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Vienne années trente

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Paris. Théâtre du Châtelet. 10-IV-02. Richard Strauss : Arabella. Günther Missenhardt, Conrnelia Kallisch, Anna-Katharina Behnke, Barbara Bonney, Thomas Hampson, Hugh Smith, Endrik Wottrich, Jochen Schmeckenbecher, Nicolas Courjal, Olga Trifonova, etc. Philharmonia Orchestra. Chœurs du Théâtre du Châtelet. Direction musicale : Christoph von Dohnanyi. Mise en scène : Peter Mussbach. Décors : Erich Wonder. Costumes : Andrea Schmidt-Futterer. Lumières : Alexander Koppelmann.

Arabella

Ultime fruit de l’extraordinaire collaboration entre deux des plus grands créateurs de l’histoire de l’opéra, le poète autrichien Hugo von Hofmannsthal et le compositeur bavarois , Arabella est un ouvrage trop rare à la scène. Pendant du Chevalier à la rose créé en 1911 qui chante la gloire de la Vienne triomphante de Marie-Thérèse au Siècle des Lumières, Arabella, achevé en 1933, a pour cadre la Vienne de François-Joseph en état de dégénérescence, qui a déjà été témoin du drame de Mayerling. La noblesse viennoise en pleine déchéance, ruinée par le jeu, symbole du fameux « Jeudi noir » boursier, est contrainte de marier ses filles aînées aux nobliaux des marches de l’Empire dont les velléités nationalistes sont pourtant en train de ronger les fondations mêmes de l’unité austro-hongroise. Ce cadre de fin d’un monde inspire à Strauss l’une de ses partitions les plus nostalgiques et sensuelles. Les trois actes de cette comédie lyrique ne sont pourtant pas d’un niveau constant, le compositeur, qui se montrait pourtant extrêmement exigeant avec son collaborateur mû par un sens hors du commun de la dramaturgie, n’ayant pas osé toucher à l’état dans lequel Hofmannsthal avait laissé l’acte ultime d’Arabella lorsque la mort l’emporta soudain au lendemain du suicide de son fils. Tant et si bien que le déséquilibre entre les deux premiers actes et le dernier est sensible, et même la musique perd en énergie, à l’exception du finale, où Strauss se montre égal à lui-même en touchant tout simplement au sublime.

La production créée au Théâtre du Châtelet, qui sera bientôt reprise au Covent Garden de Londres, situe l’action dans les années 1930, années de la genèse de l’opéra. Un escalier monumental donnant accès à des escalators est le cadre de l’opéra entier qui se déroule ainsi dans le hall d’un hôtel de luxe où tous les protagonistes sont réunis. , qui mettra en scène en février prochain à l’Opéra Bastille le nouvel opéra de Pascal Dusapin*, présent le soir de la première d’Arabella, a ainsi opté pour l’unité de lieu, de temps et d’action. Ce qui, en soi, est plausible. Dans ce cadre art déco revu par quelque architecte contemporain, tout en courbes et rondeurs, mi-marqueterie, mi-acier sont d’une totale élégance. Les personnages s’y meuvent avec naturel, juchés sur les corniches ou nichés dans l’arrondi de l’escalier. Quelques idées saugrenues gâchent notre bonheur, qui, sinon eut été complet, tel le groom se déhanchant sans raison dans l’acte initial, le personnage masqué marchant au plafond ou le bal par trop « trash » du deuxième acte, voire le groom mimant quelque rap interminable décidément à la mode sur nos scènes lyriques où les vrais rapers ne se bousculent pourtant pas, et qui distraient de l’essentiel. La mise en scène de Mussbach s’avère globalement fine et délicate, animant une excellente distribution. Les rôles secondaires pourraient fort bien camper les premiers, particulièrement les prétendants évincés (Dominik), (Elemer) et (Lamoral). Plus niais que nature – Strauss ne le gâtant déjà guère, détestant les ténors –, avec sa coiffure punk, incarne un Matteo touchant et bien en voix. Le couple Waldner est justement interprété par Günter Misenhardt et . est une magnifique Zdenka, fraîche, ardente et bien en voix, et un Mandryka lyrique et émouvant en provincial brut énamouré. Reste , somptueuse héroïne straussienne, qui, après une remarquable Lulu à l’Opéra de Paris la saison dernière, a imposé sa présence et sa musicalité en interprétant une Arabella de très grande classe, entrant sans difficulté quoique au pied levé dans une mise en scène prévue pour , qui avait dû annuler quelques heures avant la première pour raison de santé avant de reprendre le rôle lors des dernières représentations. Christoph von Dohnanyi dirige de façon un peu trop distanciée, semblant éviter soigneusement les débordements lyriques qu’appelle la partition de Strauss, mais il y manque sensualité et nostalgie, même si l’on reste admiratif devant la fluidité et la transparence des textures du de Londres, toujours sûr et polychrome.

* Peralà, l’homme de fumée, opéra en dix chapitres sur un livret de Pascal Dusapin adapté de l’œuvre d’Aldo Palazzeschi « Il Codice di Perelà »

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Paris. Théâtre du Châtelet. 10-IV-02. Richard Strauss : Arabella. Günther Missenhardt, Conrnelia Kallisch, Anna-Katharina Behnke, Barbara Bonney, Thomas Hampson, Hugh Smith, Endrik Wottrich, Jochen Schmeckenbecher, Nicolas Courjal, Olga Trifonova, etc. Philharmonia Orchestra. Chœurs du Théâtre du Châtelet. Direction musicale : Christoph von Dohnanyi. Mise en scène : Peter Mussbach. Décors : Erich Wonder. Costumes : Andrea Schmidt-Futterer. Lumières : Alexander Koppelmann.

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