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Das Rheingold à Amsterdam : Wagner par la face mythique

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Amsterdam. Het Musiektheater, 15-V-2005. Richard Wagner (1813-1883), Das Rheingold, prologue du festival scénique en un acte, musique et livret du compositeur. Mise en scène : Pierre Audi ; décors : George Tsypin ; costumes : Eiko Ishioka ; lumières : Wolfgang Göbbel ; dramaturgie : Klaus Bertisch. Avec : Albert Dohmen, Wotan ; Geers Smits, Donner ; Martin Homrich, Froh ; Chris Merritt, Loge ; Werner van Mechelen, Alberich ; Graham Clark, Mime ; Frode Olsen, Fasolt ; Mario Luperi, Fafner ; Doris Soffel, Fricka ; Michaela Kaune, Freia ; Anne Gjevang, Erda ; Alexandra Coku, Woglinde ; Natascha Petrinsky, Wellgunde ; Elena Zhidkova, Flosshilde. Nederlands Philharmonisch Orkest, direction : Hartmut Haenchen

Régulièrement monté depuis 1998, le Ring de , metteur en scène et directeur du Nederlandse Opera, s’est imposé comme une valeur sûre des cycles intégraux récents. Le parti pris est résolument mythique. Le scénographe batave n’oublie pas que ces opéras sont basés sur des légendes. Il raconte l’histoire avec un savant mélange de tradition et de technologie. Tradition car les personnages sont envisagés littéralement : des dieux et des géants. Technologie car le travail du scénographe, du décorateur George Tsypin et les lumières de Wolfgang Göbbel utilise les ressources d’une scène moderne. La réalisation scénique de ce prélude est particulièrement convaincante en dépit de quelques réserves. Si le premier tableau avec une poursuite entre les filles du Rhin et Alberich est convaincant par l’efficacité d’une direction d’acteurs faisant évoluer les personnages sur un plan fortement incliné et autour de la fosse d’orchestre, le second tableau ennuie en raison d’un statisme trop appuyé. Heureusement, le regard peut se délecter des somptueux costumes de la Japonaise Eiko Ishioka. Dès le troisième tableau, le spectaculaire arrive en force. L’antre du forgeron Mime est un grand moment de cette production. La scène se déchaîne sous les coups des flammes et des lumières, alors que les inquiétants Nibelungen, sortis d’une ébauche d’un film de science fiction, se dispersent sur la scène. La dernière partie de l’œuvre poursuit sur cette esthétique grandiose sans tomber dans le kitsch et le facile.

Au niveau musical, le grand triomphateur est incontestablement le chef d’orchestre . Premier chef invité de l’institution amstellodamoise depuis la saison 1999-2000, ce musicien qui va céder dès la saison prochaine son poste à l’Allemand , aura prouvé, à une époque d’extrême spécialisation des chefs, que l’on peut posséder et conduire avec maestria un vaste répertoire qui s’étend de Gluck à Zimmermann. Sa direction, très puissante mais d’une grande fluidité, insuffle une tension tout au long du spectacle. Le Nederlands Philarmonisch Orkest, qui apparaît souvent lourd et routinier sous la conduite de chefs peu inspirés, est transfiguré. Il nous livre une prestation de premier plan où des cuivres impeccables se couvrent de gloire.

La distribution est un solide mélange de routiers expérimentés et de nouveaux venus. D’un aspect très international ces chanteurs ne font pas une fête à la langue allemande et on est souvent heurté par des dictions particulièrement incompréhensibles. Mais ces artistes s’acquittent avec probité des difficultés de leurs rôles. La prestation la plus convaincante est à mettre à l’honneur de l’Alberich du baryton belge Werner van Mechelen. Souvent distribué à l’Opéra de Wallonie, il avait déjà convaincu en 2003 lors de sa prise de rôle dans le premier volet du Ring liégeois. Possédé par son personnage, il éblouit par son timbre et sa musicalité hors pair. Bien connu sur les scènes européennes par son incarnation de Wotan, en impose : le timbre est magnifique et la puissance souveraine. On ne pourra pas en dire autant du Loge de , mais ce grand chanteur sait masquer ses limites vocales par un jeu d’acteur saisissant. Grande prestation de en Fasolt et du toujours excellent Mario Luperi en Fafner. Le reste de la distribution masculine est aléatoire : Geert Smits, le régional de l’étape, est un bon Donner, mais le Froh de Martin Homich est trop court en voix alors que le Mime de Graham Clarck ne fait plus vocalement illusion. La distribution féminine est handicapée par la Fricka de . Dès les premières notes, l’oreille est mal à l’aise avec ce timbre métallique. Si la technique et la puissance sont là, l’ensemble est dénaturé par cette voix acidulée. Très bonnes prestations de pour ses débuts en Freia et du trio des filles du Rhin(Alexandra Cocu, et ) sans oublier la brève intervention d’Anne Gjevang en Erda.

Un très beau spectacle à revoir en septembre lors de la présentation de trois cycles intégraux par les mêmes artisans. Werner van Mechelen sera Alberich lors de la reprise du Ring de Liège à l’automne et en juin 2006 lors d’un nouveau cycle au Vlaamse Opera.

Crédit photographique : © Ruth Walz

 

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Amsterdam. Het Musiektheater, 15-V-2005. Richard Wagner (1813-1883), Das Rheingold, prologue du festival scénique en un acte, musique et livret du compositeur. Mise en scène : Pierre Audi ; décors : George Tsypin ; costumes : Eiko Ishioka ; lumières : Wolfgang Göbbel ; dramaturgie : Klaus Bertisch. Avec : Albert Dohmen, Wotan ; Geers Smits, Donner ; Martin Homrich, Froh ; Chris Merritt, Loge ; Werner van Mechelen, Alberich ; Graham Clark, Mime ; Frode Olsen, Fasolt ; Mario Luperi, Fafner ; Doris Soffel, Fricka ; Michaela Kaune, Freia ; Anne Gjevang, Erda ; Alexandra Coku, Woglinde ; Natascha Petrinsky, Wellgunde ; Elena Zhidkova, Flosshilde. Nederlands Philharmonisch Orkest, direction : Hartmut Haenchen

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