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150 ans de douleurs musicales par Jordi Savall à Salzbourg

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Salzbourg. Kollegienkirche. 22-VII-2026. Salamone Rossi (vers 1570-vers 1630) : Al naharot bavel ; Gregorio Allegri (1582-1652) : Miserere mei Deus à 9 voix en deux choeurs ; Giacomo Carissimi (1605-1674) : Damnatorum lamentatio ; Marc-Antoine Charpentier (1643-1704) : Litanies de la Vierge H 83 ; Antonio Vivaldi (1678-1741) : Stabat mater RV 621 pour alto et cordes ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Miserere KV 85 pour alto, ténor, basse et orgue. Raffaele Pe, contre-ténor ; La Capella Reial de Catalunya ; Le Concert des nations, direction et viole : Jordi Savall

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Entre France et Italie, entre chant soliste et virtuosité chorale, les chanteurs de La Capella Reial font merveille dans des configurations toujours différentes.

Miserere : le thème de l’Ouverture spirituelle, la semaine d’ouverture du , où la musique chorale a traditionnellement une grande place, peut se décliner de nombreuses façons, aussi bien sacrées que profanes. , depuis 2014, est un point fixe de cette programmation, avec cette fois un concert entièrement consacré à la musique sacrée : il s’y trouve en effet deux Miserere, entourés d’une grande diversité d’œuvres religieuses que le thème de la douleur et de la peine réunit de façon plus ou moins lâche.

La première œuvre sort pour une fois du cadre chrétien : le Juif mantouan Salamone Rossi, qui a publié en 1622-1623 une collection de pièces destinées à la synagogue, était en contact direct avec ses grands contemporains à la cour des Gonzague, et sa musique en est le reflet direct, notamment dans son ornementation. Les quatre chanteurs de la Capella Reial se placent à la croisée du transept, au milieu des spectateurs. Sans doute ceux les plus éloignés d’eux ont pu bénéficier de ce vaste espace sonore, mais même à deux pas d’eux on admire la manière dont l’austérité du psaume 137 (qu’on connaît sous le titre latin Super flumina Babylonis) est illuminée par ces éclats de modernité expressive.

C’est ensuite le moment pour de faire son entrée : comme souvent, il alterne entre direction pure et son dessus de viole, dont il fait toujours un simple instrument d’accompagnement qu’on aimerait moins discret – tout le concert, à vrai dire, met le choeur en vedette, un peu au détriment des accompagnements orchestraux (Charpentier, Vivaldi) qui sont non seulement en retrait, mais aussi un peu raides. Le chœur préparé par Lluís Vilamajó, collaborateur de Savall depuis plus de trente ans, est au contraire sans reproche, qu’il soit au grand complet (19 chanteurs nommés sur le programme) ou réduit à un ensemble vocal, ses chanteurs se montrant particulièrement brillants dans cet exercice chambriste.

Les deux Miserere du programme sont liés par la figure du genius loci, Mozart : on connaît l’histoire rapportée par Leopold Mozart sur le Miserere d’Allegri, transcrit par le jeune prodige en 1770 après seulement deux auditions à la chapelle Sixtine ; on pense aujourd’hui qu’il avait pu rencontrer l’œuvre en 1764-1765 à Londres, où elle était connue depuis trois décennies ; toujours est-il qu’il écrit lui-même quelques mois après ces auditions romaines un court Miserere se limitant à une partie du texte. Pour l’œuvre d’Allegri, Savall place le premier chœur sur la scène et le second tout au fond de l’église sur la tribune d’orgue : cette spatialisation à grand spectacle ne manque pas son effet, aujourd’hui comme à la Sixtine d’autrefois ; et on sent bien dans le Miserere KV 85 combien le jeune Mozart a pu être impressionné par cette grande et rigoureuse construction.

Au milieu de toute cette musique chorale, le chant soliste a sa place avec le Stabat mater de Vivaldi, chanté par : avec un timbre un peu mat et une projection solide qui lui permet tous les allègements, son chant sobre et expressif est idéal pour restituer la douleur de la partition sans surcharge inutile. C’est sans doute le moment le plus émouvant du concert avec les ambitieuses Litanies de la Vierge de Charpentier, qui laisse un peu dans l’ombre les damnés mis en musique dans le court oratorio de Carissimi qui précède.

Au-delà d’une – relative – atmosphère doloriste, on ne peut pas dire que ce concert marque par une dramaturgie particulièrement cohérente, et ce même si Luca Guglielmi au positif crée une continuité pendant que les différentes configurations musicales se mettent en place, mais on a trop rarement l’occasion d’entendre ces différentes pièces autrement qu’au disque pour bouder son plaisir.

Crédits photographiques © SF/Marco Borrelli

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Salzbourg. Kollegienkirche. 22-VII-2026. Salamone Rossi (vers 1570-vers 1630) : Al naharot bavel ; Gregorio Allegri (1582-1652) : Miserere mei Deus à 9 voix en deux choeurs ; Giacomo Carissimi (1605-1674) : Damnatorum lamentatio ; Marc-Antoine Charpentier (1643-1704) : Litanies de la Vierge H 83 ; Antonio Vivaldi (1678-1741) : Stabat mater RV 621 pour alto et cordes ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Miserere KV 85 pour alto, ténor, basse et orgue. Raffaele Pe, contre-ténor ; La Capella Reial de Catalunya ; Le Concert des nations, direction et viole : Jordi Savall

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