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Standing ovation pour Torvaldo et Dorliska à Pesaro

Festivals, La Scène, Opéra

Pesaro. Teatro Rossini. 18-VIII-2017. Gioachino Rossini (1792-1868) : Torvaldo et Dorliska, dramma semiserio en deux actes de Gioachino Rossini, sur un livret de Cesare Sterbini tiré de la pièce Les amours du chevalier de Faublas de Jean-Baptiste Louvet de Couvray. Mise en scène : Mario Martone. Décors : Sergio Tramonti. Costumes : Ursula Patzak. Lumières : Cesare Accetta. Avec : Nicola Alaimo, Duca d’Ordow ; Salome Jicia, Dorliska ; Dmitry Korchak, Torvaldo ; Carlo Lepore, Giorgio ; Raffaella Lupinacci, Carlotta ; Filippo Fontana, Ormondo. Coro del Teatro della Fortuna M. Agostini (chef de Chœur : Mirca Rosciani). Orchestra Sinfonica G. Rossini, direction musicale : Francesco Lanzillotta.

Torvaldo et Dorliska de Rossini, troisième œuvre au programme du Festival Rossini de Pesaro cette année, est un vrai triomphe.

Une grille imposante, comme on en voit encore dans les palais et villas de la région, laisse voir une forêt obscure et mystérieuse, menace effrayante, mais aussi espoir d’évasion. Nous sommes du côté du château, dans une cour où Giorgio attend le duc, son maître, qu’il présente comme « un bestion » dont il faut craindre la mauvaise humeur ! Son arrivée donnera lieu à un trio magnifiquement interprété par (le duc), (Giorgio) et (Ormondo).

La particularité du Festival Rossini de Pesaro, cette année, est que les trois œuvres au programme n’y ont été représentées qu’une seule fois au cours des trente-huit éditions du festival. Torvaldo et Dorliska, magnifique opéra, restait considéré comme une œuvre mineure car, lors de sa création à Rome, on l’avait jugée triste. Redécouverte à Pesaro en 2006 et malgré son succès à l’époque, elle n’avait pas été rejouée depuis.

C’est une classique pièce à sauvetage où l’innocente, persécutée, est sauvée miraculeusement après une incroyable série de vicissitudes. Dorlitska sauve aussi son mari emprisonné par le duc d’Ordow, amoureux d’elle, et qui voulait le tuer pour avoir le champ libre. L’opéra est un curieux mélange d’amour, de cruauté et de légèreté (dans la musique), dans un contexte politique révolutionnaire.

Rejeté par Dorliska, , dans son splendide costume noir, capte à la fois la monstruosité et l’humanité du duc d’Ordow. Il chante merveilleusement le détournement de sa tendresse qui, au lieu de s’épanouir, devient inévitablement violence, parce que c’est la seule conduite conforme à son rang à cette époque féodale. Alaimo, exprime magistralement le drame par les nuances de son chant, et par sa voix si belle qui ne peut pas réussir à être entièrement méchante.

Giorgio, parfaitement chanté par , est le seul personnage à avoir des airs comiques, avec Ormondo, dans son air du sorbet. donne des couleurs parfaites à sa Dorliska intense, et son timbre légèrement éteint, un peu métallique, convient parfaitement à la volonté de fer de son personnage. Dmitry Korchak chante à fleur de lèvres et réussit des mezza voce très doux, mais ne convient pas vraiment à ce rôle écrit pour un baryton comme Cesare Donzelli, que Rossini qualifiait de «ténor aux grands poumons ».

Le jeune chef , qui fait ses débuts à Pesaro, a su tirer le meilleur de l’Orchestre Symphonique G. Rossini comme du Coro del Teatro della Fortuna Agostini, trouvant des tempi et des couleurs naturelles pour cette partition subtilement complexe.

Martone déplace ses personnages sur tout l’espace du théâtre, le chœur entrant sur scène en passant par la salle, ce qui donne au spectacle une vivacité étonnante, sans changement de décor. Les chanteurs expriment la complexité des personnages et jouent en accord avec le texte, ce qui rend l’histoire plus vivante, plausible presque. Le côté bouffe est gommé, n’apparaissant que lorsque la musique l’exige. Les couleurs éteintes des costumes d’, qui évoquent un Moyen-Âge de cinéma, et la précision des lumières de Cesare Accetta accentuent l’atmosphère sérieuse, sinistre, et la terrible mécanique sentimentale.

Crédit photographique : © Studio Amati Bacciardi

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