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Le spectre de Tatiana

La Scène, Opéra, Opéras

Toulouse. Théâtre du Capitole. 15 IV 2003. Piotr Ilitch Tchaïkovski : Eugène Onéguine. Tamar Iveri, Hadar Halevy, Nadine Denize, Ludovic Tézier, Marius Brenciu, Roberto Scandiuzzi. Chœur et orchestre du Capitole, Peter Feranec (direction). Mise en scène : Nicolas Joel. Décors et costumes : Hubert Monloup.

onegine_marty_4-237x320Peter Feranec /

Opéra réputé peu dramatique, ce dont Tchaïkovski convenait d’ailleurs, Eugène Onéguine doit certainement poser quelques problèmes aux metteurs en scène du fait d’une action mince, plus poétique et psychologique que véritablement théâtrale.

Nicolas Joël, dans ce spectacle de 1993, a joué la carte de la simplicité en inscrivant sa mise en scène, classique mais réussie sur le plan esthétique, dans un espace épuré et joliment stylisé, éclairé avec soin. Tout le premier acte et, surtout, la scène du duel de l’acte II, particulièrement réussie, y gagnent une lisibilité et une évidence certaine, même si les tableaux plus spectaculaires, un peu écrasées par les décors, souffrent parfois de l’exiguïté du plateau du Capitole.

Mais, aussi réussi que soit le cadre de l’action, il faut cependant que la distribution soit à même d’y donner vie. Choisissant des chanteurs jeunes, crédibles et de grande qualité vocale, le Théâtre du Capitole a réuni une troupe proche de l’idéal. campe un Onéguine séducteur irrésistible, plein d’autorité virile et de morgue, avec un timbre plein, cuivré, qui le confirme comme l’un des meilleurs chanteurs français actuels. On attend avec impatience son Don Giovanni et son Mandryka annoncés à Toulouse. Contraste très réussi avec le Lensky de , doux poète, timide et gauche, dont le chant nuancé est plein de délicatesse, même si le haut de la tessiture semble un peu serré. est un Grémine à la stature impressionnante, Hadar Halevy une fort bonne Olga et le reste de la troupe ne démérite pas, avec même le plaisir de retrouver Charles Burles en Triquet goguenard.

est une Tatiana vocalement éblouissante. Le timbre est beau, chaud, parfaitement homogène, la voix ne sature jamais en puissance, le chant est toujours très soigné et nulle difficulté ne semble lui faire peur. Pourtant, dans tout le premier acte, on ne pouvait s’empêcher de trouver que tant de perfections ne masquaient pas un jeu conventionnel et peu habité, et l’on se prenait à évoquer, avec les mêmes costumes, sur le même théâtre, le spectre de Catherine Malfitano qui avait créé Tatiana dans cette mise en scène en 1993. Autant Catherine Malfitano avait su, en grande tragédienne, rendre palpable les tourments de cette jeune fille découvrant les souffrances de l’amour, autant ne fait que -très bien- chanter. Il faut dire qu’elle n’est guère aidée par la direction exsangue de Peter Feranec, dont les tempos immuables et mous plombent sérieusement l’air de la lettre. Heureusement, le chef se réveille un peu lors du troisième acte, ce qui vaut un duo Onéguine/Tatiana assez électrisant, la chanteuse sortant alors de sa réserve.

Un chef plus énergique aurait certainement été a même de donner à ce spectacle la petite étincelle qui lui faisait défaut, incitant les chanteurs, déjà excellents à se dépasser.

Un petit mot, enfin, pour souligner la qualité du livret dû à , réunissant un intéressant portrait de Tchaïkovski, des textes éclairants de Marina Tsvétaeva ou Dostoïevski, ainsi que de très belles et rares photos de l’écrivain russe Leonid Andreïev.

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