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Genève clôture sa saison avec 200 Motels de Frank Zappa

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Genève. Grand Théâtre de Genève. Bâtiment des Forces Motrices. 22-VI-2026. Frank Zappa (1940-1993) : 200 Motels, Fresque musico-théâtrale adaptée par Ali N. Askin, sur un livret du compositeur. Mise en scène : Daniel Kramer. Décors : Carlos Soto. Costumes : Shalva Nikvashvili. Lumières : Peter Mumford. Vidéos : Sophie Lux. Dramaturgie : Stephan Müller. Avec : Robin Adams, Frank/Larry the Dwarf ; Peter Hoare, Howard ; Edward Hogg, Jeff/Love Interest/Newt Lover ; Mark Ziad, Nehme; David Ireland, Cowboy Burt/Lutteur WWF ; Justin Hopkins, Narrateur/Rance/Mauvaise Conscience ; Brenda Rae, Soprano Solo/Janet/Journaliste ; Julieth Lozano, Lucy/Bonne ConscienceNicola Hollyman, Soprano ; Céline Kot, Mezzo ; Aleksandar Chaveev, Basse ; David Webb, Ténor ; Emmanuelle Annoni, Carlotta Lesage, Faustine Morvan, Acrobates. Guitar Solo : Mike Keneally ; Steamboat Switzerland : Dominik Blum, Hammond, Claviers ; Marino Pliakas, Basse électrique ; Lucas Niggli, Batterie. Chœur du Grand Théâtre de Genève (Chef de chœur : Mark Biggins). Ensemble de percussionnistes de la Haute école de musique de Genève. Orchestre de la Suisse Romande, direction musicale : Titus Engel

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Pour son dernier spectacle à Genève, remonte l’opéra rock psychédélique 200 Motels de tiré du film de 1971, dont l’univers déjanté est renouvelé par la production du metteur en scène .

a toujours fleurté entre les mondes et 200 Motels en est une sorte de synthèse. Respecté par le milieu classique lorsqu’il était à son plus haut, le rockeur propose en 1970 à de jouer une suite de partitions écrites pour un groupe de rock et un orchestre symphonique. Un an plus tard, le film éponyme sort sur les écrans, mélange de scènes toutes plus folles les unes que les autres, souvent retranscrites aussi par des dessins animés.

Si l’un des rôles principaux – Larry the Dwarf, littéralement Larry le Nain – y est tenu par Ringo Star, c’est aujourd’hui le baryton – excellent récemment en Wozzeck – qui s’en charge. Car à présent, l’ouvrage est régulièrement repris à l’opéra, depuis qu’en 2000, le Holland Festival d’Amsterdam en a commandé une suite lyrique adaptée par le compositeur . Pour en comparer les différences avec la musique de film, nous vous renverrons à la version originale de 1971 dirigée par Elgar Howarth, avec Zappa lui-même au chant et à la guitare, et à celle, opératique, enregistrée en 2015 par Salonen et le Los Angeles Philharmonic, seconde interprétation toutefois beaucoup moins tonique que la première.

Heureusement, c’est, en fosse, Titus Engels et un bien échauffé (il fait 35 degrés dehors ce dimanche, température jamais atteinte un 20 juin dans la ville) qui se chargent de la partie symphonique de la nouvelle production genevoise. Moins heureusement, la sonorisation du Bâtiment des Forces Motrices, utilisé pour remplacer la scène du Grand Théâtre pendant les travaux, trop frontale et donc trop forte du bas du parterre, devient presque trop faible au fond (nous nous sommes déplacés à l’entracte). Pour ces raisons, nous parlerons peu des voix, trop mélangées par leur retranscription sur deux grosses colonnes d’enceintes de concert, car seules deux interventions – la soprano aux aigus détonants et le baryton-basse au timbre profond – peuvent vraiment se démarquer vocalement. Le Chœur du Grand Théâtre de Genève est aussi amalgamé dans la masse sonore ; il est donc surtout bien audible dans sa grande scène finale. De même, le groupe de rock Steamboat Switzerland et le guitariste solo Mike Keneally peuvent difficilement être mis en regard avec les interprètes de la création, dont Zappa lui-même.

En revanche, si quelques personnes dans le public s’échappent au cours d’une représentation de près de deux heures sans entracte, la grande majorité semble très contente de la proposition scénique. Très kitsch et dans un style qu’on aurait pu croire allemand des années 80, cette façon de l’Américain d’aborder l’œuvre a un peu tendance à lisser l’ouvrage par des scènes qui se ressemblent trop. Mais au moins, il en exploite à fond le côté absurde, avec une partie de catch dans laquelle les quatre musiciens du band héros du livret (puisqu’on rappelle que l’œuvre écrite pendant les soirs vides de tournée par Zappa consiste à montrer l’absurdité pour un groupe de changer tous les jours de ville, et donc de motels et d’ambiances), se font tour à tour défoncer par le Lutteur WWF très bien caricaturé ici par David Ireland.

Avec un canon-bite géant pour la scène finale et des sexes et seins gonflables qui tombent du ciel, l’ouvrage, repris de manière plus fine en 2018 à Strasbourg puis à la Philharmonie de Paris, semble parfois d’une vulgarité gratuite dans la lecture de Kramer. Mais il y a de ça aussi dans ces années 1970 : une ouverture sexuelle qui a, par beaucoup d’aspect, elle aussi beaucoup vieilli aujourd’hui. D’ailleurs, lorsqu’il faut imager à l’avant-dernière scène « La dimension du pénis » de ceux qui nous ont dirigés depuis des millénaires, on s’amuse d’y retrouver maintenant Donald Trump, d’un ridicule finalement souvent réel dès qu’on allume la télé.

Au moins, cette représentation rappelle-t-elle une fois de plus, quelques mois après un nouveau ballet sur une musique de l’ancien Daft Punk Thomas Bangalter, que des institutions comme le Grand Théâtre de Genève ne sont pas du tout figées dans le passé. Voyons comment Alain Perroux prolongera cette conception à partir de la rentrée !

Crédits photographiques : © Magali Dougados

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