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À Lausanne, Rigoletto entre dans la danse

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Lausanne. Opéra. 14-VI-2026. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Rigoletto, opéra en trois actes sur un livret de Francesco Maria Piave d’après « Le Roi s’amuse » de Victor Hugo. Mise en scène : Richard Brunel. Décors : Étienne Pluss. Costumes : Thibault Vancraenenbroeck. Lumières : Laurent Castaingt. Chorégraphie : Maxime Thomas. Dramaturgie : Catherine Alloud-Nicolas. Avec : Lionel Lhote, Rigoletto ; Davide Tuscano, Le Duc de Mantoue ; Marie Lys, Gilda ; Vartan Gabrielian, Sparafucile ; Sulkhan Jaiani, Comte Monterone ; Sophie Kidwell, Maddalena ; Vincent Casagrande, Marullo ; Matthieu Justine, Borsa ; Kyu Choi, Comte Ceprano ; Anouk Molendijk, Giovanna ; Solène Nanacy, Comtesse Ceprano ; Léa Sirera, Le Page. Agnès Letestu, La mère de Gilda. Adèle Borde, Eliot Chevalme, Olivia Lindon, Joséphine Meunier, Nicolas Rombaut, Alexandre Tondolo, danseurs. Chœur de l’Opéra de Lausanne (Chef des chœurs : Anass Ismat. Orchestre de Chambre de Lausanne. Direction musicale : Giulio Cilona

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Après Carmen l’an dernier, c’est le célèbre et très populaire Rigoletto de Giuseppe Verdi qui clôt la saison de l’Opéra de Lausanne, un « tube » en opposition à l’ossature de ses programmes dédiés à des œuvres jamais jouées sur sa scène.

Cette production de Rigoletto de Giuseppe Verdi a vu le jour à l’opéra de Nancy-Lorraine en juin 2021 avant d’investir les théâtres du Luxembourg en novembre 2021, de Rouen en septembre 2022 et de Toulon en octobre 2023 pour enfin terminer sa randonnée sur les planches lausannoises.

En choisissant de transposer l’œuvre de Verdi de la cour fastueuse de Mantoue au XVIe siècle vers une troupe de danse actuelle, le metteur en scène est contraint de redessiner ses personnages. Ainsi le Duc de Mantoue devient un maître de ballet et Rigoletto devient… on ne sait pas trop qui ! Un concierge ? Un administrateur ? Les courtisans eux, se muent en copains auxquels, ballet exige, on rajoute des danseurs. Et parce que le Rigoletto de Giuseppe Verdi semble manquer d’un sentiment qu’il est peut-être le seul à percevoir, porte au centre de son discours un personnage à peine esquissé dans la bouche de Rigoletto : sa défunte femme, la mère de Gilda. Il fait donc appel à une danseuse () pour incarner, tout au long de l’opéra, le spectre de la disparue qui danse pratiquement sans discontinuer au milieu des protagonistes. Et puis, pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Puisqu’on pense que l’œuvre originale de Verdi ne se suffit pas à elle-même, on introduit un peu de musique sortie « d’on ne sait z-où », pour accompagner les derniers pas de danse de la morte, qui tendaient à s’éterniser devant le lever de rideau du troisième acte. Dès lors, on s’interroge sur l’intérêt de cette transposition. Pourquoi rajouter des personnages à un livret déjà bien fourni ? À force de transposer, on finira par trouver incongrue une énième transposition qui reprendrait à la lettre le Rigoletto original de Verdi.

Comme on le voit plus haut, ce Rigoletto est rempli à ras bord des fruits de l’imagination du metteur en scène. Au mépris de sa connaissance des exigences physiques du chant lyrique, il fait chanter Gilda (), dans une prise de rôle, sur les pointes de chaussons de danse. N’étant pas à une incongruité près, il propose le sordide de cette scène où Gilda prête à mourir pour sauver la vie de son amant n’est pas assassinée mais, à l’instar de Cio-Cio-San dans Madama Butterfly, se fait hara-kiri face au public avant d’être traînée par les pieds dans les coulisses et mise dans un sac-poubelle que Sparafucile présente à Rigoletto comme le fruit de sa vengeance.

Ce manque d’élégance s’exprime aussi dans la banalité des costumes (). À l’exemple de ceux portés par Gilda, une jupe courte d’un vert criant, des bas violets et un sweat-shirt délavé, ou ceux de Maddalena, un bustier brillant de paillettes rouges sur une robe courte de cuir noir. Quant au décor (Étienne Pluss) malgré son ingéniosité, rien de ce qu’il représente, ou des éclairages () qui sont censés l’illuminer, ne contribue à porter l’œuvre.

Quant à la musique, on relève que neuf des douze rôles de cette production sont attribués à des chanteurs les abordant pour la première fois. Un pari audacieux. D’ailleurs, l’ apparait quelque peu pâlichon, l’attention du chef se focalisant plus fréquemment vers le plateau, à l’image de sa main s’agitant en volutes expressives au dessus de la fosse d’orchestre en direction de tel ou tel autre chanteur. À noter cependant la très bonne prestation du Chœur de l’Opéra de Lausanne dont le redoutable « Zitti, zitti, moviamo a vendetta » est enlevé avec maestria.

Tous les protagonistes ne réagissent pas pareillement à leur prise de rôle. Ainsi, la basse géorgienne (Comte Monterone) s’empare de son rôle avec une véhémence dévastatrice. Son entrée avec son « Si Monterone…la voce mia » glace le sang et la tirade qui suit « Novello insulto !… » restera l’un des plus émouvants moments de cette soirée. Faisant preuve d’une belle vaillance, la prise de rôle du baryton (Rigoletto) le voit dans l’incarnation d’un personnage fruste et colérique. Avec néanmoins une tendance à forcer des notes, son chant, dans ce rôle, gagnerait à se fondre plus dans l’esprit du bel canto verdien que dans un vérisme avéré. À ses côtés, autre prise de rôle importante, la soprano (Gilda) offre quelques instants de grâce absolue dans son « Tutte le feste al tempio ». En dépit d’une prestation d’excellente tenue, on retiendra cependant qu’elle n’a pas encore totalement intégré le style qu’impose la musique de Giuseppe Verdi. Quant au ténor italien (Le Duc de Mantoue), heureux de montrer la puissance de son instrument, manquant de musicalité, il couvre par moment la voix de sa compagne de scène. Quant à lui, le baryton-basse (Sparafucile) offre l’honnête prestation d’un rôle qu’il doit encore affiner. À ses côtés, la mezzo-soprano britannique (Maddalena) assure sa partie avec beaucoup d’entregent.

Crédit photographique : © Carole Parodi

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Lausanne. Opéra. 14-VI-2026. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Rigoletto, opéra en trois actes sur un livret de Francesco Maria Piave d’après « Le Roi s’amuse » de Victor Hugo. Mise en scène : Richard Brunel. Décors : Étienne Pluss. Costumes : Thibault Vancraenenbroeck. Lumières : Laurent Castaingt. Chorégraphie : Maxime Thomas. Dramaturgie : Catherine Alloud-Nicolas. Avec : Lionel Lhote, Rigoletto ; Davide Tuscano, Le Duc de Mantoue ; Marie Lys, Gilda ; Vartan Gabrielian, Sparafucile ; Sulkhan Jaiani, Comte Monterone ; Sophie Kidwell, Maddalena ; Vincent Casagrande, Marullo ; Matthieu Justine, Borsa ; Kyu Choi, Comte Ceprano ; Anouk Molendijk, Giovanna ; Solène Nanacy, Comtesse Ceprano ; Léa Sirera, Le Page. Agnès Letestu, La mère de Gilda. Adèle Borde, Eliot Chevalme, Olivia Lindon, Joséphine Meunier, Nicolas Rombaut, Alexandre Tondolo, danseurs. Chœur de l’Opéra de Lausanne (Chef des chœurs : Anass Ismat. Orchestre de Chambre de Lausanne. Direction musicale : Giulio Cilona

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