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Boris Godounov par Olivier Py au Capitole, l’opéra de chœur

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Toulouse. Théâtre du Capitole. 26-XI-2023. Modeste Moussorgski (1839-1881) : Boris Godounov, opéra en 7 tableaux sur un livret du compositeur d’après Alexandre Pouchkine. Mise en scène : Olivier Py. Décors et costumes : Pierre-André Weitz. Lumières : Bertrand Killy. Avec : Alexander Roslavets, Boris Godounov ; Victoire Bunel, Fiodor ; Lila Dufy, Xenia ; Svetlana Lifar, La Nourrice ; Marius Brenciu, Le Prince Vassili Chouiski ; Mikhail Timoshenko, Andreï Chtchelkalov ; Roberto Scandiuzzi, Pimène ; Airam Hernández, Grigori/Le Faux-Dimitri ; Yuri Kissin, Varlaam ; Fabien Hyon, Missail ; Sarah Laulan, L’Aubergiste ; Kristofer Lundin, L’innocent ; Sulkhan Jaiani, Nikititch ; Barnaby Rea, Mitioukha ; Hum Kim, Un boyard. Chœur et Maîtrise de l’Opéra national du Capitole (chef de chœur : Gabriel Bourgoin). Orchestre national du Capitole, direction : Andris Poga

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A Toulouse, cette nouvelle production particulièrement réussie d' pour la première version de Boris Godounov de Moussorgski, et avec la prise de rôle d', répond à nos attentes, et bien plus.

Dans la forêt des multiples révisions de Boris Godounov, certains regretteront l'absence de l'acte polonais ou de la scène de la révolte de la version « originale » de 1872. Mais pour des oreilles actuelles, avides des propositions d'écriture orchestrale propre au XXe siècle, la première version achevée en 1869 se révèle bien plus actuelle par ses textures directes, ce sens des dissonances du compositeur et cette épuration générant un climat austère et ferme. Pas de grand rôle féminin, pas de caractérisation manifeste des protagonistes, beaucoup de chœur, à un point tel que cette œuvre est souvent qualifiée d'« opéra de chœur »… Voilà tous les éléments qui ont justifié le rejet du Comité de lecture des théâtres impériaux russe au moment de sa création.

Pour beaucoup, cette nouvelle production est associée à deux attentes : le regard d' et la prise de rôle d', qui a remplacé au pied levé Matthias Goerne programmé à la reprise parisienne au Théâtre des Champs-Elysées dans les prochains mois.

Si les propositions de l'actuel directeur du Théâtre du Châtelet l'amène régulièrement à se retrouver sous les feux des critiques, son travail est ici salué chaleureusement par le public toulousain. À juste titre, le metteur en scène offrant des scènes visuellement très esthétiques (superbe scène du couronnement tout en or avec les magnifiques costumes de chargé également des décors), une architecture scénique riche et dynamique (la fameuse « chorégraphie de l'espace » particulièrement aboutie dans ce spectacle, utilisant autant des décors mouvants qu'une construction plus ou moins en hauteur pour multiplier les possibilités de déplacement des personnages) tout autant que des références foisonnantes entre le pouvoir russe présent et passé. Tout cela agrémenté des effets de lumières de Bertrand Killy, naviguant entre les tons chauds associés au prestige et à  l'or des notables, et la froideur blanchâtre pour le peuple constamment meurtri.

« Il n'y a aucune légitimité à aucun pouvoir. » En mettant en avant un imposteur détrônant un autre imposteur, Pouchkine cherche à démontrer que tout pouvoir est une imposture. Cette Russie, la combine à chaque période de l'Histoire, jusqu'à aujourd'hui avec les tenues de mercenaires renvoyant immédiatement aux milices Wagner et au grand Z de l' »opération militaire spéciale », ou encore le salon tout en marbre blanc et cette grande table qui mit à distance notre Président Macron du chef de guerre Poutine. Mais alors, sur quoi va-t-on construire le pouvoir ? « Sur le narratif », affirme le metteur en scène, qui mène sa barque avec une fluidité et une cohérence exemplaire, le narratif devenant de ce fait un vainqueur sans complaisance sur toute autre légitimité. La vérité ? C'est par le biais d'un livre qu'elle est matérialisée, celui-ci circulant de main en main en parallèle d'un pouvoir qui se délite, offrant de cette manière au spectateur une action parallèle à celle initiale.

Pour la seconde attente, cette prise de rôle d' répond indéniablement à toutes les promesses. De l'introspection à la folie, le jeu théâtral de cette basse est solide, sa ligne de chant bénéficie de cette stabilité, associée à une noblesse de timbre. La justesse de ses intentions est soutenue par une attention marquée pour le verbe, mais aussi par un timbre profond tout autant que rayonnant.

Le reste de la distribution vocale se révèle homogène et impliqué, même si dans cette œuvre, il serait malvenu de les mettre en lumière individuellement tant ces autres personnages sont peu caractérisés. La possibilité de les étoffer reste très limitée afin de laisser la place au véritable personnage central qui est le chœur. Et l'on peut dire que celui de l'Opéra national du Capitole ne fait pas dans la demi-mesure pour éblouir les spectateurs. La puissance de ce groupe de chanteurs fait trembler les murs du Théâtre, l'ouvrage et la mise en scène leur permettant de déployer de multiples nuances et mille détails, que ce soit face au spectateur ou en coulisse où leur voix résonnent avec mystère. Même s'il est présenté comme une masse informe et passive entièrement soumise à la volonté des puissants, les chœurs sont admirablement caractérisés de bout en bout, les choristes œuvrant avec une dévotion continue à la lourde tâche qui leur incombe. En fosse, les atmosphères de fastes et recueillement sont parfaitement menées par à la tête de l'Orchestre du Capitole.

Le dernier élément de cette production que nous retenons, est le jeu de , incarnant avec autant d'ingénuité que de pathétisme, avec son entonnoir sur la tête et sa robe de petite fille souillée, un innocent omniprésent proche de la vengeance divine exercée contre les hommes cherchant à échapper à leur destin.

Crédits photographiques : © Mirco Magliocca

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Toulouse. Théâtre du Capitole. 26-XI-2023. Modeste Moussorgski (1839-1881) : Boris Godounov, opéra en 7 tableaux sur un livret du compositeur d’après Alexandre Pouchkine. Mise en scène : Olivier Py. Décors et costumes : Pierre-André Weitz. Lumières : Bertrand Killy. Avec : Alexander Roslavets, Boris Godounov ; Victoire Bunel, Fiodor ; Lila Dufy, Xenia ; Svetlana Lifar, La Nourrice ; Marius Brenciu, Le Prince Vassili Chouiski ; Mikhail Timoshenko, Andreï Chtchelkalov ; Roberto Scandiuzzi, Pimène ; Airam Hernández, Grigori/Le Faux-Dimitri ; Yuri Kissin, Varlaam ; Fabien Hyon, Missail ; Sarah Laulan, L’Aubergiste ; Kristofer Lundin, L’innocent ; Sulkhan Jaiani, Nikititch ; Barnaby Rea, Mitioukha ; Hum Kim, Un boyard. Chœur et Maîtrise de l’Opéra national du Capitole (chef de chœur : Gabriel Bourgoin). Orchestre national du Capitole, direction : Andris Poga

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