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À Genève, triste Plácido Domingo pourtant ovationné

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Genève. Victoria Hall. 13-VI-2023. Gioacchino Rossini (1792-1868) : Guillaume Tell – Ouverture. Pietro Mascagni (1863-1945) : Intermezzo (Cavalleria Rusticana). Giuseppe Verdi (1813-1901) : Perfidi ! All’anglo contre me v’unite, Mal per me (Macbeth) ; Dio mi potevi scagliar (Otello) ; Invano Alvaro ti celasti al mondo (La Forza des Destino) ; Udiste comme albeggi… (Il Trovatore). Giacomo Puccini (1858-1924) : Vissi d’arte, Qual occhio al monde (Tosca) ; O mio babino caro (Gianni Schicchi) ; Nessun dorma (Turandot). Vincenzo Bellini (1801-1835) : Casta diva (Norma). Francesco Cilea (1866-1950) : Io son l’umile ancella (Adriana Lecouvreur). Umberto Giordano (1867-1948) : Nemico della patrria… (Andrea Chenier). Placido Domingo (baryton), Varduhi Khachatryan (soprano), Hovhannes Ayvazyan (ténor). Orchestra Sinfonica Gioacchino Rossini. Direction musicale : Frédéric Chaslin

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Accompagné par l' dirigé par , donne au Victoria Hall un concert qui ne convainc pas.

Avec l'ouverture de Guillaume Tell de Rossini, enlevé d'une manière tonitruante par un visiblement ignorant de l'acoustique du Victoria Hall bondé, l'effet enthousiasmant de cette œuvre suscite des acclamations à tout rompre du public assurant d'emblée le succès de cette soirée.

Alors que les premières notes de l'air « Perfidi ! All'anglo contre me v'unite » tiré du Macbeth de retentissent à l'orchestre, fait une entrée saluée par un tonnerre d'applaudissements quand bien même il n'a pas encore chanté une seule note. En effet, pour sa première apparition en terre genevoise de toute sa carrière (à l'exception de l'enregistrement dans ce même Victoria Hall des Contes d'Hoffmann de Jacques Offenbach avec l'Orchestre de la Suisse Romande sous la direction de Richard Bonynge en 1971), l'ovation salue l'artiste lyrique mondialement connu comme il se doit. Bien vite cependant, on mesure les effets du temps sur sa voix. Certes, on ne peut prétendre qu'un chanteur ayant dépassé les 80 ans montre la flamboyance de ses jeunes années. La voix s'est engorgée, le legato s'est envolé, les aigus ont disparus, les graves sont raclés, seul subsiste un médium lui-même bien abimé. De plus, la diction laisse à désirer. Mais le désir de chacun se veut de célébrer le chanteur sans trop lui en vouloir de la perte sensible de ses moyens vocaux.

Si on peut admirer la longévité artistique du ténor redevenu baryton, on ne peut cependant admettre l'amateurisme démontré lors de ce concert. En effet, est apparu totalement impréparé. S'appuyant sur la lecture quasi constante de sa partition, confiné sur le côté de l'orchestre plutôt qu'au centre de la scène (privant ainsi un bon tiers de la salle de sa présence physique et visuelle), sa prestation s'avère indigne de la part d'un artiste de son calibre. Jouant par d'habiles mimiques au chanteur inspiré, il ne laisse bientôt que la triste impression d'un chanteur déchu. Un désastre qui connait son apogée dans l'air « Udiste ? come albeggi… » de Il Trovatore où il interrompt subitement les dernières phrases de ce duo, complètement perdu alors que la soprano , comme le chef et l'orchestre mettent tout en œuvre pour le soutenir dans ses difficultés vocales. Réalisant la catastrophe, il décide alors de reprendre l'air pour malheureusement se retrouver en difficulté au même passage que précédemment. Ces imprécisions vocales ne sont que le complément de celles dont il nous a régalé déjà dans un « Invano Alvaro ti celasti il mondo » de La Forza del Destino de et dans un triste et guttural « Nemico della patria….» de Andréa Chénier de Giordano.

A ses côtés, la soprano apparait à la hauteur de sa tâche chantant avec conviction des airs parmi les plus emblématiques du répertoire. Si la voix de la soprano est placée en retrait, avec une projection peu propice au chant italien, elle montre cependant une palette de nuances et une justesse remarquable. Son « Io son l'umile ancella » de l'Adriana Lecouvreur de laisse paraitre sa belle technique et une qualité phrasé soignée. Le meilleur moment de sa prestation, outre le généreux soutien à un Plácido Domingo à la dérive, restera sa bonne interprétation de « Casta diva » de Norma de Bellini.

Moins convaincant le ténor nous apparait manquant de qualités interprétatives quand bien même il possède un matériel vocal imposant. Une meilleure maîtrise des nuances lui permettrait sans doute d'interpréter son chant plus près du texte.

En dépit du succès populaire de ce concert, cette soirée n'aura pas convaincu les amateurs d'art lyrique qui s'attendaient probablement au miracle d'un Plácido Domingo retrouvé.

Crédit photographique : © Fiorenzo Niccoli

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