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Teodor Currentzis et Asmik Grigorian en vedette pour une Carmen frustrante au festival de Salzbourg

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Salzbourg. Grosses Festspielhaus. 26-VII-2026. Georges Bizet (1838-1875) : Carmen, opéra en quatre actes d’après la nouvelle de Mérimée. Mise en scène : Gabriela Carrizo (Peeping Tom) ; décors et costumes : Christof Hetzer ; lumières : Tom Visser. Avec Asmik Grigorian (Carmen), Jonathan Tetelman (Don José), Kristina Mkhitaryan (Micaëla), Davide Luciano (Escamillo), Iveta Simonyan (Frasquita), Anita Monserrat (Mercédès), Matthias Winckhler (Zuniga), Liviu Holender (Moralès), Michael Arivony (Le Dancaïre), Mingjie Lei (Le Remendado). Peeping Tom ; Utopia Choir, Bachchor Salzburg ; Salzburger Festspiele und Theater Kinderchor ; Utopia Orchestra ; direction musicale : Teodor Currentzis

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Le chœur est sensationnel, la mise en scène esthétique mais superficielle, et les deux têtes d’affiche ne tiennent que partiellement leurs promesses.

La première première d’opéra du , chaque année, est une affaire de mondanités plus que de musique, et cette Carmen ne fait pas exception : le meilleur signe en est l’entracte à rallonge, où le public anonyme n’a qu’à attendre que les gens qui comptent se résignent à quitter le cocktail pour retourner au « pensum ».

L’affiche de cette Carmen est dominée par deux des noms qui auront le plus marqué les années Hinterhäuser au Festival, la soprano en Carmen et dans la fosse. Les critiques n’ont pas manqué pour dénoncer l’attachement inentamé de l’intendant sortant à Currentzis aux liens longtemps affirmés avec le pouvoir de son pays, et ce d’autant plus que l’Autriche est depuis longtemps une porte d’entrée essentielle de l’influence russe en Europe occidentale. Aujourd’hui, ce n’est plus MusicAeterna qui est dans la fosse, mais Utopia, opération hâtive de rhabillage suite à l’invasion de l’Ukraine en 2022. L’orchestre se garde bien de publier la liste de ses membres, et Currentzis veille à ne prendre aucune position publique.

À Salzbourg, le chef a certes offert quelques grands moments, avec La Clemenza di Tito mise en scène par Peter Sellars et Don Giovanni vu par Castellucci, mais aussi beaucoup de prestations décevantes : une Symphonie n°4 de Mahler d’un impossible maniérisme ou un Château de Barbe-Bleue d’une grande vacuité.

Cette fois, ni ennui ni merveille. Le travail de Currentzis, c’est prendre en main des partitions ultra-connues pour les faire écouter d’une manière entièrement nouvelle. Ça marche pour La Traviata (à Luxembourg), beaucoup moins pour cette Carmen. Les premiers numéros sont soigneusement tenus, avec des cordes un peu ternes face à des bois volontiers mis au premier plan ; les choses changent avec la scène des cigarières, que Currentzis plonge dans une atmosphère rêveuse où tous les contours sont estompés, et ce depuis le prélude avant les premiers mots des galants jusqu’à l’envoi de la fleur : cette vision très personnelle ne manque pas de poésie, mais l’intensité de ce moment est loin d’être commune à toute la soirée. La fin de l’acte II par exemple, cette si belle invocation de la liberté, est impressionnante peut-être, mais trop corsetée pour que puisse naître l’ivresse de cette liberté célébrée par Carmen.

Pour les voix, ce n’est pas qui fait l’événement, encore moins son Don José, mais le chœur, cet «  » qu’on ne confondra pas avec le MusicAeterna Choir, mais qui, même étendu par les membres de l’excellent , est encore et toujours dirigé par Vitaly Polonsky. Ce qu’on entend ici est prodigieux, dans un français exemplaire (c’est d’ailleurs aussi le cas du chœur d’enfants, qui est, lui, bel et bien salzbourgeois), avec une plasticité qui s’étend à tous les paramètres musicaux, de la dynamique aux couleurs, du rythme à l’expression. S’il fallait retourner voir cette production, le chœur en serait la meilleure justification.

est une très honorable Carmen, parfois mal à l’aise dans le grave, mais avec une diction correcte et une projection parfaite. De là à lui trouver le tempérament enflammé et la couleur unique qui ferait d’elle l’égale des grandes Carmen du passé, il y a tout de même un pas que nous ne franchirons pas. Le Don José de , lui, est tout d’une pièce : pas de place à la fragilité, pas d’évolution du personnage. Certes, en terme de puissance et de solidité de la voix, il n’y a rien à redire, mais on a entendu tellement mieux dans ce rôle. Pour Micaëla, on a visiblement incité Kristina
Mkhitaryan à tout chanter en retrait, à quelques phrases près : c’est parfaitement maîtrisé, mais la promesse d’émotion n’est tenue que partiellement. Enfin , après avoir été Don Giovanni pour Currentzis, est cette fois Escamillo : du beau travail, soigné mais un peu terne.

Pour la mise en scène au contraire, Hinterhäuser a fait appel à une novice, , l’une des fondatrices de la compagnie belge Peeping Tom, dont les danseurs jouent un grand rôle dans le spectacle. On retiendra surtout deux choses : d’une part, la beauté des lumières, qui donnent une impression d’espace stupéfiante à un décor unique plutôt banal dans des ambiances presque toujours sombres, culminant dans le rouge sang du quatrième acte d’un symbolisme peu subtil. La gestion des foules, (soldats, cigarières, contrebandiers, enfants), impeccablement chorégraphiée, prend la poésie d’une murmuration d’oiseaux, dans le format Cinémascope de la grande salle du festival.

commet une erreur de débutante en supprimant tous les dialogues – y compris la lecture de la lettre de la mère de José – ou en les remplaçant parfois par diverses fioritures enregistrées, le pire étant les échos électroniques du Trio des cartes. Ces coupures, heureusement plus brèves que celles qui avaient défiguré Fidelio dans le même lieu en 2015, relèvent toutefois d’un procédé qui ne marche jamais ; comme la direction d’acteurs peine à donner de l’épaisseur aux personnages, toute l’histoire en devient curieusement désincarnée et la discontinuité d’un numéro à l’autre n’en est que plus voyante. La vision personnelle de Carrizo se voit réduite à des accessoires, souvent peu lisibles, parfois un peu lourdement symboliques, y compris les interventions ponctuelles plus ou moins intégrées des danseurs de Peeping Tom ; on se doute bien que la metteuse en scène veut montrer la liberté de Carmen et sa mort comme ce qu’elle est, non pas un crime passionnel mais un féminicide, mais on ne voit pas grand-chose de tout cela.

Photo 1 : © SF/Thomas Aurin ; photo 2 : © SF/Virginia Rota

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