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La forza del destino à Zurich, à marquer d’une pierre blanche

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Zürich. Opernhaus. 16-X-05. Giuseppe Verdi (1813-1901) : la Forza del destino, opéra en quatre actes de sur un livret de Francesco Maria Piave. Mise en scène : Nicolas Joel ; décors  : Ezio Frigerio ; costumes : Franca Squarciapino ; lumières : Jürgen Hoffmann. Avec : Joanna Kozlowska, Leonora  ; Stefania Kaluza, Preziosilla ; Kismara Pessatti, Curra  ; Vincenzo La Scola, Alvaro  ; Leo Nucci, Don Carlo di Vargas ; Matti Salminen, Padre Guardiano ; Paolo Rumetz, Fra Melitone ; Giuseppe Scorsin, Marchese di Calatrava ; Reinhard Mayr, un alcade ; Martin Zysset, Mastro Trabuco ; Ruben Drole, un chirurgien de l’armée espagnole. Chœur de l’Opéra de Zurich (chef de chœur : Jürg Hämmerli). Orchestre de l’Opéra de Zurich, direction Nello Santi.

© Suzanne SchwiertzL’Opéra de Zurich donne une nouvelle production de la Forza del destino qu’il convient de placer parmi les plus grands moments d’art lyrique qu’il soit possible de vivre. Abordé sous un angle classique par le metteur en scène , l’ouvrage de Verdi décline tout le panel de ce que l’on peut attendre d’une maison d’opéra aussi fastueuse que l’Opernhaus. Les décors magnifiques d’ (au bénéfice d’une longue carrière menée aux côtés des plus grands) prolongent à merveille le livret de Piave et la musique de Verdi. L’orchestre dirigé par Nello Santi et la distribution sont à l’avenant. L’unique regret éprouvé au sortir de la soirée est de ne pas rencontrer plus régulièrement en d’autres lieux une telle conjonction entre intelligence, à propos, clarté des intentions artistiques et musicalité de haut vol.

Respectant l’époque et son contexte, le travail des maîtres d’œuvre conduit avec pertinence les lignes de force du destin d’Alvaro, de Don Carlo di Vargas et de Leonora. Ainsi assiste-t-on à la détresse de cette dernière frappant à la porte du cloître, lequel est représenté par une fresque religieuse représentant le visage du Christ dans toute sa mansuétude, comme il est possible d’en admirer dans nombre de couvents florentins. Les lumières mordorées rajoutent encore à la solitude morale de la jeune femme. Plus tard, la rencontre inopinée entre Alvaro et son ennemi juré se passe sur fond de guerre, celle-là même qui, historiquement, est indissociable du Risorgimento italien, de l’œuvre entière de Verdi, exception faite de Falstaff. Tout concourt pour rendre l’entier de la pièce parfaitement crédible. Cela paraît tautologique à rappeler ainsi, mais il est hélas devenu tellement courant d’assister à des productions qui s’écartent par trop des intentions créatrices que cela mérite d’être souligné. D’autant que cette constance dans le propos tient lieu de fil d’Ariane à un ouvrage porté par un souffle romanesque des plus foisonnants. La scénographie ne lésine par ailleurs pas sur les moyens puisque le ballet de l’acte III trouve sa place, que les changements de décors sont en adéquation parfaite avec ce qu’appelle un ouvrage qui multiplie les lieux et les situations.

L’entier de la distribution mérite en outre un cortège d’éloges ; à commencer par la bouleversante Joanna Kozlowska en Leonora, dont c’est la prise de rôle à Zurich. La maîtrise vocale est parfaite et le personnage campé dans toute sa plénitude. L’immense (Don Carlo di Vargas) récolte des applaudissements nourris pour l’excellence de chacune de ses prestations, lustrées par une voix de légende, à l’instar de sa longue carrière. Le ténor possède lui aussi une connaissance intime de son personnage (Alvaro) pour ce qui est, pour lui aussi, une prise de rôle. Diction impeccable, projection et rondeur irréprochables, il instille à son chant tous les ingrédients requis par une interprétation de grande tenue, à laquelle il parvient tout particulièrement lors de ses confrontations à Don Carlo ou lors de l’épisode de sa blessure aux champs de bataille. Les ecclésiastiques, outre le fait qu’ils sont tous d’excellents acteurs, chantent leurs parties avec talent. , wagnérien émérite, trouve chez le Padre Guardiano un rôle qui lui permet de donner la mesure de ses ahurissantes possibilités vocales. Quant aux rôles parfois hâtivement considérés comme secondaires — alors que Verdi les a expressément confiés à des voix dotées d’une vaillance jamais prise en défaut — en parler reviendrait à répéter tout le bien exprimé plus haut au sujet des autres protagonistes. Parmi ceux-ci, la bohémienne Preziosilla est particulièrement valorisée par la mezzo-soprano Stefania Kaluza, qui pourrait s’aligner sans peine parmi les meilleures Carmen du moment, à n’en point douter.

Cet éventail de prestations superlatives ne serait pas complet sans souligner, une fois encore, le magnifique talent de l’indéfectible Nello Santi, dont les développements dynamiques superbement et posément amenés ménagent des phrasés d’une rare beauté, forgé dans la théâtralité légendaire qu’il sait mettre au service de l’opéra italien.

A voir absolument les 19, 22, 26, 28, 30 octobre et les 2, 5, 10, 13 et 16 novembre 2005.

Crédit photographique : © Suzanne Schwiertz

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Zürich. Opernhaus. 16-X-05. Giuseppe Verdi (1813-1901) : la Forza del destino, opéra en quatre actes de sur un livret de Francesco Maria Piave. Mise en scène : Nicolas Joel ; décors  : Ezio Frigerio ; costumes : Franca Squarciapino ; lumières : Jürgen Hoffmann. Avec : Joanna Kozlowska, Leonora  ; Stefania Kaluza, Preziosilla ; Kismara Pessatti, Curra  ; Vincenzo La Scola, Alvaro  ; Leo Nucci, Don Carlo di Vargas ; Matti Salminen, Padre Guardiano ; Paolo Rumetz, Fra Melitone ; Giuseppe Scorsin, Marchese di Calatrava ; Reinhard Mayr, un alcade ; Martin Zysset, Mastro Trabuco ; Ruben Drole, un chirurgien de l’armée espagnole. Chœur de l’Opéra de Zurich (chef de chœur : Jürg Hämmerli). Orchestre de l’Opéra de Zurich, direction Nello Santi.

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