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Un nouveau Parsifal entre tradition et modernité à Hambourg

La Scène, Opéra, Opéras

Hamburg. Staatsoper Hamburg. 24-IX-2017. Richard Wagner (1813-1883) : Parsifal, Bühnenweihfestspiel en trois actes sur un livret du compositeur. Mise en scène, décors, costumes & lumières : Achim Freyer. Assistant mise en scène : Sebastian Bauer. Assistant décors : Moritz Nitsche. Assistant costumes : Petra Weikert. Assistant lumières : Sebastian Alphons. Vidéos : Jakob Klaffs/Hugo Reis. Dramaturgie : Klaus-Peter Kehr. Avec : Wolfgang Koch, Amfortas ; Tigran Martirossian, Titurel ; Kwangchul Youn, Gurnemanz ; Andreas Schager, Parsifal ; Vladimir Baykov, Klingsor ; Claudia Mahnke, Kundry ; Jürgen Sacher, Denis Velev, Chevaliers du Graal ; Alexandra Steiner, Ruzana Grigorian, Sergei Ababkin, Sascha Emanuel Kramer, écuyers ; Athanasia Zöhrer, Hellen Kwon, Dorottya Láng, Alexandra Steiner, Gabriele Rossmanith, Nadezhda Karyazina, filles-fleurs ; Katja Pieweck, Voix d’en haut. Chor der Hamburgischen Staatsoper, chef de choeur : Eberhard Friedrich. Philharmonisches Staatsorchester Hamburg, direction musicale : Kent Nagano.

Parsifal Hamburg Freyer 3La saison du Staatsoper de Hambourg ouvre sur une nouvelle production de Parsifal et prolonge l’idée d’un alliage entre modernité et tradition en s’offrant les services du vétéran pour la mise en scène, tandis que l’équipe musicale haut de gamme mélange chanteurs wagnériens aguerris et artistes plus jeunes, le tout sous la direction équilibrée de .

Lorsqu’ils prirent leurs fonctions à Hambourg, et Georges Delnon développèrent immédiatement l’idée de reprendre pour socle les traditions musicales d’une ville ancienne afin de s’en servir pour créer une nouvelle dynamique. Ainsi avaient-ils en 2016 couplé la prise de rôle d’Isolde par Ricarda Merbeth – formée pour l’occasion par l’ancien maître de chant de l’âge d’or bayreuthien Richard Trimborn – au meilleur Tristan actuel, Stephen Gould, dans l’ancienne production de Ruth Berghaus. La conception est la même cette saison avec Parsifal, les chanteurs référents comme ou se combinant avec les plus jeunes mais déjà reconnus ou , tandis qu’a été appelé un grand monsieur du renouveau de la mise en scène allemande d’après-guerre, .

A 83 ans, Freyer présente une production au premier abord plastiquement datée, là où les costumes semblent très proches de ceux des univers de Bob Wilson. Mais on comprend rapidement que la réflexion dissimulée derrière ses images est particulièrement intelligente. Car si les costumes ressemblent à du Wilson, ce n’est pas par manque d’idées, mais à l’inverse par souci de totalité, cette notion wagnérienne de Gesamtkuntswerk. Il suffit alors de regarder en arrière pour se rappeler que la proposition précédente sur la scène hambourgeoise était justement celle de Bob Wilson, et de comprendre que la question posée à et par Freyer n’a pas été celle du remplacement d’une mise en scène de Parsifal par une autre, mais plutôt d’une évolution autour de l’idée même de Parsifal, en gardant notamment des composants de la production précédente. De la même façon, certaines vidéos ou certains signes du décor rappellent d’autres créations, comme celle très contestée de Christoph Schlingensief à Bayreuth avec par exemple la même idée d’une Kundry africaine, donc venu du berceau de l’humanité.

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La scénographie présente une haute spirale partant du plancher pour monter jusqu’au plafond, celui-ci couvert de miroirs, amovibles pour renvoyer l’image de la scène, mais surtout pour ouvrir l’espace et mettre en regard certaines situations. Sur cette spirale, les personnages semblent accrochés à un rail et évoluent comme les éléments d’une horloge astronomique médiévale, avec régulièrement l’apparition d’évocations morbides. Amfortas entre en scène de cette manière, les bras en croix sur une poutre portée par deux hommes ; un Christ de souffrance qui ramène évidemment à la religion catholique, mais aussi à un rapport plus global aux civilisations ancestrales. Certaines images semblent tout de même trop vieillies, comme les filles-fleurs en costumes gonflables rose vif pour faire croire à leur nudité, ou les arrivées de Kundry avec une représentation cartonnée d’elle traversant la scène sur un filin, qui, lorsqu’il touche le sol, laisse sortir de terre la vraie femme. Mais cette idée de Kundry comme apparition à l’image d’une étoile filante fonctionne, comme celles des éléments qui composent l’univers et la vie, ou plus souvent la mort, à l’image de vidéos discrètes occultés par une large partie du public tant la focale est ailleurs, à l’instar de wagons amenant les juifs vers les camps en fond de scène juste le temps d’un instant.

Sur le plateau se trouve l’actuel Parsifal de Bayreuth, , bientôt à Paris et déjà vu récemment sous la direction de Barenboim à Berlin. Sa technique ne permet toujours pas les piani et nous avons ici affaire à un ténor qui sait aussi chanter Siegfried et Tristan plutôt qu’à une voix plus douce et plus proche d’un Siegmund ou Lohengrin ; le résultat fonctionne mieux dans les flammes ardentes de l’amour au II et dans l’héroïsme du III que dans la naïveté à l’acte I. Face à lui, reprend une partition chantée seulement une fois, à l’Oper Frankfurt en 2015. En comparaison avec les récentes mezzos, la dernière grande étant Daniela Sindram l’an passé, elle possède plus d’aigus et ne sature jamais, même si cette partie du spectre manque encore de brillance. Son personnage plus terre que feu est en opposition au Parsifal de Schager et possède au contraire une extrême douceur, d’une belle subtilité dans le médium au II mais trop calme pour l’acte I et les cris du III.

était déjà l’un des plus beaux Gurnemanz de ce début de siècle et n’a rien perdu pour cette représentation. Le grave est superbe, le timbre profond et le chant touchant. Le souffle ne fait jamais défaut et à la fin de l’œuvre on pourrait croire qu’il est prêt à la recommencer tant la voix n’a pas bougé entre la première et la dernière note. Ce n’est pas le cas de , plus en difficulté en Amfortas pendant tout le début du premier acte, surtout sur la longueur des notes. Cependant son dernier air au I, Nein! Laßt ihn unenthüllt! tenu avec vigueur rassure et le chanteur revient avec plus de clarté au III. Klingsor intéresse avec , totalement intégré dans le jeu de clown lié à une dramaturgie wilsonnienne, tout comme l’est aussi Schager. On regrette que Titurel représenté plâtré sur une chaise roulante avec une large coiffe n’ait pas un voile devant la bouche, car ce rôle demandé en coulisse par Wagner doit sembler énigmatique, or ici la très bonne prestation du jeune en fait un personnage vocalement trop en forme.

Les chanteurs de troupes tiennent parfaitement les scènes d’ensemble ainsi que les rôles de Chevaliers et de Filles-Fleurs et le chœur convainc tant chez les femmes au II que chez les hommes au final, tandis qu’en fosse officie le maître des lieux, un Kent Nagano dont la vision de l’œuvre ne semble pas avoir évoluée musicalement depuis sa prestation munichoise de 2013. Cette lecture passionne dans une exacte retranscription de la partition. Un Wagner dégraissé à l’image des enseignements de Pierre Boulez qui laisse cependant s’exprimer des tempi amples et un son plus concentré et volontairement moins habité, quitte à manquer de flamme dans le duo du II ou de mystique parfois, par exemple lors des interventions des cloches. Le hautbois et la flûte solo déçoivent en revanche, quand les cors et trombones passionnent autant que les cordes, chaudes et denses comme seuls les grands orchestres allemands en possèdent.

Crédits photographiques © Hans Jörg Michel

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  • draffin

    Stephen Gould, meilleur Tristan du moment ? Je ne connais que sa prestation avec Janowski et j’ai détesté ! C’est poussif, avec des aigus systématiquement attaqués par en-dessous et un vibrato envahissant. Remarquez : je n’ai aucun autre nom à proposer…

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