Emanuel Gat revisite les images de la 5e Symphonie de Mahler
Emanuel Gat, l’un des chorégraphes fétiches du festival Montpellier Danse a proposé la première grande forme du festival, Cinq jours au soleil. Une œuvre pour douze danseurs autour de la célèbre Symphonie n° 5 de Gustav Mahler.

Emanuel Gat a abordé bon nombre de compositeurs classiques mais en nous habituant à des virages à chaque production. Cette fois, sa proposition est d’autant plus innovante qu’après une vingtaine d’années avec les mêmes interprètes il a choisi de renouveler sa compagnie du tout au tout. Ce sont donc douze nouveaux jeunes danseuses et danseurs qui ont fait leur entrée sur la scène de l’Opéra Berlioz du Corum de Montpellier.
Une entrée au fur et à mesure comme pour mieux se présenter. Le fracas de la Symphonie n° 5 de Mahler est déjà lancée à l’ouverture du rideau sur une danseuse seule, brume en fond de scène sombre et tapis blanc. Elle déploie son immense costume de soie, longue chasuble couleur sable. Un danseur dans la même tenue, imaginée par Inès Vicher, vient se placer en miroir de sa partenaire. Puis petit à petit chacun des interprètes surgit des ténèbres du fond du plateau. Ils semblent franchir des portes en s’avançant sur l’avant. Tout au long de la pièce ils viendront ainsi de l’arrière comme si leur espace continuait au-delà même des portes du fond de scène.
Toute la gageure d’Emanuel Gat en choisissant la partition de la symphonie, sans doute la plus connue de Gustav Mahler, est de ne pas tomber dans une danse illustrative. La musique s’impose mais la danse suit son cours. Au fil des mouvements les danseurs se défont de leurs longues robes pour des costumes plus libres. Leurs mouvements d’ensemble font aussi place à des jaillissements de courts solos, presque timides face au groupe. Le deuxième mouvement est en ce sens très convaincant. Les gestes des danseurs semblent détachés des variations de la musique et pourtant celle-ci donne des impulsions aux séquences dansées. Les variations de lumière très marquées ajoutent à ces changements d’atmosphère. Ce jeu harmonieux et décalé donne de plus en plus de légèreté à ce nouveau groupe de danseuses et danseurs emmené par Emanuel Gat.

Bien entendu le célèbre Adagietto de la symphonie était très attendu. Comme l’explique Emanuel Gat, cette œuvre est montée comme un film. Et pour cause, ce thème entête le fameux film Mort à Venise de Luchino Visconti. Emanuel Gat met en lumière ces instants. Les danseurs ont revêtu à nouveau leurs costumes de soie. Dans des gestes lents ils semblent glisser sur le plateau dans un état de réflexion, appelant peut-être à une certaine méditation. Un état éloigné des dures réalités du monde d’aujourd’hui.
Avec ses douze nouveaux interprètes, Emanuel Gat s’engage sur un chemin à la recherche d’une nouvelle lumière. Une longue tournée européenne de ce spectacle est déjà programmée.
Crédits photographiques : © Julia Gat
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