Olivier Py au Grand Théâtre, une vision de Tannhäuser …

La Scène, Opéra, Opéras

Genève, Grand Théâtre. 26-IX-05. Richard Wagner (1813-1883) : Tannhäuser, opéra en trois actes sur un livret du compositeur. Mise en scène : Olivier Py, assisté de Wissam Arbache ; décors et costumes : Pierre-André Weitz. Nina Stemme, Elisabeth ; Jeanne-Michèle Charbonnet, Vénus  ; Kristinn Sigmundsson, Le Landgrave Hermann ; Stephen Gould, Tannhäuser ; Dietrich Henschel, Wolfram von Eschenbach ; John Mac Master, Walter von der Vogelweide ; Alexandre Vassiliev, Biterolf ; Ulfried Haselsteiner, Heinrich der Schreiber ; Scott Wilde, Reinmar von Zweter ; Karine Velletaz, un pâtre. Chœur du Grand Théâtre (Chef de chœur : Ching-Lien Wu), Chœur Orpheus de Sofia (Chef de chœur : Krum Maximov), Orchestre de la Suisse Romande (OSR), direction : Ulf Schirmer.

Tout le monde a entendu parler de la mise en scène d’ bien avant le soir de la première. Le maître d’œuvre se distingue une nouvelle fois par certains aspects provocateurs de son travail. Le Venusberg et son cortège de bacchantes délurées et de personnages mythologiques l’ont incité à engager un acteur de l’industrie du porno pour le bref rôle muet de Zeus afin que ce dernier apparaisse nu et au beau fixe sur scène au cours du premier acte aux côtés de figurantes en tenue d’Eve. La presse s’est rengorgée à satiété de l’apparition de ce sexe en érection et a rendu la polémique toujours plus endémique. Trente secondes pour lesquelles l’encre a coulé à flots ! Autant de tergiversations qui reflètent plus l’hypocrite pudibonderie de notre société pleine de paradoxes en termes de mœurs qu’un réel problème moral. En y regardant de plus près, c’est-à-dire en se penchant sur les indications de Wagner lui-même, il est facile de retrouver les touches de paganisme que l’auteur désirait. Le travail d’, tout sulfureux qu’il puisse paraître, relaye simplement les intentions de l’auteur, drapé si l’on peut dire dans une esthétique contemporaine. Il s’adresse au demeurant à un public adulte et averti, majeur et vacciné. Le théâtre ne doit-il pas demeurer un espace de liberté non systématiquement inféodé aux conventions sociales ?

De manière générale, si la lecture d’ demeure en phase avec le livret sur le plan des thématiques de l’ouvrage, elle escamote toutefois une part importante de la poétique de l’œuvre. Cela est surtout imputable à la scénographie et, dans une moindre mesure aux chorégraphies pâtissant de déambulations un peu gourdes. Les décors sont constitués par d’innombrables néons dont la luminescence excessive fatigue et la vue et les esprits. L’église, le Vénusberg, l’astre auquel s’adresse Wolfram von Eschenbach sont synthétisés dans des structures tubulaires formant les contours de volumes évidés. Les décors sont aussi crus que le furent les débordements du Vénusberg à l’acte I. Le travail conjoint d’Olivier Py et de est sans concession, réduit à l’essentiel et n’accorde aucun répit au spectateur. Il apparaît intransigeant, exigeant, voire même dogmatique dans son refus tacite de toute composante pastorale ou pittoresque pour, par exemple, le pâtre, les pèlerins, le cadre alloué au Minnesänger, la Romance de l’Etoile… La joute des chanteurs lancée par Herrmann est par contre des plus vivantes et les relations entre les personnages du noble cercle s’y expriment avantageusement.

L’OSR, dirigé par Ulf Schirmer, exhale par contre les parfums tant attendus du romantisme allemand. La baguette du chef dépeint Wagner avec grâce. La direction de l’Allemand déploie une voûte musicale parfois légèrement alanguie mais parvient à l’expression des sentiments des chanteurs vis-à-vis de leur destinée. Heinrich de Tannhäuser, servi par le puissant , s’il s’abstient de toute impétuosité incontrôlée, n’en fait pas moins montre d’un sens brillant des couleurs et d’une vaillance à toute épreuve. Face à lui, Vénus () comme Elisabeth () sont tout simplement idéales. Très expressif, solidement charpenté, leur chant sert l’idiome musical de Wagner dont il souligne l’intelligence de la prosodie. dispense sa Romance de l’Etoile sur un tapis de velours et Kristinn Sigmundsson offre un Landgrave de Thuringe qui a toute l’ampleur du rôle, vocalement comme scéniquement. Rajoutons que les chœurs se révèlent magnifiques d’un bout à l’autre de l’ouvrage.

A voir le 2 octobre à 16h ainsi que les 5, 8 et 11 octobre 2005 à 19h.

Crédit photographique : © GTG/Arianne Arlotti

Genève, Grand Théâtre. 26-IX-05. (1813-1883) : Tannhäuser, opéra en trois actes sur un livret du compositeur. Mise en scène : Olivier Py, assisté de Wissam Arbache ; décors et costumes : . , Elisabeth ; , Vénus  ; Kristinn Sigmundsson, Le Landgrave Hermann ; , Tannhäuser ; , Wolfram von Eschenbach ; John Mac Master, Walter von der Vogelweide ; Alexandre Vassiliev, Biterolf ; Ulfried Haselsteiner, Heinrich der Schreiber ; , Reinmar von Zweter ; Karine Velletaz, un pâtre. Chœur du Grand Théâtre (Chef de chœur : Ching-Lien Wu), Chœur Orpheus de Sofia (Chef de chœur : Krum Maximov), (OSR), direction : Ulf Schirmer.

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