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Orphée et Eurydice par Marc Minkowski : un must !

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Christoph Willibald Gluck : Orphée et Eurydice. (Version parisienne de 1774). Orphée : Richard Croft. Eurydice : Mireille Delunsch. L’Amour : Marion Harousseau. Une Ombre heureuse : Claire Delgado-Boge. Chœur des Musiciens du Louvre, Les Musiciens du Louvre. Direction : Marc Minkowski. 2 CD Archive Produktion 471 582-2. Durée :1h50’ ©2004. Notice et livret : Allemand, Français et Anglais

 

Orphée et EurydiceLa discographie d’Orphée et Eurydice déborde de toutes parts. La version ceci, la version cela, en français ou en italien, révisée par Berlioz, avec une mezzo-soprano ou un ténor en Orphée, le chaland ne sait plus à quel sein d’Eurydice se vouer pour faire son choix. A la confusion des sens, ajoutons l’enregistrement que Les Musiciens du Louvre viennent de graver sous la direction de leur chef . Fort prolixe ces dernières années, le chef français, tendait à la boulimie (musicale, s’entend !) avec plus ou moins de bonheur. Touche-à-tout passant sans sourciller de Berlioz à Haendel, de Rameau à Beethoven, d’Offenbach à Mendelssohn, certaines interprétations « frisaient le code ». Sollicité de toutes parts, difficile dès lors de ne pas succomber aux sirènes des studios et des concerts qui lui offraient de se mesurer aux compositeurs les plus divers. A trop vouloir faire, la qualité de ses prestations souffrait parfois d’un manque de maturité artistique. Refusant avec véhémence l’étiquette de chef d’orchestre baroque qui lui colle à la peau, il faut bien reconnaître que la musique du XVIIIe siècle est celle qui convient le mieux au tempérament du chef français. Il en fait la preuve éclatante avec cet Orphée et Eurydice capté en public voici plus de deux ans à la Salle Molière du Théâtre de Poissy.

On retrouve un « swinguant » avec bonheur la musique de Gluck. C’est la mélancolie du « blues » dans le chœur des nymphes « Ah ! dans ce bois tranquille et sombre », et un déchaînement irrésistible, un tremblement de terre effroyable, des impulsions viscérales d’un final de « jam-session » dans l’Air des furies. Quand, comme dans ces pages, Minkowski emporte son orchestre au bord de la rupture, on comprend qu’il n’aime pas à être catalogué de « chef baroque ». A ce stade de l’interprétation n’existe que l’universalité de la musique. Baroque, ancienne, romantique ou moderne quand elle rejoint cet état d’extase, elle n’est autre qu’une émotion profondément ressentie.

Etrangement, du côté des chanteurs, la première écoute laisse l’auditeur un peu sur sa faim. Hormis les moments de grâce que sont ceux des ensembles orchestraux et du chœur, les solistes paraissent peu investis. Comme s’ils s’acquittaient de la tâche à laquelle ils ont été conviés avec une grande honnêteté. Sans plus. Est-ce cette langue française sophistiquée de la version parisienne ? Est-ce l’Orphée pastoral du ténor ? L’Eurydice blanche de la soprano? Difficile à cerner. Reste que peu à peu, l’attention de l’auditeur se resserre autour de la si belle musique de Gluck et de la sensibilité avec laquelle Minkowski la restitue. Lentement, les personnages se révèlent, prenant peu à peu corps, captivant l’auditoire pour en révéler la proximité. Deux êtres de chair en proie aux tourments des humains. Avec , c’est la rencontre d’un jeune homme d’aujourd’hui, un romantique insouciant qui ne peut croire au malheur. Le ténor américain au phrasé de miel est touchant de sincérité. Quel tragique dans son « Eurydice ! » lancé au milieu du chœur des nymphes et des bergers. Sans emphase, il chante son désespoir. Artisan de ces images douloureuses, les accents funestes de la Pantomime des Nymphes et des Bergers plombent l’atmosphère. Un climat qui ne se détend qu’avec l’arrivée de l’Amour () dont la fraîcheur vocale convient à l’espérance qu’elle donne pour que cessent les souffrances d’Orphée. Magnifique soprano, sa maturité, son aisance, son intelligence vocale font de cette jeune fille (elle a 16 ans au moment de l’enregistrement !) l’une des plus belles promesses lyriques des années à venir. (Eurydice) distille le charme d’une voix dont l’étrangeté du timbre ne cesse d’envoûter son monde. Le chant est parfait, la diction impeccable, les intentions théâtrales sans reproche. La soprano française joue les mots comme dans une véritable comédie. Avec l’admirable équilibre musical créé entre l’orchestre et les voix, Marc Minkowski signe l’une des plus émouvantes version d’Orphée et Eurydice jamais enregistrées au disque. Un must !

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Christoph Willibald Gluck : Orphée et Eurydice. (Version parisienne de 1774). Orphée : Richard Croft. Eurydice : Mireille Delunsch. L’Amour : Marion Harousseau. Une Ombre heureuse : Claire Delgado-Boge. Chœur des Musiciens du Louvre, Les Musiciens du Louvre. Direction : Marc Minkowski. 2 CD Archive Produktion 471 582-2. Durée :1h50’ ©2004. Notice et livret : Allemand, Français et Anglais

 
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