La mandoline à la Belle Epoque par Raffaele La Ragione
Après Beethoven and his Contemporaries et Mandolin on Stage, Raffaele La Ragione continue de mettre la mandoline au premier plan avec sa nouvelle proposition discographique Dans les salons fin-de-siècle.
On s’imagine trop souvent la mandoline comme instrument clé de la musique populaire, mais c’est bien dans les salons bourgeois parisiens de la fin du XIXe siècle que Raffaele La Ragione nous invite. A cette époque, plus qu’en effet de mode, le succès de ce petit instrument à cordes pincées a été rendu possible grâce aux concerts menés par les mandolinistes italiens lors de l’Exposition universelle de 1848.
En premier lieu Giuseppe Silvestri (1841-1921) pour lequel l’une de ses compositions, interprétée à l’occasion de ces concerts de 1848, figure dans ce disque : Lo Sport est une pièce empreinte de douceur et d’élégance, où le jeu pianistique de François Dumont sait parfaitement s’équilibrer avec les capacités de résonance et les nuances de la mandoline. Raffaele La Ragione mène la virtuosité requise avec sérénité, son trémolo respire et les moments techniques sont assurés avec rondeur.
La programmation musicale mêle arrangements originaux et ceux des musiciens de l’époque, à l’image de la Pastorale de Bizet, du Soir de Charles Gounod ou du Timbre d’argent de Camille Saint-Saëns, arrangés par Jean Pietrapertosa, ou alors les pièces de Cécile Chaminade par Carboni et Cottin. L’auditeur retrouvera des grands noms de la composition (Debussy, Liszt, Massenet, Offenbach, etc.). On les aurait imaginés assez éloignés de la mandoline, mais grâce à la parfaite connaissance des arrangeurs des spécificités de l’instrument, leurs pièces s’intègrent de façon tout-à-fait naturelle dans ce choix. La logique conduit jusqu’au piano à queue (un Pleyel de 1896), qui mêle délicatesse et simplicité lorsqu’il doit accompagner la mandoline: on dirait presque une guitare dans la Sérénade de Ruggero Leoncavallo, et plus encore dans Guitares et mandolines de Camille Saint-Saëns; le son atténué de l’instrument historique, presque onirique dans la Variation en mi majeur de Hexameron de Frédéric Chopin, donne une impression de bon goût sans pareil.
Il est amusant de retrouver avec le soprano de Sandrine Piau, le même poème de Paul Verlaine, Les donneurs de sérénades extrait des Fêtes Galantes, mis en musique par Claude Debussy, puis Gabriel Dupont et enfin Gabriel Fauré. Bien réparties dans le programme, ces propositions musicales ne font pas l’objet d’une comparaison particulière, mais dépeignent la sensibilité de chacun, plus ou moins hispanisante (Dupont plus, Debussy moins).














