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Lulu en drame bourgeois ?

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Munich. Nationaltheater. 29-VII-2005. Alban Berg (1885-1935) : Lulu. Livret d’Alban Berg d’après Frank Wedekind. Orchestration du troisième acte : Friedrich Cerha. Mise en scène : David Alden. Chorégraphie : Beate Vollack. Décors : Giles Cadle. Costumes : Brigitte Reiffenstuel. Lumières : Pat Collins. Lulu : Margarita De Arellano. Gräfin Geschwitz : Katarina Karnéus. Der Gymnasiast/Flughafenpersonal : Ulrike Helzel. Der Medizinalrat/ 1. Freier : Alfred Kuhn. Dr Schön : Tom Fox. Der Maler/2. Freier : Will Hartmann. Alwa : John Daszak. Schilgolch : Franz Mazura. Der Tierbändiger / Der Athlet : Jacek Strauch. Der Prinz / Der Kammerdiener / Der Marquis : Kenneth Roberson. Der Theaterdirektor / Der Bankier : Alfred Kuhn. Der Polizeikommissär : Thorsen Stepath. Ihre Mutter : Jennifer Torst. Journalist : Nikolay Borchev. Flughafenpersonal : Ulrike Helzel et Rüdiger Trebes. Orchestre du Staatsoper de Munich. Direction : Michael Boder

Festival d’opéra de Munich

La programmation du festival d’opéra de Munich laisse malheureusement une faible place aux opéras du XXe siècle. C’est donc avec un grand intérêt que l’on se rend à cette Lulu, d’autant plus que le chef d’œuvre inachevé de Berg est désormais un classique que chaque maison d’opéra se doit de monter. Le metteur en scène américain est un l’enfant chéri du Staatsoper de Munich. Il se consacre presque exclusivement à cette institution pour laquelle il exécute la quasi-intégralité des productions d’opéras baroques. Son approche n’a jamais convaincu la critique tandis que le public local lui réserve systématiquement de longues acclamations. Ce scénographe s’est surtout fait connaître pour sa propension à répéter à l’infini, et jusqu’à l’overdose, ses tics préférés : une utilisation immodérée des sofas, canapés et autres fauteuils, un amour pathologique pour la couleur vert pomme et les papiers peints «faute des goûts». Pourtant sa vision de Lulu s’avère juste et prenante. Elle rejoint les meilleures productions d’opéras actuelles. Dans un décor étriqué qui resserre l’action et la tension au maximum, Lulu est envisagée comme une sorte de drame bourgeois où les personnages sont victimes d’un destin qui leur échappe sur fond d’argent qui coule à flot sans que personne ne sache d’où il vient. On passe ainsi d’une cité quelconque de la classe moyenne où Lulu chante pour ses quelques fans à la villa tapageuse du docteur Schön qui joue, plutôt mal, avec son attirail de golfeur arriviste. Les personnages apparaissent flasques et inaboutis : le peintre dans son costume de banquier trop lisse, la Comtesse Geschwitz dans son tailleur rouge trop bien mis, le bellâtre Schön avec ses habits tapageurs, Alwa et ses vestes grotesques tandis que le gymnaste bedonnant s’amuse des altères en carton. Une scène s’avère particulièrement forte : au IIIe acte, Alden replace l’action dans le hall d’un aéroport et alors que les chanteurs se lamentent de la chute du cours de l’action Jungfrau des vacanciers impatients défilent sans prêter attention au drame qui se noue.

La distribution réunie par Sir Peter Jonas, l’intendant de l’opéra, est de très haut vol. Saluons tout d’abord l’excellence de la prononciation allemande de tous ces artistes qui font que chaque mot, chaque inflexion est intelligible. L’américaine Margarita De Arellano, déchaînée comme jamais, s’impose d’emblée comme une Lulu d’exception : présence scénique brûlante, timbre adéquat et aigus faciles. Elle rejoint , et au rang des grandes titulaires actuelles de ce rôle gigantesque aux possibilités d’interprétations infinies. Le baryton est un docteur Schön d’anthologie : timbre de classe et puissance vocale impressionnante. On peut en dire autant des autres chanteurs : le jeune et délicat Will Hartmann compose un peintre incontrôlé face à Lulu et à sa propre et trop rapide réussite ; le ténor campe un Alwa brut de fonderie en opposition à son timbre séduisant ; qui fut une très décevante Alceste de Gluck à La Monnaie, nous livre une prestation juste et glacée du rôle de la comtesse. Le reste de la distribution est à l’avenant et une grande attention est portée aux petits rôles.

Dans la fosse, le chef , grand connaisseur de la musique du XXe siècle, se dépense sans compter et il fait rugir un orchestre du Staatsoper de Munich en très grande forme avec des cuivres tranchants, des bois galbés et des cordes mœlleuses. Une très grande soirée d’opéra comme on aimerait en entendre souvent.

Crédits photographiques : © DR

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Munich. Nationaltheater. 29-VII-2005. Alban Berg (1885-1935) : Lulu. Livret d’Alban Berg d’après Frank Wedekind. Orchestration du troisième acte : Friedrich Cerha. Mise en scène : David Alden. Chorégraphie : Beate Vollack. Décors : Giles Cadle. Costumes : Brigitte Reiffenstuel. Lumières : Pat Collins. Lulu : Margarita De Arellano. Gräfin Geschwitz : Katarina Karnéus. Der Gymnasiast/Flughafenpersonal : Ulrike Helzel. Der Medizinalrat/ 1. Freier : Alfred Kuhn. Dr Schön : Tom Fox. Der Maler/2. Freier : Will Hartmann. Alwa : John Daszak. Schilgolch : Franz Mazura. Der Tierbändiger / Der Athlet : Jacek Strauch. Der Prinz / Der Kammerdiener / Der Marquis : Kenneth Roberson. Der Theaterdirektor / Der Bankier : Alfred Kuhn. Der Polizeikommissär : Thorsen Stepath. Ihre Mutter : Jennifer Torst. Journalist : Nikolay Borchev. Flughafenpersonal : Ulrike Helzel et Rüdiger Trebes. Orchestre du Staatsoper de Munich. Direction : Michael Boder

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