Robert Expert, sur la terre comme au ciel…

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Georg Friedrich Haendel. Admeto : Introduction instrumentale (lentamente) – Récitatif et air « » Orride larve » – Flavio : Air « Rompi i lacci » – Concerto Grosso op.3 en sol majeur – Cantate « Mi palpita il cor » – Rodelinda : Duo « Io t’abraccio » – Sonate en trio en fa majeur HWV 389 – Samson : Air « Then long eternity » – Allemande – L’Allegro, il Penseroso ed il Moderato : Air « May at last my weary age ». Robert Expert, contre-ténor, Patricia Petibon, soprano. Amarillis : Héloïse Gaillard, flûte à bec et hautbois baroque, Violaine Cochard, clavecin et orgue positif, Lorenzo Colitto, Lisa K. Ferguson, violons, Agathe Blondel, alto, Emmanuel Jacques, violoncelle, Richard Myron, contrebasse. Un CD Ambroisie, enregistré en mai 2004, N° AMB 9958 – durée totale 66’47’’.

 

Sur la terre comme au ciel…En matière de musique vocale, la production foisonnante du « caro sassonne » n’est plus à vanter, et Haendel est certainement l’un des rares compositeurs à avoir pu concilier le sacré et le profane avec un égal bonheur. On lui doit des cantates fulgurantes ou élégiaques, des opéras fort célèbres, des oratorios qui ne le sont pas moins, tous écrits avec plus ou moins d’invention, certes, mais parmi lesquels on peut compter certaines des plus belles œuvres du répertoire : dans le domaine sacré le célébrissime Messie et, pour le profane, les Giulio Cesare, Alcina, Rodelinda et autres Ariodante ou Serse, pour ne citer que ceux-là, à jamais consacrés par la postérité, sans oublier Semele, Hercules, situés à mi-chemin de l’opéra et de l’oratorio.

De ce fait, les « récitals Haendel » : cantates, airs d’oratorios et/ou d’opéras sont légion, d’où l’existence d’une très riche discographie, par les plus grands interprètes du passé et du présent, toutes voix confondues. On peut citer pêle-mêle Janet Baker, Marylin Horne, Joan Sutherland, Kiri Te Kanawa, Anne-Sofie von Otter, Cecilia Bartoli, Magdalena Kozena, Jennifer Larmore, Lauren Hunt, Karina Gauvin, Ewa Podles, Bryn Terfel, James Bowman, Derek Lee Ragin, Gérard Lesne, Andréas Scholl, David Daniels, et la liste est loin d’être exhaustive. De surcroît, la parution d’un nouveau disque Haendel chez Decca – un de plus ! – par Renée Fleming n’est-elle pas imminente ?

En outre, au royaume des contre-ténors, la concurrence est rude désormais, avec les chanteurs déjà précités, sans oublier les étoiles plus récemment apparues au firmament où brillaient déja pour l’éternité le divin Alfred Deller et le sublime Henri Ledroit, tous deux trop tôt disparus… : Philippe Jaroussky, qui n’a pas fini de nous surprendre et de nous émouvoir, et aussi Lawrence Zazzo, qui avait fait sensation dans Serse l’an dernier, au Théâtre des Champs Elysées, et que l’on va bientôt retrouver à l’occasion d’un Couronnement de Poppée très attendu dans le même théâtre.

Il convient aussi de mentionner ce remarquable artiste qu’est qui, conscient du fait que sa voix n’était pas spécialement agréable et suave, a eu l’intelligence de faire son miel des rôles bouffes où il est imbattable. Qui ne se souvient, entre autres, de son irrésistible Nireno dans Giulio Cesare ? Il sera lui aussi au TCE, dans le rôle de la Nourrice….

Ce nouvel enregistrement, assez ambitieux, se propose de présenter une sorte de panorama haendelien du sacré et du profane à travers des oeuvres d’une part purement instrumentales et, d’autre part chantées par un contre-ténor, avec la participation de la soprano dans le duo de Rodelinda.

Il est évident que , musicien stylé et artiste sensible, possède, hélas, un timbre peu attrayant, souvent un brin rugueux, presque ingrat, avec une tessiture assez limitée. Certes, dans cet art difficile, la voix n’est pas tout, le sens musical, l’expression, l’interprétation, ont bien sûr leur importance, qualités dont ce chanteur n’est pas dépourvu. De fait, s’il livre aisément une interprétation plutôt convaincante des arie plus « paisibles », en particulier celles appartenant au sacré, il manque sérieusement d’abattage et de vaillance dans celles habituellement qualifiées « di furore », relevant plutôt du profane, et qui, on le sait, étaient destinés à l’époque à des castrats dotés d’une technique et de moyens vocaux exceptionnels, ce qui les met fréquemment hors de portée aujourd’hui de bien des gosiers…

Du moins cet artiste, à défaut de nous convaincre totalement, nous offre-t-il l’opportunité de flaner à travers ces belles pages, avec une mention spéciale pour le déchirant duo de Rodelinda « Pur t’abraccio », où il trouve en une partenaire de talent.

C’est assurément avec l’, dont les mérites se confirment au fil du temps, que l’auditeur est le plus comblé : instrumentarium de belle qualité, interprétation de haut niveau, tous ses membres sont à saluer chapeau bas. A lui seul, il vaut le déplacement – pardon, l’écoute – grâce en particulier à Héloïse Gaillard, également directrice artistique, et à , qui est aussi chef de chant, et dont le clavecin lumineux s’épanouit particulièrement dans l’Allemande dont le thème fut repris par Haendel pour la Sinfonia qui ouvre le troisième acte de Serse.

On peut souhaiter retrouver , qui a également beaucoup fréquenté le répertoire contemporain, dans un registre plus « comique » où son intelligence et sa musicalité feraient merveille (il fut désopilant cet été à Montpellier dans l’Ombre de l’Ane, opéra-bouffe méconnu de Richard Strauss).

Il convient aussi de préciser que, comme toujours chez Ambroisie, l’habillage du disque est de belle facture, comme en témoigne la réproduction du célèbre tableau de Lorenzo Lotto, l’Annonciation, figurant sur la pochette et la couverture du livret, lui même fort bien composé et documenté. D’emblée, le sacré et le profane semblent s’incarner de manière saisissante dans l’étonnante représentation du chat du foyer où naîtra le Messie.

En conclusion, un enregistrement qui, du moins sur le plan vocal, ne bouleversera pas la discographie haendelienne mais qui y trouve cependant sa place sans démériter, en nous faisant passer, entre ciel et terre, quelques agréables moments.

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