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La Bayadère à l’Opéra de Paris : incomparable Dorothée Gilbert

Danse , La Scène, Spectacles Danse

Paris. Opéra Bastille. 17-XI-2015. Ludwig Minkus (1826-1917) : La Bayadère, ballet en trois actes. Chorégraphie et mise en scène : Rudolf Noureev, d’après Marius Petipa. Décors : Ezio Frigerio ; Costumes : Franca Squarciapino. Lumière  : Vinicio Cheli. Avec : Dorothée Gilbert, Nikiya ; Mathias Heymann, Solor ; Hannah O’Neill, Gamzatti ; François Alu, L’idole Dorée ; Marion Barbeau, Mélanie Hurel, Valentine Colasante, Trois Ombres ; Eleonore Guérineau, Danse Manou ; et le Corps de Ballet de l’Opéra national de Paris. Orchestre Colonne, direction : Fayçal Karoui.

cctz9cozr6xdvbgbs4ryOn a beaucoup décrié le système Millepied avec la mise en avant de très jeunes éléments, mais cette première d’une série assez longue de la Bayadère reflète finalement, pour ce répertoire, une certaine continuité dans l’esprit de la direction précédente, mariant jeunes pousses et danseurs confirmés, tout du moins pour cette première distribution.

Il y a tout d’abord une sorte d’évidence du couple à la technique parfaite formé par et . Purs produits de l’excellence française, il y a là ce qu’il faut quand il faut. On a de tous temps affirmé Mlle Gilbert comme étant la Gamzatti par essence. Son insolence technique et son rayonnement indécent en ont fait pendant des années une princesse bafouée absolument remarquable. Sa Nikiya coupe le souffle, et c’est là le panache des grands que de faire voir ce que l’on n’attend pas de prime abord; dans les scènes de pantomime notamment, elle développe successivement une pudeur retenue (comme dans la scène avec le Brahmane), la honte de l’affront dans la rivalité avec Gamzatti et l’amertume de la trahison dans sa mort. Sa musicalité, extrême, passe par la respiration (l’arrêt sur image face au Brahmane, la suffocation de la scène de la mort). Elle est une sorte d’évidence généreuse, ne cherchant pas à faire valoir des facettes inexploitées du personnage, mais poussant au contraire à l’extrême l’expressivité de chacune. Il va sans dire que le troisième acte est parfait et c’est donc sur la construction du personnage lors des deux premières parties que la danseuse aura démontré quelle actrice elle peut être.

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Le cas de est tout à fait différent. On a déjà pu, dans nos colonnes, défendre le danseur Étoile. On connaît sa technique superlative, son physique très avantageux, sa façon de prendre la scène. Toutefois, à trop vouloir en faire, il y a un désaxement permanent de la bonne intention qui devient, de fait, contre-productive. Ne sachant canaliser ses puissants talents et ses grandes facilités, il donne l’impression d’un manque de direction artistique et donc de cohérence sur l’ensemble de la soirée. Danseur Étoile depuis des années, il ne peut plus se contenter de ne briller que sur des variations : il doit être un partenaire aussi, qui regarde les danseuses qu’il accompagne, plutôt que de se laisser enivrer par sa suprématie. Ce maniérisme esthétique (au sens du courant artistique) donne une impression brouillonne de finitions incorrectes, avec des contorsions physiques que la danse contemporaine ne renierait pas. On ne peut toutefois pas lui en vouloir d’apprécier la Gamzatti d’Hannah O’Neill plus que de raison.
La toute nouvellement promue Première danseuse refait penser à il y a quelques années dans ce même rôle, dans le mépris qu’affiche la princesse vis-à-vis de la Bayadère, dans cette façon de ne pas cacher ses desseins et de liquider tout ce qui pourrait contrevenir à ses désirs.

Les très belles scènes de pantomime entre le Rajah () et le Grand Brahmane () sont très lisibles et assez émouvantes, nouant de façon indirecte l’action. Le Fakir d’ est très convaincant, personnifiant le déchaînement musical par un engagement de toutes ses forces. Dans les autres seconds rôles, ne pas évoquer l’Idole dorée de serait un crime : dans ce pur rôle de virtuosité, on sait combien il excelle et il est attendu de voir ce qu’il fera du rôle de Solor quand il fera sa prise de rôle plus tard dans la série. On remarque aussi la féminité d’Eleonore Guérineau dans la danse Manou, mais que l’on observe aussi dans le corps de ballet tant son énergie est communicative.
Les trois ombres sont assez égales, avec le sujet , qui tient fièrement ses équilibres, Mlle Hurel, un rien sèche dans le haut du corps, mais au métier très sûr, et Mlle Colasante qui remplit pleinement son emploi.

Un mot de l’orchestre : on aura déjà entendu mieux sur la scène de l’Opéra de Paris. On ne comprend pas pourquoi les tempi sont en dépit du bon sens (un manège de fin de variation ne peut pas être pris deux fois plus rapidement qu’en début de variation) et comment on peut tolérer le solo du troisième acte avec autant d’imprécision. Le manque d’équilibre entre les pupitres nuit à la dynamique globale, et c’est dommage.

Cette première annonce donc une série de fin d’année plutôt intéressante : nouvelles distributions, corps de ballet efficace, quelques nouveaux talents, un certain respect de la hiérarchie. Et Dorothée Gilbert brillant au firmament.

Crédit photographique : La Bayadère; Dorothée Gilbert © Little Shao / Opéra national de Paris

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