Eclatante Femme sans ombre

La Scène, Opéra, Opéras

Toulouse. Théâtre du Capitole. 15-X-2006. Richard Strauss (1864-1949) : La Femme sans ombre, opéra en 3 actes sur un livret de Hugo von Hofmannsthal. Mise en scène : Nicolas Joel. Décors : Ezio Frigerio. Costumes : Franca Squarciapino. Lumière : Vinicio Cheli. Avec : Ricarda Merbeth, L’impératrice ; Janice Baird, La femme de Barak ; Doris Soffel, La nourrice ; Robert Dean Smith, L’empereur ; Andrew Schrœder, Barak. Chœur et maîtrise du Capitole (chef de chœur : Patrick Marie Aubert), Orchestre National du Capitole, direction : Pinchas Steinberg.

Ouverture de saison du Capitole

Ouverture de saison particulièrement réussie au Capitole avec cette Femme sans ombre rarement donnée – et aussi rarement enregistrée. Opéra absolument superbe pourtant, dignes des œuvres les plus connues de Strauss, mais très délicat à distribuer avec ses trois rôles féminins écrasants. Et vive les femmes ! On retrouvait avec plaisir celle qui avait été une Brünnhilde mémorable sur cette même scène, , tout aussi captivante en femme de Barak. Le timbre n’est pas des plus beaux car le chant, très projeté, est un peu dur ; c’est la rançon de la puissance. Mais quelle aisance, quelle présence ! L’actrice est enthousiasmante et l’ampleur de la voix étonne. Le métal de ce chant énergique accentue encore l’autorité implacable que dégage son jeu altier. Face à elle, l’Impératrice de Ricarda Marbeth n’est pas moins souveraine – ce serait dommage dans un tel rôle – mais le timbre a plus de rondeur et l’actrice, plus douce, offre un contraste très bienvenu. Cette immortelle en quête d’humanité offre ainsi un chant moins hautain : c’est la vérité du rôle. joue, dans la Nourrice, de l’inégalité de ses registres pour composer un personnage maléfique, plus ridicule qu’inquiétant ; sans doute une extrapolation, mais convaincante. La voix, également puissante, se marie fort bien à celles de ses partenaires. Bref, vous l’avez compris, un trio féminin passionnant, jouant des différences vocales de chacune pour donner une grande vérité dramatique aux personnages.

Pauvres hommes, ils n’avaient qu’à bien se tenir. trouve en Barak en rôle qui convient parfaitement à sa nature et à sa voix. Un peu gauche en Mandryka la saison passée, il est ici touchant, rayonnant d’humanité. La chaleur de son timbre et les nuances du chant l’opposent en tout à cette femme, dure, minérale, intraitable, qu’il ne comprend pas et aime pourtant. est un très bon chanteur, sans doute, mais son Empereur manque d’autorité, la voix est un peu étroite et son réveil le trouve un peu court dans le final.

Les décors d’ résolvent habilement la question de la représentation de deux univers parallèles : un escalier (encore un !) symbolisant le monde surhumain se soulève pour découvrir une sorte d’égout où des tuyaux déversent par saccades des matières d’aspect vaguement fécal peu ragoûtant – le monde des humains. Nicolas Jœl écarte les aspects les plus symboliques du livret de Hofmannsthal pour en faire, non un conte légendaire, mais une histoire tout à fait humaine. Parti pris que l’on pourra juger simplificateur, mais qui rend en tout cas compréhensible cette histoire plutôt embrouillée. La direction d’acteurs reste sommaire, avec en particulier une nourrice à la gestuelle digne d’un film muet, et l’on se serait passé de l’anachronisme gratuit et un rien sexiste qui nous montre la femme de Barak vautrée sur un siège de camping, s’abrutissant de télévision et de magazines féminins, tout en clopant et buvant sec du whisky.

Toujours aussi sec et autoritaire, tient tout son monde d’une main de fer. Sa direction cursive et intraitable exalte les rythmes, les heurts et les lignes de la partition plus que les luxuriances de l’orchestration, préférant le jeu des contrastes abrupts aux grands embrasements. Efficace dramatiquement, le résultat pourra paraître parfois un peu dur, mais l’orchestre est dans l’ensemble très bien, si tous les solos, difficiles, ne sont pas toujours parfaits.

Accueil franchement enthousiaste du public toulousain, qui fait même un vrai triomphe à – parce qu’elle le vaut bien…

Crédit photographique : © Patrice Nin

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