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Don Quichotte à l’Opéra Bastille

Danse , La Scène, Spectacles Danse

Paris. Opéra Bastille. 11-XII-2017. Ludwig Minkus (1826-1917) : Don Quichotte, ballet en un prologue et trois actes, d’après le livret de Marius Petipa, d’après le roman de Cervantes. Chorégraphie : Rudolf Noureev d’après Marius Petipa et Alexandre Gorski. Costumes : Elena Rivkina. Avec : Ludmila Pagliero, Kitri ; Mathias Heymann, Basilio ; Amandine Albisson, la Reine des Dryades ; Dorothée Gilbert, Cupidon ; Valentine Colasante, la danseuse de rue ; Audric Bezard, Espada ; Charline Giezendanner, la demoiselle d’honneur; le Corps de Ballet de l’Opéra National de Paris. Orchestre de l’Opéra National de Paris, direction : Valery Ovsyanikov.

DQ Paris 2017Don Quichotte fait office pour les fêtes de fin d’année 2017 du ballet classique donné au public par le Ballet de l’Opéra. Le renouveau du bureau de la Direction de la danse devait amener un renouvellement des spectacles, mais c’est sur la tradition que s’appuie toujours la compagnie. C’est sans compter sur la véritable révélation qui préside à la première distribution.

En effet, est, enfin, un danseur Etoile. Il n’y a jamais eu d’ambiguïté quant à ses capacités techniques pour danser un rôle aussi ardu que celui de Basilio, et il l’avait déjà prouvé en le dansant avec Aurélie Dupont il y a dix ans. Il parvient toujours avec la même puissance et la même légèreté qu’alors à endosser les difficultés du rôle masculin principal de Don Quichotte. Il s’autorise même quelques libertés qui témoignent de son assurance (comme la dernière partie de la variation du dernier acte où il accommode avec illusion les tours en l’air et les pirouettes). Mais c’est de façon surprenante et inattendue qu’il s’affirme en revanche comme un partenaire très viril (et ce n’est pas la présence d’une fine barbe, assez peu répandue habituellement chez les danseurs, qui viendra contredire cette constatation), en totale connexion avec sa partenaire, ne relâchant aucune tension dans sa présence alors qu’il pouvait parfois connaître quelques baisses de régime dans d’autres personnages. Chaque regard, adressé à Kitri ou à d’autres danseurs sur scène, rend compte d’une caractérisation plutôt fouillée et très assurée : ceci convient parfaitement au jeune barbier barcelonais et l’on ne peut que gager sur l’intelligence de l’artiste de pouvoir trouver la même finesse de jeu sur d’autres rôles, maintenant qu’il semble pouvoir être un des représentants incontestables de la compagnie.

Si la gloire lui revient par la surprise qu’il occasionne, tout le mérite va à sa partenaire, , qui lui procure toute la sécurité dont il avait besoin et que d’autres danseuses ne pouvaient par leur personnalité lui garantir. En effet, la danseuse d’origine argentine se distingue par son habituelle générosité discrète et sa technique à toute épreuve. Le contraste avec la fougue de son pendant masculin intrigue et finalement laisse penser à une imbrication totale de leurs personnalités respectives ; cette interaction nouvelle stimule un appui mutuel de l’un sur l’autre et les portés du premier acte ne posent aucune difficulté, les tours jetés en l’air ou le porté poisson ne sont plus alors que des formalités mises au service de la brillance de l’incarnation, très aboutie pour la première représentation d’une série qui verra les seconds rôles de ce soir danser dans la suite de la série les rôles principaux.

C’est ainsi que , déjà titulaire du rôle de Kitri et qui le dansera de nouveau dans la suite de la série, aura donné la plus grande leçon de danse académique dans le rôle de Cupidon. La vivacité d’exécution, la place du regard, sa plénitude sur pointes peuvent éclipser sur scène n’importe quelle danseuse, quand bien même il s’agirait d’, elle-même surprenante par une saltation peu commune, ou son travail très lyrique des bras comme cela est rarement fait à l’Opéra. Le tableau des Dryades fait alors penser au fait que Petipa aurait pu, à l’instar du Pas de Quatre de Dolin, composer ce pas de trois avec chacune des qualités inhérentes aux danseuses, tant l’adéquation est inspirée.

Dans les rôles de pantomime, (Sancho Pança) et (Don Quichotte) sont absolument drolatiques tandis que la Demoiselle d’honneur de est toujours une petite splendeur de précision vétilleuse qui sertit le Grand Pas, répondant à l’esprit si bien tourné des deux amies de Kitri que sont et Hannah O’Neill.

La reprise de Don Quichotte ne pouvait donc que bien se passer avec tant d’étoiles et de danseurs chevronnés sur scène.

Quand bien même le répertoire classique est peu présent dans cette saison 2017-2018 au Ballet de l’Opéra, la très belle santé de la compagnie mettra en avant certainement dans les prochaines représentations de jeunes danseurs prometteurs qui sont l’avenir de la troupe et dont il ne faudra pas manquer la prise de rôle ; le balletomane ne fera toutefois pas l’impasse sur des souvenirs de saisons passées et ne pourra que regretter l’absence de danseurs légitimes dont l’Opéra ne pouvait pas décemment faire l’économie.

Crédit photographique : , © Svetlana Loboff

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