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La légende Decca à ses débuts

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LE SON DECCA – LES ANNÉES MONO (1944-1956). Œuvres de Isaac Albéniz (1860-1909), Johann Sebastian Bach (1685-1750), Krešimir Baranović (1894-1975), Béla Bartók (1881-1945), Arnold Bax (1883-1953), Conrad Beck (1901-1989), Ludwig van Beethoven (1770-1827), Georges Bizet (1838-1875), Arthur Bliss (1891-1975), Ernest Bloch (1880-1959), Luigi Boccherini (1743-1805), Johannes Brahms (1833-1897), Benjamin Britten (1913-1976), Anton Bruckner (1824-1896), George Butterworth (1885-1916), Emmanuel Chabrier (1841-1894), Dmitri Chostakovitch (1906-1975), Claude Debussy (1862-1918), Alphons Diepenbrock (1862-1921), Paul Dukas (1865-1935), Edward Elgar (1857-1934), Federico Elizalde (1907-1979), Gabriel Fauré (1845-1924), Jean Françaix (1912-1997), Christoph Willibald Gluck (1714-1787), Enrique Granados (1867-1916), André-Ernest-Modeste Grétry (1741-1813), Georg Friedrich Haendel (1685-1759), Joseph Haydn (1732-1809), Vagn Holmboe (1909-1996), Gustav Holst (1874-1934), Arthur Honegger (1892-1955), Aram Khatchatourian (1903-1978), Zoltán Kodály (1882-1967), Fritz Kreisler (1875-1962), Édouard Lalo (1823-1892), Constant Lambert (1905-1951), Fran Lhotka (1883-1962), Felix Mendelssohn (1809-1847), Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Carl Nielsen (1865-1931), Ignacy Jan Paderewski (1860-1941), Niccolò Paganini (1782-1840), Willem Pijper (1894-1947), Francis Poulenc (1899-1963), Sergueï Prokofiev (1891-1953), Sergueï Rachmaninov (1873-1943), Maurice Ravel (1875-1937), Max Reger (1873-1916), Bernard Reichel (1901-1992), Joaquín Rodrigo (1901-1999), Gioacchino Rossini (1792-1868), Albert Roussel (1869-1937), Franz Schubert (1797-1828), Robert Schumann (1810-1856), Jean Sibelius (1865-1957), Bedřich Smetana (1824-1884), Johann Strauss II (1825-1899), Igor Stravinsky (1882-1971), Giuseppe Tartini (1692-1770), Piotr Ilyitch Tchaïkovski (1840-1893), Joaquín Turina (1882-1949), Ralph Vaughan Williams (1872-1958), Giuseppe Verdi (1813-1901), Richard Wagner (1813-1883), William Walton (1902-1983), Henryk Wieniawski (1835-1880). Gilbert Jespersen, flûte ; Ib Erikson, Alfred Boskovsky, clarinette ; Dennis Brain, cor. Alfredo Campoli, Mischa Elman, Christian Ferras, Pierre Nerini, Ruggiero Ricci, violon ; Walter Kagi, alto ; Pierre Fournier, Maurice Gendron, Zara Nelsova, violoncelle. Wilhelm Backhaus, Clifford Curzon, Friedrich Gulda, Julius Katchen, Kathleen Long, Moura Lympany, Artur Balsam, Pierre Barbizet, Jean Françaix, Eric Gritton, Ernest Lush, Nikita Magaloff, Christiane Montandona, piano. Trio di Trieste, Quatuor Amadeus, Quatuor Griller, Quatuor Koppel, Quartetto Italiano, Quatuor Végh, Quintetto Chigiano, Octuor de Vienne. Divers orchestres, direction : Ernest Ansermet, Edmund Appia, Ataúlfo Argenta, Krešimir Baranović, Eduard van Beinum, Arthur Bliss, Sir Adrian Boult, Benjamin Britten, Anthony Collins, Robert Denzler, Roger Désormière, Georges Enesco, Anatole Fistoulari, Jean Fournet, Piero Gamba, Robert Irving, Thomas Jensen, Erich Kleiber, Hans Knappertsbusch, Clemens Krauss, Josef Krips, Fran Lhotka, Édouard Lindenberg, Peter Maag, Jean Martinon, Jean Meylan, Karl Münchinger, Boyd Neel, Gaston Poulet, Carl Schuricht, Georg Solti, Erik Tuxen, Mogens Wöldike. 1 coffret 53 CD Decca 4787946. Code barre : 028947879466. Enregistré entre octobre 1944 et mai 1956 à Amsterdam, Copenhague, Genève, Londres, Paris, Vienne, Zagreb. ADD [mono]. Notices en anglais, français, allemand, excellentes agrémentées de nombreuses photos. Durée : 63 h 18’.

 

decca_mono_yearsAprès les boîtes cubiques THE DECCA SOUND, DECCA SOUND – THE ANALOGUE YEARS, excellentes mais quelque peu disparates, et PHASE 4 STEREO – STEREO CONCERT SERIES, au contenu pas toujours indispensable et aux prises de son d’origine souvent trafiquées et parfois saturées, voici que de manière plutôt inespérée, Universal nous restitue nombre de gravures mono orchestrales et instrumentales du légendaire label anglais. À notre époque du numérique pur et dur, on peut se demander si l’argument commercial, nettement plus risqué que l’aspect artistique, fut envisagé dans cette décision.

Le résultat ? Des heures de pure délectation musicale et un sens de la (re)découverte qui rend ce coffret de loin plus désirable et indispensable que ses devanciers : c’est vraiment à partir d’ici que toute la philosophie et l’Âge d’Or de Decca sont glorifiés, et c’est d’autant plus flagrant que les transferts de ces joyaux ont été accomplis avec amour et respect absolu du « Full Frequency Range Recording » (FFRR) des bandes originales. Peut-être, dans le seul cas du Concerto pour orchestre de Bartók par l’excellent , les ingénieurs auraient-ils pu mieux décliquer les 78 tours originaux, mais c’est peu de chose à côté de l’immense et impeccable travail de restauration de ces précieux enregistrements de musiciens tous disparus qui ne survivent que par eux. Nombreux sont les mélomanes d’un certain âge qui se souviendront avoir collecté dans leur jeunesse la plupart de ces gravures dans la série mono « Ace of Clubs » de Decca…

Mettre un peu d’ordre dans la succession de ces CD n’était pas une mince affaire, et l’éditeur a choisi judicieusement de les classer par ordre alphabétique d’interprète principal, ce qui se révèle idéal, puisque le premier CD est consacré à , l’un des plus importants piliers de Decca, tandis que les deux derniers sont dévolus aux membres du Wiener Oktett dans de la musique instrumentale. Et il était logique que le tout premier CD contienne le tout premier vinyle microsillon de Decca, à savoir Petrouchka de Stravinsky par Ansermet en novembre 1949, Ansermet que nous retrouvons dans Schumann (avec le trop rare ), Debussy, Dukas, Roussel, Ravel, et même une superbe Île des Morts de Rachmaninov.

Il est impossible de tout commenter, mais signalons d’abord les raretés : dans les années 50 Decca avait des accords avec le Danemark et, plus particulier, l’ex-Yougoslavie qui nous vaut ici de savoureuses musiques de ballet de Fran Lhotka et Krešimir Baranović dirigées par eux-mêmes, ce dernier par ailleurs excellent chef d’orchestre d’intégrales d’opéras chez Decca (Boris Godounov, la Khovanchtchina, Snegourotchka, la Dame de pique). Le Néerlandais nous propose des pages esthétiquement très opposées de ses compatriotes Alphons Diepenbrock et Willem Pijper, tandis que si le chef suisse Robert Denzler nous gratifie d’une incomparable, peut-être la plus belle et la plus expressive, Symphonie Liturgique de Honegger : contemporaine de celle de Georges Tzipine, elle est judicieusement couplée avec des pages des autres Suisses Conrad Beck et Bernard Reichel. On retrouve également avec plaisir les quatre premiers Quatuors à cordes d’Ernest Bloch interprétés par un ensemble que le compositeur a très bien connu, le Quatuor Griller, bien représenté dans ce coffret. Et pour en finir avec les raretés, le violoniste français , dans sa prime jeunesse, dévoile toute sa sensibilité dans des concertos pour violon de Federico Elizalde et Joaquín Rodrigo, aux côtés de celui de Brahms.

Un très grand chef français, Roger Désormière, qui a également gravé des disques pour Capitol et Supraphon, est mis à l’honneur ici, dans des pages de ballet de Tchaïkovski et Poulenc (superbes Biches !), se montrant aussi expert en ce domaine que les spécialistes Robert Irving ou , également bien présents ici ; et quel plaisir également de retrouver ici Jean Fournet, et le trop rare Édouard Lindenberg dans Bizet, Chabrier, Debussy, Fauré, Françaix et Lalo ; Albéniz et Turina reçoivent les soins fulgurants d’. Decca a, cela va de soi, défendu la musique anglaise : magnifiques Bliss dirigeant Bliss, Britten dirigeant Britten, mais également et l’excellent sibélien dans des pages de Bax, Butterworth, Elgar, Holst, Vaughan Williams, Walton ; la pianiste anglaise très douée , élève du célèbre pédagogue Tobias Matthay, défend avec ardeur et conviction le Concerto pour piano n° 3 en ré mineur op. 30 de Rachmaninov et le Concerto pour piano en ré bémol majeur op. 38 d’Aram Khatchatourian, qu’elle a bien connu et dont elle a reçu les conseils. Les accords de Decca avec l’orchestre symphonique de la Radio Danoise ont permis de préserver les précieuses interprétations des chefs danois , Mogens Wöldike et Erik Tuxen d’œuvres de Nielsen, Prokofiev et Sibelius.

Enfin les grands classiques et romantiques sont aux mains familières de Karl Münchinger, Boyd Neel, (nommé à l’époque Pierino Gamba car il était un chef – enfant prodige en concurrence avec Roberto Benzi), Erich Kleiber, , , Josef Krips, , Carl Schuricht, Georg Solti (aussi dans Bartók et Kodály), Eduard van Beinum côté chefs, et , , , Kathleen Long, , Alfredo Campoli, Mischa Elman, , , le , les Quatuors Amadeus, Italiano, Koppel, Végh, le Quintette Chigiano, Octuor de Vienne côté instrumental. Il ne faut pas hésiter à consulter la liste détaillée des œuvres présentes dans ce coffret sur le site Decca Classics. Plus que bien d’autres, ce bel objet est décidément une vraie source de joies musicales inépuisables et durables.

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