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Janiewicz et Mozart par Chouchane Siranossian et le {oh!} Orkiestra

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Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : symphonie n’°29, en la majeur, K.V.201. Feliks Janiewicz (1762-1848) : concerto pour violon et orchestre n°5 en mi mineur. Chouchane Siranossian, violon Guadagnini. oh!} Orkiestra, Martyna Pastuszka, violon conducteur. 1 CD NIFC ( Narodowy Instytut Fryderyka Chopina). Enregistré dans le studio de concert Witold Lutoslawski ,de la radio Polonaise à Varsovie, du 20 au 22 mars 2024 (pour la symphonie) et les 17 & 18 octobre 2024 pour le concerto. Notice de présentation en polonais et en anglais. Durée : 55:57

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Avec ce troisième volume d’une intégrale en cours, éditée sous l’égide de l’Institut National Fryderyk Chopin, , associée aux forces vives de l'{oh!} Orkiestra, propose une version décapante et pittoresque du préromantique Concerto n° 5 de dans un couplage un rien décalé avec une surprenante version de la vingt-neuvième Symphonie de Mozart.

naquit en 1762 à Vilnius alors sise en la République des Deux Nations. Violoniste doué, il intégra dès 1777, à un âge précoce, la chapelle royale polonaise. Après ce premier ancrage son existence entière fut placée sous le signe du nomadisme musical : Vienne – nous y reviendrons -, l’Italie où il se perfectionne avec Nardini et Pugnani, puis Paris entre 1787 et 1792, et enfin Londres et tout le Royaume-Uni : il se fixa définitivement en Ecosse, où il s’éteignit en 1848, à Édimbourg. Son séjour à Vienne en 1785 lui permit de rencontrer Haydn et Mozart, en marge d’un concert remarqué au Burgtheater. Saisi par le talent du jeune homme, Mozart aurait alors composé – sans doute à son intention – un mouvement lent alternatif (aujourd’hui perdu, KV 470) pour le seizième concerto de Viotti que Janiewicz interprétait alors durant cette tournée.

Pour ce troisième volume d’une future intégrale discographique des cinq concertos pour violon du maître polonais, l’Institut Chopin entend mettre en relief ce compagnonnage en adossant une nouvelle fois un concerto de Janiewicz à une symphonie de Mozart. Un monde sépare la grâce et l’architecture classiques, la clarté polyphonique et le Sturm und Drang presque opératique de la vaste Symphonie n° 29 (1774) du maître salzbourgeois, de la dramaturgie préromantique du Concerto n° 5 du Polonais (composé vers 1800) : à la jonction du romantisme naissant d’un Viotti et des prémisses du jeune Mendelssohn, cette page, virtuose, sensible et très originale pour l’époque, déploie tantôt un spleen, un mal du pays intense au gré de ses deux premiers mouvements ou une verve d’essence populaire irrésistible dans un rondo final endiablé !

Nonobstant les lectures de nombreux chefs « historiques » — Josef Krips, Karl Böhm ou Ferenc Fricsay presque trop opulents, Otto Klemperer autoritaire, Herbert von Karajan au velouté de phrasés un rien étouffant, les « baroqueux » ont singulièrement rebattu les cartes depuis quatre décennies, de la théâtralité d’un Nikolaus Harnoncourt avec le Concertgebouw d’Amsterdam à la mélancolie de (Decca), en passant par la fluidité vive de chez L’Oiseau-Lyre.

L'{oh!} Orkiestra, cornaqué par sa brillante violoniste conductrice , entend respecter toutes les reprises textuelles, ce qui confère à l’œuvre une dimension temporelle assez inédite (près de trente minutes). Malgré un effectif d’instruments anciens assez réduit, le grain des cordes se révèle charnu, subtilement acidulé, magnifié par un soin particulier apporté à l’éclairage des voix secondaires et à l’élégance des appuis du registre grave. Dans l’Allegro moderato liminaire, le ton oscille constamment entre onctuosité et truculence primesautière : les phrasés très aérés et spirituels marient le piqué des attaques au fil des notes répétées ou la juste ciselure des ornements à une gestion des dynamiques en « noir et blanc » procédant par brusques oppositions de nuances, éminemment Sturm und Drang. L’Andante, finement articulé, se déploie avec une noblesse chantante : la sourdine offre au discours une respiration intimiste et nocturne, d’une intense, poignante et impalpable poésie. Le Menuetto nous ramène brutalement ici-bas par ses « appels » incisifs d’un laconisme acéré, soutenu par la complicité de la petite harmonie. Mais c’est dans l’irrésistible tourbillon du final que le théâtre éclate : les cors quittent soudain avec bonhomie leur rôle de simple soutien harmonique — auquel ils s’étaient pliés avec une discrétion exemplaire durant les trois premiers mouvements — pour « exploser », comme pris d’une folie douce, dans une véritable et burlesque scène de chasse d’une jubilation aussi soudaine qu’incantatoire !

Reste cette particularité assez discutable, véritable signature esthétique de l’ensemble polonais : la réalisation d’un continuo parfois envahissant où s’invite, outre le discret clavecin d’Anna Firkus, le babillard pianoforte de Katarzyna Drogosz. Celle-ci semble presque improviser çà et là les répliques d’un improbable concerto, notamment le long des redites de l’Allegro initial, lors d’une courte cadence à 8’15 dans l’Andante. Si l’usage d’un tel clavier paraît historiquement anachronique pour une symphonie salzbourgeoise de 1774, ces interventions facétieuses dans l’Allegro (vraiment) con spirito final,  singulièrement chromatiques dans les ultimes mesures de sa coda, font irrésistiblement sourire par leurs narquois clins d’œil.

Du grand écart entre Sturm und Drang et préromantisme

Mais la vraie découverte de cet album est incontestablement le Concerto n° 5 en mi mineur (le dernier composé , vers 1800) de , enregistré sept mois plus tard, en octobre 2024. On y retrouve avec un immense plaisir l’archet inspiré, toute la science et la virtuosité de la violoniste . Sur son violon Giovanni Battista Guadagnini monté à l’ancienne, pleinement épanoui par ce diapason un peu plus grave (à 430 Hz), le chant s’illumine d’une couleur unique.

Parallèlement à cette parution discographique, l’Institut Chopin assure l’édition critique « papier » de cette partition jusqu’ici fort difficilement accessible. Seules les parties séparées furent publiées à Paris par Pleyel.

La direction de , à la tête d’un orchestre légèrement renforcé – une flûte et deux bassons en sus de la nomenclature de la symphonie mozartienne – (et toujours cet omniprésent pianoforte !)  s’avère habitée, nerveuse, presque haletante. Face à l’orchestre, la sonorité historique du violon solo de s’avère assez fragile, plus sans doute que s’il avait été tendu de manière « moderne », mais le jeu de la violoniste se révèle d’une chaleur incandescente. Elle déploie une ébouriffante virtuosité dans ce vaste allegro moderato liminaire (un bon quart d’heure de pleine musique) couronné par une imposante cadence techniquement et musicalement irréprochable. Dans le bref Adagio central, les longues phrases solistes sont assumées avec un lyrisme poignant. Puis nous voilà projetés directement dans un final d’une verve étourdissante. Les rubati et autres accelerandi, très maîtrisés dans leurs pulsations et leur agogique y sont irrésistibles – dans les réintroductions du refrain – parfois accompagnées de claquements frappés à même la table des instruments à cordes (ou le coffre du pianoforte ?) pour scander davantage encore le caractère chtonien de cette obsédante danse populaire avec, ici et là de la part de la soliste, un petit glissando improvisé dans l’aigu en guise d’œillade interprétative.

Tout au plus émettrons-nous deux petites réserves : d’abord le minutage relativement spartiate du disque (à peine 56 minutes) et peut-être le choix du couplage. Une symphonie du premier romantisme d’Europe centrale — par exemple,  la méconnue mais splendide et unique Symphonie en ré majeur de Jan Václav Voříšek (légèrement postérieure) — aurait sans doute assuré un vis-à-vis plus homogène et d’une originalité plus inédite que cette symphonie mozartienne certes essentielle mais déjà bien connue des mélomanes et très souvent enregistrée. Il n’en demeure pas moins que ce disque – à classer plutôt à Janiewicz – s’impose comme un jalon indispensable pour tous les amoureux de l’archet et du patrimoine romantique naissant, et est en ce sens, est chaudement recommandé !

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Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : symphonie n’°29, en la majeur, K.V.201. Feliks Janiewicz (1762-1848) : concerto pour violon et orchestre n°5 en mi mineur. Chouchane Siranossian, violon Guadagnini. oh!} Orkiestra, Martyna Pastuszka, violon conducteur. 1 CD NIFC ( Narodowy Instytut Fryderyka Chopina). Enregistré dans le studio de concert Witold Lutoslawski ,de la radio Polonaise à Varsovie, du 20 au 22 mars 2024 (pour la symphonie) et les 17 & 18 octobre 2024 pour le concerto. Notice de présentation en polonais et en anglais. Durée : 55:57

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