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Le Miracle d’Héliane de Korngold à Gand

La Scène, Opéra, Opéras

Gand. Opera Ballet Vlaanderen. 23-IX-2017. Erich Wolfgang Korngold (1897-1957) : Das Wunder der Heliane op. 20. Opéra en trois actes sur un livret de Hans Müller-Einingen d’après un mystère de Hans Kaltneker. Mise en scène : David Bösch. Décors & costumes : Christof Hetzer. Lumières : Michael Bauer. Dramaturgie : Barbora Horáková Joly. Avec : Ausrine Stundyte, Heliane ; Tómas Tómasson, Le Souverain ; Ian Storey, l’étranger ; Natascha Petrinsky, le messager ; Markus Suihkonen, le portier ; Denzil Delaere, Der Schwertrichter – le juge ; Dejan Toshev, le jeune homme ; William Helliwell, Mark Gough, Onno Pels, Erik Dello, Thierry Vallier, Thomas Mürk, Six juges ; Chia-Fen Wu, Nam Hee Kim, séraphins. Koor & Kinderkoor Opera Vlaanderen (chef de chœur : Jan Schweiger), Symfonisch Orkest Opera Vlaanderen, direction musicale : Alexander Joel.

Das Wunder der HelianeToujours aussi dynamique, l’Opéra des Flandres ouvre sa saison avec une rareté : Das Wunder der Heliane d’. Le livret peu dramaturgique est développé avec difficulté par la mise en scène de , tandis que la musique est à l’inverse superbement défendue par l’équipe musicale présente en fosse et sur la scène.

Alors que des six opéras d’ seul Die Tote Stadt retrouve régulièrement de nouvelles productions de par le monde, l’Opéra des Flandres propose cette saison un ouvrage beaucoup plus rare du compositeur, Das Wunder der Heliane. Hasard du calendrier, une autre production de l’œuvre avec une autre équipe sera créée cette saison au Deutsche Oper Berlin, alors que l’opéra n’avait été rejoué nulle part depuis plusieurs années.

Résumé succinctement, le livret traite d’un souverain non aimé par sa femme – Heliane – et jaloux de son peuple heureux grâce aux actions d’un mystérieux étranger. L’étranger est donc enfermé et condamné à mort, mais le souverain accepte de le libérer s’il parvient à rendre sa femme amoureuse. Malheureusement Heliane tombera bien amoureuse, mais de l’étranger lui-même, qui se suicidera à l’acte II afin de ne pas la faire condamner pour adultère, tandis qu’elle mourra des mains de son mari au III avant de rejoindre au ciel l’étranger réapparu peu avant. De nombreux concepts ou idées montrent les références aux mythes wagnériens Tristan, Lohengrin ou Parsifal, quand la musique composée à partir de 1924 présente déjà le style cinématographique d’un compositeur qui deviendra en exil l’un des plus grands à Hollywood. Dans ses parties plus classiques, la partition tend régulièrement vers les atmosphères straussiennes, Salomé, Elektra, ou surtout Die Frau ohne Schatten créé quelques années plus tôt, duquel Korngold tire presque textuellement les derniers accords de l’acte II pour appuyer la scène du meurtre d’Heliane dans son opéra.

Confiée à , la production belge du Miracle d’Heliane lui permet de se tester avant de monter le chef-d’œuvre de Korngold, Die Tote Stadt, en décembre à la Semperoper Dresden. Créée à Gand avant d’être reprise à Anvers, sa mise en scène très noire ne cherche pas les composants de sublime et d’héroïsme qui ressortent de la partition ; elle se focalise sur l’idée d’un monde zombifié, avec de nettes références à l’univers des films de Romero et de la série The Walking Dead. Bösch déçoit dans la dramaturgie, souvent concentrée sur les trois rôles principaux et pourtant déléguée à l’excellente , remarquée il y a peu à Oslo pour un superbe travail sur Pelléas. Ici, l’idée d’un univers de zombies, dans lequel seuls deux humains survivants s’aimeraient, n’illustre pas particulièrement bien le propos et seul le dernier acte avec les scènes de chœurs et une grosse explosion de lumière à l’apparition de l’étranger, réincarné alors que son corps se trouvait auparavant sur une civière sous un drap blanc, reste vraiment en tête après le spectacle.

Das Wunder der HelianeAu contraire, la musique est portée par une superbe équipe, à commencer par le rôle-titre, Heliane revenant à la remarquable soprano . La voix montre un certain vibrato, mais la couleur du médium et la beauté des graves comme des aigus développent magnifiquement le personnage, en plus d’un charisme scénique évident. L’étranger qui lui fait face est un ténor wagnérien vaillant, , agréable de timbre et à l’aise sur toute la tessiture du rôle. Le souverain de passionne lui aussi. Torse-nu et crâne rasé, il ressemble à s’y méprendre à Bo Skovhus et n’a rien à lui envier en termes de jeu d’acteur tant il convainc aujourd’hui sur la scène des Flandres. Le portier présente une superbe basse aux graves profonds, , tandis que campe un messager très intéressant dans le bas-médium, l’écriture de sa partition rappelant à plusieurs instants celle de Klytemnestra.

Il faut enfin louer les six juges, bien en place à l’acte II, et surtout les chœurs, Koor et Kinderkoor Opera Vlaanderen, magnifiques de puissance et de chaleur pendant tout l’acte III. En fosse, dirige un orchestre maison apte à porter les couleurs et la brillance tout autant que l’épure ou le trouble, tout juste discutable sur quelques bois et cuivres, mais magnifique dans chaque intervention du célesta, des deux harpes et pendant l’intégralité de l’œuvre dans les parties de cordes.

Crédits photographiques © Annemie Augustijns

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