La Scène, Opéra, Opéras

Les adieux bavarois de Kent Nagano

Plus de détails

Munich. Opéra National de Bavière, Nationaltheater. 31-VII-2013. Richard Wagner (1813-1883) : Parsifal, drame sacré en trois actes sur un livret du compositeur. Mise en scène : Peter Konwitschny. Décors et costumes : Johannes Leiacker. Avec : Thomas Hampson (Amfortas), Ante Jerkunica (Titurel), Kwangchul Youn (Gurnemanz), Christopher Ventris (Parsifal), Evgeny Nikitin (Klingsor), Petra Lang (Kundry)… Chœur de l’Opéra National de Bavière (chef des chœurs : Sören Eckhoff). Orchestre de l’Opéra d’État de Bavière ; direction musicale : Kent Nagano.

Parsifal munich 2013Tout est bien qui finit bien : en 2006, les débuts du mandat de comme directeur musical de l’Opéra d’Etat de Bavière n’avaient pas été paisibles, même si les bravos n’avaient jamais manqué pour lutter contre les huées ; sept ans plus tard, l’hostilité n’a pas totalement disparu, mais la manière dont le public bavarois accueille cette ultime représentation de son mandat montre que le pari est réussi et que ce chef qui ne laisse pas indifférent a su largement convaincre les indécis de l’intérêt des chemins qu’il emprunte. La représentation du 31 juillet, qui clôt le festival d’opéra de Munich, est toujours un moment un peu solennel de l’année lyrique à Munich ; ce 31 juillet 2013 prend avec les adieux de Nagano un relief tout particulier, si bien que ce Parsifal donné traditionnellement tous les ans pour une ou deux représentations à Pâques remplit la salle plus qu’à l’accoutumée – nombreux sont ceux qui ont dû s’en retourner bredouilles faute d’avoir pu trouver une place devant l’Opéra.

Le choix de Parsifal pour cette dernière était comme une évidence : l’expérience le montre une fois de plus, Parsifal est l’une des plus grandes réussites de Nagano, et la production de , toujours stimulante plus de quinze ans après le scandale de sa création malgré des décors parfois défraîchis, est peut-être d’autant plus idéale qu’elle n’est pas liée à l’actuel intendant de l’Opéra de Bavière Nikolaus Bachler, qui a entretenu avec Nagano des relations pas toujours cordiales. Nous avions déjà parlé de cette production et de la direction de Nagano il y a deux ans et demi : cette seconde représentation confirme les qualités de cette direction remarquablement éloquente en même temps que richement colorée ; Nagano n’hésite pas à faire parler les décibels, mais il maîtrise toute la palette dynamique de l’orchestre wagnérien, sachant aussi mettre en évidence les moments les plus contemplatifs de la partition. La ferveur du drame mystique est là, la sensualité du voyage initiatique aussi ; cette lecture va son chemin sans se demander ce que dit la tradition, sans la copier ni chercher à tout prix à rompre avec elle. La distribution, en partie différente de celle de 2011, n’est peut-être pas entièrement du même niveau : est meilleure que ce qu’on a pu entendre d’elle ces dernières années, avec une justesse moins incertaine, mais elle n’a pas le pouvoir de fascination d’Angela Denoke, de même que le Parsifal solide de n’a pas la jeunesse insolente de Nikolai Schukoff, même s’il est investi et nuancé. Si  est un Titurel bien meilleur qu’à l’accoutumée, ne renouvelle pas son admirable Amfortas qu’il avait étrenné à Paris en 2001 : l’art du récitaliste continue à captiver, mais la chair de la voix n’est plus là, en espérant qu’il ne s’agisse que d’une méforme. De même, , qui nous avait enthousiasmé dans son Klingsor parisien, cette fois dans la mise en scène de Krzysztof Warlikowski, ne parvient cette fois pas à porter l’action du 2e acte ; ce n’est cette fois pas la voix qui fait défaut, mais la présence, ce qui dans ce rôle est presque plus gênant. À l’inverse, , qui nous avait déçu en 2011, a retrouvé de sa superbe, car l’éloquence de Gurnemanz a besoin d’un timbre présent pour dessiner la trajectoire émotionnelle des récits du premier acte.

Même dans une représentation festivalière précédée par la force des choses d’un nombre limité de répétitions, l’Opéra de Munich prouve ainsi une fois encore qu’il est un des très hauts lieux de l’art wagnérien dans le monde, et que le système du répertoire à l’allemande n’est pas, contrairement à ce qu’on croit en France, un synonyme de routine. Les Munichois ont bien raison d’exprimer par de longues ovations leur reconnaissance à  ; ils n’ont plus maintenant qu’à accueillir son successeur, étoile montante des chefs wagnériens et des chefs tout court : le très perfectionniste Kirill Petrenko.

Crédits photographiques : © Wilfried Hösl

Plus de détails

Munich. Opéra National de Bavière, Nationaltheater. 31-VII-2013. Richard Wagner (1813-1883) : Parsifal, drame sacré en trois actes sur un livret du compositeur. Mise en scène : Peter Konwitschny. Décors et costumes : Johannes Leiacker. Avec : Thomas Hampson (Amfortas), Ante Jerkunica (Titurel), Kwangchul Youn (Gurnemanz), Christopher Ventris (Parsifal), Evgeny Nikitin (Klingsor), Petra Lang (Kundry)… Chœur de l’Opéra National de Bavière (chef des chœurs : Sören Eckhoff). Orchestre de l’Opéra d’État de Bavière ; direction musicale : Kent Nagano.

Mots-clefs de cet article

Resmusica-bannière-01

Lire aussi :

Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.