone, xylophone), parfois plus nostalgique (clarinette), qui sollicite un instrumentarium inhabituel comme le saxophone, l’accordéon ou encore la guitare électrique.

Changement de climat radical avec le Concerto pour violoncelle n° 2 (1966) du même compositeur qui voit l’entrée en scène de pour une interprétation très engagée, entre prière, élégie, révolte et incantation. Peut-être moins démonstrative pour le soliste que le Concerto n° 1, l’œuvre gagne assurément en profondeur, en couleur, en expressivité dans un dialogue plus intense avec l’orchestre. L’entamant par une lugubre complainte quasiment à découvert dans un climat épuré de désolation, Sol Gabetta s’engage à pas comptés dans un dialogue prudent et hésitant avec l’orchestre réduit à un poudroiement de timbres (harpe, cor, petite harmonie, xylophone) sans effet de masses, avant que soliste et orchestre ne s’engagent dans une joute plus animée, notamment dans l’opposition entre la soliste et les percussions. Le deuxième mouvement se développe sur une ritournelle envoutante aux allures rhapsodiques laissant une large place au jeu virtuose de Sol Gabetta (impressionnants glissandos) soutenu par le cor, la caisse claire, la petite harmonie. La virtuosité trouve son acmé dans une belle cadence où l’on a tout le loisir d’admirer la digitalité époustouflante de la soliste ainsi que la magnifique sonorité de son Matteo Goffriller de 1730. Un imposant crescendo marque le début du troisième mouvement, joué enchainé, entièrement construit sur l’alternance de moments lyriques ou plus agités, avant que le concerto ne se termine sur un long accord agonique du violoncelle, ponctué par le xylophone laissant le public conquis. Magnifique ! En « bis » Sol Gabetta propose une pièce de Manuel de Falla arrangée pour violoncelle et xylophone.

En deuxième partie le Belshaazar’s Feast, oratorio de pour baryton, double chœur mixte et orchestre, sur un livret d’Osbert Sitwell d’après le Livre de Daniel et le Psaume 137, fait son entrée pour l’occurrence au répertoire de l’. Il nous conte l’histoire du festin blasphématoire du roi Balthazar qui conduira à la destruction de Babylone et à la libération des Juifs grâce à la main vengeresse de Dieu. On a le plaisir de retrouver dans cette œuvre rarement jouée Sir en narrateur, voix puissante de baryton basse dont on savoure la diction, l’autorité, le charisme, la magnifique projection et la profondeur du timbre, nullement entamée par les années.

Le Festin de Balthazar peut être divisé en trois parties distinctes correspondant au déroulement de l’action dont nous offre une lecture très narrative d’une fracassante grandeur, quasiment cinématographique, haletante, tendue et fortement cuivrée (peut-être un peu trop ?). L’équilibre est souverain, jamais confus, entre orchestre, chœur et narrateur soliste. Cette interprétation aurait peut-être gagné à plus de nuances, à l’instar de celle de Simon Rattle par exemple… La première section fait la part belle au Chœur mixte de l’Orchestre de Paris et de l’Université de Cambridge dans une douloureuse et sinistre complainte (celle des Juifs prisonniers) soutenue par les sonorités graves de l’orchestre (clarinette basse, saxophone, basson et contrebasson). La seconde, correspondant au festin proprement dit, est annoncée par Willard White « a capella » auquel se joignent rapidement les différents pupitres (trompettes, cuivres, percussions et petite harmonie) dans un maelström orchestral suffoquant, d’une théâtralité monumentale à faire trembler les murs de la Philharmonie jusqu’à un accord terrifiant qui signe le climax, l’apparition de la main du Dieu d’Israël et la destruction de Babylone. La troisième partie chante la liberté retrouvée et le triomphe du Dieu de Jacob dans un « Alleluia » déchainé, chant de louanges précédant une coda apocalyptique (du tutti et du chœur) ponctuée par les imposants accords de l’orgue qui nous laisse subjugués et sans voix. Mémorable, à n’en pas douter !

Crédit photographique : Sir Willard White © DR

 

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Paris. Philharmonie, Grande Salle Pierre Boulez. 30-V-2023. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Suite pour orchestre de variété n° 1 (ancienne Suite de jazz n °2) ; Concerto pour violoncelle et orchestre n° 2 op. 126 ; William Walton (1902-1983) : Belshazzar‘s Feast, oratorio pour baryton, double chœur mixte et orchestre. Sol Gabetta, violoncelle. Willard White, baryton. Cambridge University Symphony Chorus. Chœur de l’Orchestre de Paris. Orchestre de Paris, direction : Klaus Mäkelä

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