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Enchantements : Luigi Nono à Salzbourg

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Salzbourg. Kollegienkirche. 4-VIII-2014. Luigi Nono (1924-1990) : Guai ai gelidi mostri pour 2 altos, ensemble et électronique ; Wolfgang Rihm (né en 1952) : Will sound more pour ensemble ; Gejagte Form pour orchestre. Susanne Otto, Noa Frenkel, alto ; Klangforum Wien ; direction : Sylvain Cambreling.

 © Salzburger Festspiele / Silvia LelliDepuis des années, la Kollegienkirche, à quelques pas des principales salles salzbourgeoises, est le lieu principal du Festival pour la musique contemporaine. On a pu en critiquer les imperfections acoustiques, y compris les perturbations venues de la place de l’Université où elle se situe, et malgré les réflecteurs sonores qui peuplent ces voûtes pendant le Festival. Ce soir, pourtant, dans les blancs espaces de cette église du début du XVIIIe siècle, il se produit un miracle musical : comme il y a quelques années pour la création des 12 Madrigali de Sciarrino, pour une version de concert du Macbeth du même ou pour Fama de , les obstacles acoustiques s’évaporent et Guai ai gelidi mostri de envahit les voûtes pour une expérience musicale inoubliable. Mort il y a un quart de siècle, Nono l’utopiste, Nono le radical, Nono le musicien politique est peut-être inactuel, il n’en est pas moins essentiel, et ce concert qui est un enchantement sonore vient à temps pour rappeler cette figure essentielle du renouveau musical d’après 1945.

Toujours passionné par les possibilités nouvelles de l’électronique, Nono l’utilise ici avec une pertinence rarement atteinte. D’un ensemble instrumental restreint (trois cordes et trois vents en plus des deux chanteuses), Nono tire près de trois quarts d’heure de musique d’une constante délicatesse ; presque toujours lente et piano, hors de deux brèves explosions sonores, elle trouve un écho infiniment varié dans ses reflets électroniques. L’œuvre n’est pas de celle qui font voyager par des changements de perspective constants : dans cet univers où les événements sont rares, mais dont la beauté nue embrasse l’auditeur, c’est en quelque sorte le temps qui est aboli. L’œuvre date de 1983, quand la désillusion vient heurter durement les idéologies comme les utopies ; on a pu voir dans cette abstraite beauté un retrait hors du politique, c’est une douloureuse prise de conscience des apories d’une espérance.

Après l’entracte, place au musicien vivant sans doute le plus présent à Salzbourg ces dernières années, le très productif , à travers deux œuvres tirées de deux des séries d’œuvres qu’il aime suivre sur de longues périodes. Avouons-le : même l’entracte n’a pas vraiment suffi pour que se dissipe l’emprise du chef-d’œuvre de Nono, et il nous a été difficile de donner aux œuvres de cette seconde partie toute l’attention due. La première pièce est tirée de la série Will Sound, qui entend s’attacher au surgissement de la forme comme conséquence de la matière sonore ; la seconde, toujours habitée par l’obsession de la forme et de son sens, présente s’achève avec un mimétisme un peu trop simple en scène de chasse avec fuite du gibier, coups de feu et chiens hurlants. Deux pièces de bon élève qui tiennent difficilement après la plénitude sonore qui les a précédées.

dirige tout au long du concert l’un des meilleurs ensembles autrichiens de musique contemporaine, le , invité chaque année au Festival : il est pour beaucoup dans la réussite de la pièce de Nono ; chez Rihm, son goût pour l’analyse plus que pour le brillant orchestral met peut-être un peu trop en évidence certaines platitudes des œuvres.

Crédits photographiques : © Salzburger Festspiele / Silvia Lelli

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