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Anna Prohaska, étoile du lied à Salzbourg

Festivals, La Scène, Musique de chambre et récital

Salzbourg. Mozarteum. 30-VII-2014. Derrière les lignes. Mélodies de Beethoven, Eisler, Wolf, Ives, Schubert, Schumann, Liszt, Mahler, Weill… Anna Prohaska, soprano ; Eric Schneider, piano.

Liederabend_Schneider_Prohaska_c_Silvia_Lelli03 aime donner à ses récitals une unité thématique qui traverse les époques, les styles et les langues pour faire ressortir des parentés, des échos que la logique habituelle du Liederabend ne met qu’exceptionnellement en évidence.

La jeune soprano, qui a déjà souvent chanté à Salzbourg mais n’avait encore jamais eu la chance de se voir confier un récital complet, a donc choisi une thématique qui pour être attendue en cette année de centenaire n’en est pas moins extrêmement stimulante : autour de la Première Guerre Mondiale. La jeune soprano est allée choisir dans le vaste répertoire de la mélodie de tous les pays des œuvres qui évoquent la guerre sous tous ses aspects, y compris des œuvres composées pendant les deux guerres mondiales. Le programme vient de paraître sous le titre « Behind the lines » (Deutsche Grammophon), mais le découvrir sur la scène du Mozarteum est un plaisir sans mélange.

On ne sait plus quoi admirer d’abord dans ce qu’ont offert les deux musiciens ce soir. La voix charnue, fruitée, parfaitement homogène de la chanteuse ou la précision de l’accompagnement d’ ne sont que leurs moindres qualités : l’intelligence du programme laisse pantois tout comme la capacité des interprètes à enchaîner sans transition Schubert et Rihm, Eisler et Wolf, Schumann et Poulenc. parvient admirablement à enchaîner les œuvres les plus diverses en les reliant par un parcours émotionnel et atmosphérique parfaitement pensé, mais elle le fait, qui plus est, avec un respect scrupuleux du style de chacune de ces mélodies. Le toujours sublime Wo die schönen Trompeten blasen de Mahler ne paraît pas étranger aux Whitman Songs de Weill qui suivent, mais si on extrayait le lied de Mahler de ce contexte, l’interprétation de ce soir n’aurait aucun mal à s’imposer face aux meilleurs malheriens d’hier et d’aujourd’hui. On découvre en effet des pépites méconnues dans ce récital, aucune des pièces présentées n’étant vraiment de qualité inférieure, mais l’interprétation des pièces les plus connues est au-delà des exigences du plus pointilleux des mélomanes. , qui travaille notamment avec cette autre interprète hors norme et passionnante qu’est Christine Schäfer, offre des merveilles de poésie en plein accord avec le travail de la chanteuse : un vrai duo chambriste, pas une relation inégale.

Il n’y a pas la moindre ostentation dans l’art d’Anna Prohaska, ni dans sa présence corporelle sur la scène, ni dans son chant. Il y aurait bien des occasions de parler plus directement au public, de multiplier les clins d’œil et les effets ; elle choisit de faire confiance aux textes (avec une diction aussi excellente en français ou en anglais qu’en allemand), de faire confiance aux partitions, tout en exigeant d’elle-même une parfaite maîtrise de tous les aspects intellectuels et musicaux de ces œuvres : voilà le genre de concerts, intelligents, pleins de découvertes, qu’on est en droit d’attendre du festival de Salzbourg et qu’on espère y trouver plus souvent à l’avenir.

Crédit photographique © Salzburger Festspiele / Silvia Lelli

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