Journée Marie Jaëll au festival de musique de Wissembourg
Pour sa 22ème édition, le délicieux festival de musique de Wissembourg a proposé une journée d’hommage à Marie Jaëll. L’idée était très bonne, puisque c’est dans ce charmant paysage des collines paisibles du nord de l’Alsace qu’elle est née, à quelques kilomètres de Wissembourg.

L’hommage commence par la présentation d’un documentaire « Marie Jaëll, toucher la musique » de 2025, par le réalisateur Damien Fritsch lui-même (ci-contre) qui a également un fort ancrage wissembourgeois, et une filmographie impressionnante. Son portrait de Marie Jaëll est de toute beauté. La facture est assez traditionnelle : des interviews, des lectures de lettres, des témoignages, des extraits de répétition de musiciens et toujours, la musique de Marie Jaëll. Mais les interventions choisies sont d’une qualité remarquable, et c’est une authentique rencontre avec la compositrice qui se construit peu à peu. On prend mieux la mesure de sa personnalité, de son originalité, et de son rayonnement : les hommages de Saint-Saëns font plaisir à entendre, et on est étonné de comprendre jusqu’où est allée la considération de Franz Liszt pour elle, puisqu’il lui a demandé de terminer l’écriture de sa célèbre Méphisto-Valse. Le temps long voulu par le réalisateur (72 minutes) permet aux différents historiens, bibliothécaires, musicologues, éditeurs, interprètes, de bien exposer leurs sentiments et leurs analyses, et la caméra les capte avec un respect sensible qui confine à la tendresse. Le témoignage de Marie-Laure Ingelaere est étonnant de connaissance profonde du personnage et de son contexte historique (il faut visiter son site hyper-fouillé et très actualisé dédié à Marie Jaëll : mariejaell-alsace.net). Le plus beau moment est peut-être la présentation pleine de délicatesse par Emmanuelle Bertrand du Concerto pour Violoncelle, qui se termine par un extrait en concert d’un lyrisme magnifique. Tel qu’il est, ce documentaire est un bijou. Malheureusement, sa diffusion sera discrète, car il ne correspond pas aux exigences techniques des grands médias nationaux. Le mélomane intéressé devra chercher par lui-même dans les chaînes de télévision régionales ou auprès du producteur SEPPIA.

Le deuxième temps de cette journée est le concert donné par Manon Galy, Léa Hennino, Héloïse Luzzati et Célia Oneto Bensaid, et qui, après un court et sympathique échange avec le public, donnent à entendre exactement le même programme de leur récent et excellent CD « Marie Jaëll, musique de chambre » chez La Boîte à pépites, très applaudi de toutes parts. Leur interprétation en live est encore plus palpitante et plus approfondie. Dans un rêve voit ses perlés de piano et ses frottements d’aile encore plus subtils, encore plus aériens. La longue Ballade pour piano et violon, méditation d’une inventivité mélodique permanente et surprenante, gagne aussi en densité. C’est tout l’avantage du concert « live », vivant, bien vibrant devant l’auditeur. Certes, le violon a besoin d’un petit moment pour s’échauffer, mais après, quelles lignes fines, quelles nuances, et quelle belle résonance dans l’auditorium bien proportionné de l’auditorium de La Nef ! Admirables aussi sont l’engagement des quatre artistes, et surtout leur parfaite cohésion. Le piano, ni soliste ni accompagnement, est un membre actif à part entière du quatuor, et le dialogue entre les quatre instrumentistes est parfaitement équilibré. Le Quatuor en sol mineur est très caractéristique de son auteure : grande profusion de thèmes mélodiques présentés en groupes successifs, et grande variété rythmique, qui n’empêchent pas l’ensemble d’être puissamment architecturé et unifié. Cette œuvre exigeante, originale et grandiose, demande toute l’énergie de ses généreuses interprètes, et laisse le public complètement enthousiaste.
Crédits photographiques © Luc Oerther / Festival International de Musique de Wissembourg
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