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Les Caprices de Marianne d’Henri Sauguet, l’esprit français

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Compiègne, Théâtre Impérial. 08-X-06. Henri Sauguet (1901-1989) : les Caprices de Marianne, opéra-comique en 2 actes sur un livret de Jean-Pierre Grédy. Mise en scène : Pierre Jourdan. Décors et costumes : Jean-Pierre Capeyron. Lumières : Thierry Alexandre. Avec : Isabelle Philippe, Marianne ; Stéphane Malbec-Garcia, Cœlio ; Armando Noguera, Octave ; Matthieu Lécroart, Claudio ; Lionel Muzin, Tibia ; Mathias Vidal, l’Aubergiste et le Chanteur de sérénades ; Jean-Pierre Descheix, la Duègne ; Magali Damonte, Hermia. Orchestre Français Albéric Magnard, direction : Miquel Ortega.

Il y a 10 ans disparaissait , le mythique directeur du Festival d’Aix-en-Provence. , pour lui rendre hommage, lui a dédié la saison 2006/07 de son théâtre. Ces Caprices de Marianne, donnés devant une assistance nombreuse de laquelle émergeaient quelques personnalités (, le librettiste, mais aussi Edmonde Charles-Roux ou ), ont été créés avec succès le 20 juillet 1954 à Aix-en-Provence. Mais comme bien d’œuvres de ces années 50 signées par Landowski, Tomasi, Milhaud ou Sauguet, les reprises furent rares, malgré la présence régulière de l’air « O amour, mystérieux amour » dans le répertoire de bien des sopranos colorature, et malgré le succès du compositeur via ses musiques de film ou de ballet (dont Les Forains).

présente l’œuvre comme un « Pelléas de milieu de siècle ». Comparaison n’est pas raison, cet œuvre ne possède ni la forme ni la profondeur de l’opéra de Debussy. Tous les airs méritent un coup d’oreille plus attentif, et le quintette du second acte est un véritable chef-d’œuvre en lui-même. Ajoutez à cela une écriture vocale toujours respectueuse de l’organe, un maniement subtil de la prosodie et une orchestration légère qui ne couvre jamais les chanteurs, tout aurait été réuni pour une redécouverte fondamentale du répertoire lyrique français. Mais le livret de se répète inlassablement, créant ainsi de vastes tunnels emplis de platitudes musicales, et l’action s’étire quand au contraire elle aurait demandé à être resserrée.

Pour défendre une telle partition au texte si important, l’équipe de chanteurs se doit d’avoir une diction des plus soignées alliée à une technique vocale irréprochable, et Pierre Jourdan a réussi ce tour de force. L’ensemble du plateau n’appelle aucun reproche, si ce n’est à la projection un peu courte dans l’éphémère rôle d’Hermia. n’a malheureusement pas les graves assez puissants pour le rôle de Claudio, plus baryton-basse que baryton, mais se sort de ces difficultés par un jeu d’une rare intelligence. On regrettera de ne pas avoir plus entendu , qui par ses courtes interventions dans deux petits rôles nous a laissé sur notre faim. Les comprimarii sont excellent dans leurs parties de vis comica, et les trois premiers rôles correspondent parfaitement à la typologie vocale de ceux qui les incarnent. est ici nettement plus à l’aise que dans ses Mozart à Saint-Céré, la tessiture de Cœlio étant plus centrale et plus basée sur l’expression que sur la virtuosité. Dommage qu’il persiste à fixer du regard le chef d’orchestre. se taille sa part de succès par un abattage scénique équivalent à son excellente interprétation de chanteur, quant à Isabelle Philippe, elle se joue des redoutables vocalises de Marianne (le rôle avait été écrit pour Lily Pons) et confirme sa position grandissante de soprano colorature sur qui on pourra compter à l’avenir. Dommage que l’ensemble de ces chanteurs ne fasse pas la carrière qu’ils méritent… Bienheureux les spectateurs de Limoges, Dijon, Metz ou Toulon et tant pis pour les parisiens.

Pierre Jourdan signe une mise en scène qui, contrairement à quelques essais précédents (un Noé surréaliste d’anthologie) reste sage et de bon goût, dans l’esprit de « frivolité sérieuse » de l’œuvre, aidé par le décor unique de . L’ultime bonne surprise de la soirée est l’Orchestre Français Albéric Magnard, qui malgré une certaine hétérogénéité a su parfaitement rendre les grâces de cette partition sous la direction attentive et légère de .

Curieux hasard des programmateurs, une autre production des Caprices de Marianne sera donnée en janvier prochain à l’Opéra de Dijon dans une mise en scène d’Eric Pérez, sous la direction de , et toujours avec en Cœlio. Trop d’abondance ne nuit point.

Crédit photographique : © Théâtre Impérial de Compiègne – Théâtre Français de la Musique

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Compiègne, Théâtre Impérial. 08-X-06. Henri Sauguet (1901-1989) : les Caprices de Marianne, opéra-comique en 2 actes sur un livret de Jean-Pierre Grédy. Mise en scène : Pierre Jourdan. Décors et costumes : Jean-Pierre Capeyron. Lumières : Thierry Alexandre. Avec : Isabelle Philippe, Marianne ; Stéphane Malbec-Garcia, Cœlio ; Armando Noguera, Octave ; Matthieu Lécroart, Claudio ; Lionel Muzin, Tibia ; Mathias Vidal, l’Aubergiste et le Chanteur de sérénades ; Jean-Pierre Descheix, la Duègne ; Magali Damonte, Hermia. Orchestre Français Albéric Magnard, direction : Miquel Ortega.

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