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L’ombre de La Callas plane sur la résidence parisienne de Céline Dion

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est intouchable. aussi. Prenons le risque. Alors que certains s’insurgent de potentielles résonnances entre ces deux interprètes, plutôt du côté des admirateurs de la Callas ne le cachons pas, le retour sur scène de est une illustration de cette réalité. Point par point.

Samedi soir, le 12 septembre 2026, à la Plenitude Arena. Premier concert du retour sur scène de , inespéré pour beaucoup et iconique pour tant d’autres au regard de l’effervescence suscitée dès l’annonce de cet événement. Ce samedi soir, Céline Dion surprend en intégrant dans la programmation musicale de sa résidence parisienne tant attendue « Ebben ? Ne andrò lontana », l’air de La Wally d’Alfredo Catalani immortalisé par l’interprétation de . Étrange.

Cette proposition n’a pas manqué de générer de nombreux commentaires, tous prévisibles finalement, les aficionados se perdant dans une analyse de la technique « lyrique » de la chanteuse pop, alors que d’autres n’en finissent pas d’opposer culture populaire et musique savante, soutenant que l’opéra serait d’un autre niveau… Un classique.

Quand le biographe Valentin Grimaud, en pleine promotion de son nouvel ouvrage consacré à la super star, affirme que seule la volonté de Céline Dion ne lui a pas permis de s’orienter vers un répertoire opératique, ce n’est pas moins d’une centaine de commentaires sur un post de France Musique publié sur les réseaux sociaux qui s’insurgent de cette affirmation audacieuse, certains réclamant aussi l’ancienne fréquence de la chaîne sur la bande FM, un autre sujet de l’été 2026.

« J’ai réalisé un rêve. » Voilà comment Céline Dion conclut sa prestation sortie des chemins battus. Par cette proposition singulière, et témoin de la sincérité (naïve) de la chanteuse tout au long de sa carrière, ne pouvons-nous pas y voir simplement une Céline Dion admirative d’une autre diva qui aura marqué son temps, et qui a souhaité partager cette admiration lors d’un concert qui fera date, pour elle comme pour la musique de variétés ? Faut-il vraiment tout analyser, tout juger, tout hiérarchiser, tout catégoriser, tout critiquer ? Dans notre société d’aujourd’hui, c’est effectivement comme cela que l’on se fait sa place…

Une autre diva ? Cela suppose que Céline Dion en est une. Là encore, on voit arriver les réactions scandalisées, quelque peu faciles. Et pourtant, tous les codes y sont. Et ce sont bien des codes venant tout droit du monde de l’opéra, incarnés la dernière fois par . Le staff chargé de la communication autour de Céline Dion aurait pu choisir bien d’autres leviers pour immortaliser ce moment dans la carrière de la chanteuse ; et alors que les réseaux sociaux auraient été un levier bien plus naturel dans notre époque hyper connectée, c’est bien l’univers en live de l’opéra qui a été choisi. Volontairement. Peut-être en se fondant sur la dévotion de l’artiste pour une autre artiste (nous ne sommes pas dans le secret des dieux !).

Commençons quelques jours avant cette première représentation. Nous sommes tous tombés, quotidiennement, sur ces images où Céline Dion passe du temps avec ses fans, devant son hôtel, parfois presque une heure. Elle fait le show, surréagissant régulièrement face à ce que certains souhaitent lui transmettre, elle se rend disponible, elle humanise les relations avec son public. Il paraît que cela est habituel pour la chanteuse. Mais nous l’avons tous en tête, cette ferveur populaire devant le Ritz, l’Hôtel Atlantic ou le Grand Hôtel de Milan où, à son époque, la Callas était au centre de ces moments de liesse. Le rapprochement avec « La Divina » est évident quand pour chacune de ces apparitions devant le Royal Monceau, Céline Dion les transforme en défilé de mode : Alaïa, Tom Ford, Loewe, Givenchy, Balenciaga, Dior, Bottega Venetta, Yves-Saint-Laurent. Pas de partenariats avec ces maisons haute-couture, c’est bien à l’initiative de l’artiste que ce défilé se mène.

Revenons à ce premier concert. Une mise en scène sombre, articulée autour de structures monolithiques colossales amovibles, pour magnifier la seule présence de la chanteuse, et donc de sa voix. Par ce choix, on reste dans la même dynamique : démesuré et intime à la fois, une sobriété spectaculaire, une incursion d’univers élitistes dans une offre artistique très populaire, mises en place par Willo Perron, un directeur artistique bien ancré dans l’univers du design, de la culture pop et de la mode. Agrandissement des silhouettes selon la source de lumière, composition architecturale pour une potentielle dimension symbolique, lune démesurée pour renforcer la dramaturgie, univers froid et intemporel qui résonne autant dans la tragédie grecque que dans un monde dystopique : l’esthétique théâtrale et dramatique de l’opéra est clairement affirmée par cette mise en scène (pour nous, c’est la dernière Salomé du Capitole mise en scène par Matthias Goerne qui nous vient immédiatement à l’esprit, mais il y en a bien d’autres). Encore une fois, le piano à queue au centre de la scène, derrière la chanteuse, pourrait faire référence à l’ultime tournée de la prima donna (un présage pour Céline Dion ?), alors que Maria Callas était en train de perdre sa voix.

Et alors que l’opéra cherche de plus en plus souvent à s’installer dans notre réel, que nos chanteuses lyriques cherchent à « se normaliser », usant de leur compte Instagram ou Facebook (selon l’audience visée) pour arriver à cette fin, le spectacle de Céline Dion mise sur une stratégie totalement contraire : il mythifie la chanteuse par une sobriété visuelle qui mêle élégance et luxe, tout en la rendant accessible par les émotions qu’elle procure et cette connexion avec son public. A l’inverse de ce que croit souvent notre monde lyrique actuel et les acteurs qui le composent, cette sacralisation amène à une popularité qui nous dépasse. Nous l’affirmons parce que nous l’avons déjà vu opérer. La plus grande des divas qu’est Maria Callas a été aussi celle la plus populaire, et cela même si elle venait d’un monde très élitiste dont les partisans souhaitaient peu se mélanger avec ceux qui n’en faisaient pas partie. Ces partisans sont toujours bien présents aujourd’hui, mais preuve en est une nouvelle fois donnée que le luxe, l’élitisme et l’excellence peuvent aussi faire partie de la culture populaire.

On finira par l’apparence physique de la chanteuse canadienne. Sa silhouette longiligne, ses cheveux tirés en chignon, mais aussi le choix de ses tenues sur scène, sont le témoignage le plus immédiat de l’influence de la Callas dans ce show. La première robe en organza et mousseline plissée, signée Dior et imaginée spécialement pour Céline Dion, portée avec un sublime collier, fait évidemment écho à toute tenue de cantatrice prête pour un récital de haute volée. Pas de chorégraphie autour de la star, pas d’effets visuels intempestifs, l’interprète se place face au public, le piano à queue au centre en second plan, telle une chanteuse lyrique. Le mythe, toujours, avec par la suite, ce sculptural bustier moulé en cuir, plusieurs tenues faisant également référence aux robes noires de la diva tragique grecque.

Céline Dion se prend-elle pour la Callas ? Les 48 minutes de retard avant de démarrer ce concert très scruté pourraient le laisser penser. Ne disait-on pas à une Maria Callas en retard que c’étaient les autres qui étaient en avance ! Forte d’une humilité désarmante face à un succès qui ne s’est jamais essoufflé, on peut affirmer, sans trop se risquer, que cette question est également hors de propos concernant la chanteuse canadienne. Les spectateurs du soir attendaient la fameuse note d’All by myself, note emblématique dans le répertoire de Céline Dion, tout comme le contre-mi bémol de la scène finale d’Armida de Rossini pour Callas. Une fois l’Everest franchi, Céline Dion n’a pas hésité à souligner son soulagement, preuve d’un humour certain et d’un recul de bon aloi face à toutes les épreuves franchies par l’artiste ces dernières années. Alors non, Céline Dion ne se prend pas pour une chanteuse d’opéra, même si elle décide de chanter sur scène l’air de La Wally. Elle a tout à fait le droit de s’inspirer d’une chanteuse lyrique légendaire pour un retour sur scène pouvant être mis en parallèle avec le parcours de la Divina. De même, il n’est pas nécessaire d’y voir une démarche pédagogique (ton condescendant à l’appui, bien sûr) où la super star chercherait à donner envie de découvrir l’opéra.

Qu’on le veuille ou non, à la voix, on reconnaissait Callas ; aujourd’hui, on reconnaît Céline Dion. Est-ce trop demander de ne pas opposer ces deux univers et de se satisfaire que l’opéra inspire bien d’autres mondes que le sien ?

Crédit photographique : Céline Dion « Paris 2026 » © Nicolas Gerardin

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de la rédaction.

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