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Cosí fan tutte en habit de lumière

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Paris. Opéra de Paris, Palais Garnier. 7.VI.2003. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Cosí fan tutte. Anja Harteros, Enkelejda Shkosa, Roberto Saccà, Russell Braun, Alessandro Corbelli, Maria Bayo. Orchestre et Chœurs de l’Opéra National de Paris. Direction : Armin Jordan. Mise en scène, décors, costumes : Ezio Toffolutti. Réalisation de la mise en scène : Christoph Lehnert. Lumières : André Diot

cosi_paris-240x363 dirige Mozart

Créée le 2 mars 1996 sur cette même scène du Palais Garnier, la production d’ du Cosí fan tutte de Mozart est reprise pour la troisième fois en sept ans à l’Opéra de Paris. Ainsi est-il possible de voir en ce mois de juin les trois opéras nés de la collaboration de Mozart avec Lorenzo Da Ponte, puisque, outre Cosí fan tutte à Garnier, sont donnés en alternance à Bastille Le Nozze di Figaro et Don Giovanni. Ce Cosí, qui a fait en 1996 la réouverture du Palais Garnier après dix-huit mois de travaux de restauration et de modernisation, a conquis par la scénographie d’, peintre et architecte italien qui plonge le spectateur dans une Venise joliment stylisée quoiqu’un peu terne.

Mozart chez Goldoni

Dernier volet de la trilogie Mozart/Da Ponte, Cosí fan tutte est l’une des partitions les plus inspirées de Mozart. Et le fringant livret de Lorenzo Da Ponte est à la mesure de la musique, quoiqu’en ait jugé le bien-pensant XIXe siècle qui considérait cet ouvrage trop léger, superficiel et carrément immoral, alors même que le librettiste n’a fait que parodier les sentiments humains et les jeux de l’amour à l’époque des Lumières. Combinant grivois, prosaïque et non-dits, l’argument emprunte plus ou moins à Carlo Goldoni, mais la part revenant à Da Ponte est plus importante ici que dans les deux précédents avatars de sa collaboration avec Mozart. C’est cependant la musique qui fait le ciment de l’ouvrage entier, une musique jamais caricaturale ni redondante, toujours sincère et tendre, gorgée tout autant de félicité que de mélancolie, révélant délicatement les secrets de l’âme de chacun des personnages.

Despina déguisée en docteur (Maria Bayo), Fiordiligi (Anja Harteros), Ferrando (Roberto Sacca), Guglielmo (Russell Braun), Dorabella (Enkelejda Shkosa) et Don Alfonso (Alessandro Corbelli) Photo(c) Eric Mahoudeau

, magister de « l’Ecole des amants »

Si la production est connue, elle s’avère plus heureuse à chaque reprise – serait-ce dû au travail réalisé par Christoph Lehnert, le retour de ce Cosí fan tutte semblant plus théâtral qu’il ne l’était à l’origine ? –, la distribution est une fois de plus entièrement remaniée, et réunit une guirlande de chanteurs qui ont presque l’âge de leurs rôles. Comme c’est régulièrement le cas avec Hugues Gall, l’Opéra de Paris réussit la gageure de renouveler à chacun des retours à l’affiche de cette production de Cosí, créée sous la direction de Jeffrey Tate, son cheptel d’interprètes de premier plan qui se révèlent généralement meilleurs que ceux de la distribution initiale. Ainsi, la jeune cantatrice gréco-allemande campe une Fiordiligi noble et altière qui culmine dans ses deux arie, plus particulièrement Come scoglio au premier acte, dont elle restitue avec une facilité confondante les phénoménales pyrotechnies vocales, tandis que la mezzo-soprano albanaise Enkelejda Shkosa est une Dorabella impulsive et généreuse à souhait. Face aux deux sœurs, (Ferrando) et (Guglielmo) sont deux fiancés vocalement sûrs et séduisants. Le sceptique Don Alfonso est superbement personnifié par le baryton turinois aussi solide vocalement que psychologiquement. Mais, last but not least, c’est la vivifiante et accorte qui emporte la palme de ce tonique spectacle. Voix légère et fluide, timbre fruité et rayonnant de lumière, la cantatrice navarraise est ici au sommet de son art, au point que sa Despina est tout ce qu’il y a de plus magnétique. Ce rayonnant Cosí fan tutte est magnifié par la direction polychrome, toute de chair et de sensualité, d’Armin Jordan qui sait exalter comme personne les pulpeuses sonorités d’un orchestre qui répond à la moindre de ses sollicitations, la phalange de l’Opéra de Paris sonnant à la perfection, au point de s’imposer ici comme typiquement mozartienne.

Crédit photographique : Eric Mahoudeau

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Paris. Opéra de Paris, Palais Garnier. 7.VI.2003. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Cosí fan tutte. Anja Harteros, Enkelejda Shkosa, Roberto Saccà, Russell Braun, Alessandro Corbelli, Maria Bayo. Orchestre et Chœurs de l’Opéra National de Paris. Direction : Armin Jordan. Mise en scène, décors, costumes : Ezio Toffolutti. Réalisation de la mise en scène : Christoph Lehnert. Lumières : André Diot

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