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Moses und Aron, triomphe pour Zubin Mehta

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Munich. Nationaltheater. 4-VII-2006. Arnold Schoenberg (1874-1951) : Moses und Aron, opéra en 2 actes sur un livret du compositeur. Mise en scène : David Pountney. Décors : Raimund Bauer. Costumes : Marie-Jeanne Lecca. Lumières : Mimi Jordan Sherin. Chorégraphie : Beate Vollack. Avec : John Tomlinson, Moïse ; John Daszak, Aron ; Chen Reiss, Ein junges Mädchen ; Cynthia Jansen, Eine Kranke ; Kevin Conners, Ein junger Mann/Jüngling ; Kenneth Roberson, Der nackte Jüngling ; Christian Rieger, Ein anderer Mann ; Martin Gantner, Ephraimit ; Steven Humes, Priester. Chœur de l’Opéra de Munich (chef de chœur : Andrés Maspero), Bayerisches Staatsorchester, direction : Zubin Mehta.

Moses und Aron est l’une des œuvres les plus difficiles du répertoire lyrique – à la fois pour les interprètes et pour les spectateurs. La musique, basée sur le système dodécaphonique, et le sujet sont en effet des plus complexes. Sans raconter une histoire proprement dite, ce fragment en deux actes nous confronte avec certaines dichotomies plutôt abstraites, mais fondamentales pour la société humaine : image et parole, captivité et liberté, individu et masse, religion et prosélytisme.

Moïse reçoit l’ordre divin de convertir le peuple d’Israël au «Dieu unique, éternel, omniprésent, invisible et inconcevable». Mais Moïse se voit incapable de communiquer cette idée. Pour convaincre le peuple il a besoin du pouvoir de séduction de son frère Aron. Mais Aron va trahir la foi commune. Devant le mont Horeb, où Moïse reçoit les Dix Commandements, il offre au peuple révolté le veau d’or. Moïse est brisé.

Comment mettre en scène ce drame biblique, écrit sous l’impression du nazisme qui, pourtant, n’a nullement perdu son actualité ? Dans un cadre très abstrait, dominé par des structures métalliques, nous offre une mise en scène basée sur des associations et des symboles. Après un premier acte plutôt sobre, la grande scène du veau d’or s’avère un immense capharnaüm d’images plus ou moins faciles à déchiffrer. Le veau d’or de Pountney, ce sont les idoles du monde d’aujourd’hui : la voiture et la moto, la gourmandise et le sexe. Et dans tout cela, la violence est omniprésente. L’idée est certes pertinente, certaines scènes sont même fascinantes, mais la profusion d’image finit par lasser. En outre, la fin nous intrigue : Moïse tue Aron. Mais comment cet homme, qui vient de recevoir de Dieu même les Dix Commandements, peut-il tuer son propre frère ?

Côté musique, cette nouvelle production apporte d’abord un triomphe à qui, à la fin de cette saison, laissera sa place de Generalmusikdirektor à Kent Nagano. Préparés minutieusement, Mehta et son orchestre surmontent sans sourciller les difficultés presque surhumaines de la partition. Mais on sent surtout que Mehta aime cet opéra. Derrière la structure dodécaphonique il découvre une chaleur, voire une séduction inattendue.

Le deuxième triomphateur de la soirée est le chœur de l’Opéra de Munich : quelle précision rythmique, quelle puissance vocale, quelle intensité dramatique et quelle énonciation du texte !

Aron trouve en un interprète remarquable. Malgré quelques difficultés dans l’extrême aigu, il rend crédible ce personnage étincelant, chef et démagogue, qui sait manipuler le peuple comme personne d’autre. La voix de est riche en couleurs, son chant est nuancé, son allemand est admirable et sa présence scénique force le respect. On est plus réservé en ce qui concerne la prestation de John Tomlinson. Certes, il incarne le rôle de Moïse avec conviction et une voix toujours puissante. Mais pour quelque raison que ce soit, il tente d’éviter le plus possible le Sprechgesang imaginé par Schönberg et le remplace par une sorte d’éternel récitatif, alors que ce Sprechgesang est indispensable à la caractérisation du rôle. En privant Moïse d’un des éléments constitutifs de tout opéra, c’est à dire le chant, Schönberg exprime le grand dilemme du prophète. Il a les visions, mais ne peut les exprimer. Quel dommage que Tomlinson gomme cet élément central de la partition.

Le public à la fin s’est montré enthousiaste. Nous avons assisté rarement à une représentation d’une œuvre atonale accueillie par un tel triomphe.

Crédit photographique : © Wilfried Hösl

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Munich. Nationaltheater. 4-VII-2006. Arnold Schoenberg (1874-1951) : Moses und Aron, opéra en 2 actes sur un livret du compositeur. Mise en scène : David Pountney. Décors : Raimund Bauer. Costumes : Marie-Jeanne Lecca. Lumières : Mimi Jordan Sherin. Chorégraphie : Beate Vollack. Avec : John Tomlinson, Moïse ; John Daszak, Aron ; Chen Reiss, Ein junges Mädchen ; Cynthia Jansen, Eine Kranke ; Kevin Conners, Ein junger Mann/Jüngling ; Kenneth Roberson, Der nackte Jüngling ; Christian Rieger, Ein anderer Mann ; Martin Gantner, Ephraimit ; Steven Humes, Priester. Chœur de l’Opéra de Munich (chef de chœur : Andrés Maspero), Bayerisches Staatsorchester, direction : Zubin Mehta.

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