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Martigny : Fondation Pierre Gianadda. 25-VIII-2005. Giuseppe Torelli (1658-1709) Concerto en Ré majeur pour trompette et cordes. Alessandro Scarlatti (1660-1725) Qui resta…l’Alta Roma, Caldo sangue, Ahi qual cordoglio… Doppio affetto. Antonio Caldara (1671-1736) Vanne pentita a piangere, Sparga il senso, Ouverture de « Santa Francesca Romana », Ahi quanto cieca… Come fuoco alla sua sfera, Si, piangete, pupille dolenti. G. -F. Händel (1685-1759) Ouverture de « Il Trionfo del Tempo e del Disinganno », Un leggiadro giovinetto, Lascia la spina, Come nembo che fugge col vento, Concerto grosso en ré majeur, op. 3 n° 6, HWV 317, Chiudi, chiudi i vaghi rai, Io sperai trovar nel vero, Disserratevi, o porte d’Averno. Arcangelo Corelli (1653-1713) Concerto grosso en fa majeur, op. 6 n° 12. Cecilia Bartoli, mezzo-soprano. Orchestre « La Scintilla ».

Alors que le monde entier attendait la parution de son nouvel album Opera proibita (lire notre chronique), en offrait la primeur « live » au cercle restreint d’une salle de moins de mille places. Cet endroit construit sur des ruines d’Octodure, le nom de la Martigny romaine, est habituellement le siège de prestigieuses expositions. Mais parce que son directeur et président, le tout nouvel académicien des Arts et des Lettres Léonard Gianadda, est un amateur des arts, il laisse le soin à la musique de s’infiltrer au sein des tableaux qu’il expose. Ces concerts, comme les expositions, attirent un très nombreux public. Surtout quand l’affiche annonce Cecilia Bartoli. Depuis 1999, la diva (qui n’a de diva que la réputation de « divine » et non pas le caractère qu’on délivre souvent aux divas) (lire notre entretien) offre sa fidélité à ce rendez-vous qui est un évident événement musical pour toute la Suisse Romande. Cette année, le récital de la mezzo romaine revêtait un aspect d’autant plus particulier que sa prestation coïncidait avec le soixante-dixième anniversaire du maître des lieux et couronnait aussi le vingt-cinquième anniversaire de la création de la Fondation Gianadda. Tout était donc prêt pour la fête.

Et la fête est là dès que l’ensemble baroque «La Scintilla », issu de l’Orchestre de l’Opéra de Zurich, met le feu à la soirée avec un formidable Concerto en Ré majeur pour trompette et cordes de Torelli. Il n’en faut pas plus pour que Cecilia Bartoli prenne le relais avec un époustouflant Qui resta…l’Alta Roma d’ où la mezzo projette ses vocalises avec une incroyable agilité. Elle arrache de son être de chair les sons, les notes, les trilles. Tout son corps tremble et participe à la musique, à sa musique. Constamment Cecilia Bartoli promène sa voix sur le fil du rasoir. L’air est périlleux, stratosphérique mais la virtuosité incroyable. Médusé, comme devant les prouesses d’un fildefériste, le public retient son souffle. Même les habitués, les inconditionnels, les fans, les connaisseurs de l’art de Cecilia Bartoli en sont estomaqués. Jamais on n’avait entendu chose pareille. Quelle verve, quelle puissance expressive, quelle véhémence, quel feu anime la mezzo romaine. En quelques secondes, la scène, l’orchestre et la salle sont électrisés. Bientôt, touchés par l’émotion, les yeux s’embuent, les mouchoirs sortent discrètement, les nez reniflent, LA Bartoli frappe un grand coup dans le cœur de l’auditoire. Alors, quand la voix s’éteint, l’explosion des applaudissements s’inscrit comme un soulagement à la tension que la mezzo vient de créer.

Puis, lorsqu’elle entonne a capella un Vanne pentita a piangere d’, Cecilia Bartoli dévoile d’autres facettes de son art du chant. Sublimement accrochée aux pianissimi qui ont fait la réputation de la mezzo, la voix retrouve la clarté du timbre, la beauté des couleurs, l’intelligence du phrasé. On sombre alors dans l’extraordinaire, dans l’irrationnel, dans une ambiance de recueillement, de plongée en soi. Pas de doute, c’est l’expression du sacré qui plane dans l’espace habité par la voix de Cecilia Bartoli et par les chefs-d’œuvre de la peinture française du Musée National des Beaux-Arts Pouchkine de Moscou.

Rengainant immédiatement avec un ahurissant air de bravoure, on se dit que jamais la belle Cecilia ne tiendra la distance d’un récital qui s’annonce particulièrement copieux puisqu’il comprend, à quelques exceptions près, tous les airs de son nouvel album plus un florilège d’arias de Händel. Rien n’y fait, elle chante avec une égale grâce, avec un identique allant et une inébranlable générosité.

Au terme d’un des récitals parmi les plus enthousiasmants jamais donnés dans cette enceinte quelque peu magique, le public conquis et bouleversé lui réserve un triomphe amplement mérité. Ne ménageant ni son talent ni son dévouement artistique, Cecilia Bartoli offre trois « bis » parmi lesquels un superbe « Ombra mai fu » de Bononcini, et l’air final de Cléopâtre du Giulio Cesare de Händel. Deux heures de concert sans la moindre défaillance. Une performance digne d’un athlète de haut niveau. Avec le génie en plus!

 

Crédit photographique : Cretton photo/Martigny

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Martigny : Fondation Pierre Gianadda. 25-VIII-2005. Giuseppe Torelli (1658-1709) Concerto en Ré majeur pour trompette et cordes. Alessandro Scarlatti (1660-1725) Qui resta…l’Alta Roma, Caldo sangue, Ahi qual cordoglio… Doppio affetto. Antonio Caldara (1671-1736) Vanne pentita a piangere, Sparga il senso, Ouverture de « Santa Francesca Romana », Ahi quanto cieca… Come fuoco alla sua sfera, Si, piangete, pupille dolenti. G. -F. Händel (1685-1759) Ouverture de « Il Trionfo del Tempo e del Disinganno », Un leggiadro giovinetto, Lascia la spina, Come nembo che fugge col vento, Concerto grosso en ré majeur, op. 3 n° 6, HWV 317, Chiudi, chiudi i vaghi rai, Io sperai trovar nel vero, Disserratevi, o porte d’Averno. Arcangelo Corelli (1653-1713) Concerto grosso en fa majeur, op. 6 n° 12. Cecilia Bartoli, mezzo-soprano. Orchestre « La Scintilla ».

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