La Scène, Opéra, Opéras

¿ Ole ? Si, ma non troppo !

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Dijon. Auditorium. 16-XI-2006. Georges Bizet (1838-1875) : Carmen, opéra en quatre actes sur un livret de Henri Meilhac et Ludovic Halévy. Mise en scène : Olivier Desbordes. Décors : Claude Stéphan. Costumes et lumières : Patrice Gouron. Avec : Martine Olmeda, Carmen ; Carlo Guido, Don José ; Karine Godefroy, Micaëla ; Evgenyi Alexiev, Escamillo ; Jean-Claude Sarragosse, Zuniga ; Christophe Lacassagne, Moralès, le Dancaïre ; Eric Vignau, le Remendado. Chœur du duo Dijon (chef de chœur : Bruce Grant), Orchestre du Duo Dijon direction : Dominique Trottein.

Carmen

« C’est sur la place brûlée de soleil, reflétée par les murs blanchis, que commence notre histoire… A la fin, c’est sur la place qu’au printemps l’on assistera à la corrida sanglante… » C’est ainsi qu’ explique son choix du décor unique pour les quatre actes, décor parfois agrémenté d’un tapis rouge ou bien des ballots des contrebandiers. Depuis trente ans on a tendance à faire des mises en scène dépouillées, voire misérabilistes : de Bayreuth à Aix-en-Provence, on ne montre plus que des pans de murs lépreux ou des autoroutes désolées, comme cadres pour les opéras : soit. Mais ne serait-il pas souhaitable que parfois on utilise un peu plus la couleur locale, peut-être la couleur tout court, au moins pour les costumes, pour faire de la scène d’opéra un lieu de spectacle ? Sans retourner bien sûr aux décors surchargés du XIXe siècle.

Les quatre actes se déroulent donc entre les trois murs d’une place blanche andalouse aussi gaie qu’une caserne de la Guardia Civil. Mais que cet espace carré contienne un plateau incliné encadré de quatre réverbères, tel un ring où boxeraient les protagonistes principaux, c’est un procédé qui a déjà beaucoup servi ! A trop vouloir « dire » le concept, on finit par appauvrir le spectacle tel que le public est en droit de le désirer à l’opéra, qui passe pour être un spectacle total.

Les costumes du premier acte sont ternes et c’est à peine si on remarque le rôle muet de la mort qui passe, vêtue presque entièrement de noir : le soleil apparaît bien voilé dans cette Espagne du sud. Heureusement la garde montante des enfants nous sort de notre morosité : elle est délicieuse de fraîcheur et de spontanéité : ¡ ole ! Les chœurs sont convaincants dans l’ensemble, même si parfois ils ont du mal à suivre les tempi au début de leurs interventions.

Cécile Limal (Frasquita) et Hermine Huguenel (Mercedes) sont des tireuses de cartes vocalement très présentes. En revanche leur danse dans la taverne de Lillas Pastia est moins réussie. Jean- (le Dancaïre) et (le Remendado) font deux contrebandiers très plausibles. Quant à Evguenyi Alexiev, il campe un toréador assez pâlot : le jeu est terne et la voix étouffée, surtout dans les graves qui ont du mal à s’épanouir. Karine Godefroy (Micaëla) ne manquerait pas de sensibilité et de conviction, mais hélas son vibrato trop large empêche la compréhension du texte : qu’il est difficile déjà de défendre ce rôle de la jeune fille pure face à la personnalité sulfureuse de la Carmencita !

Martine Olmeda dans le rôle-titre est servie par une silhouette agréable à regarder bouger. Le timbre convient bien au personnage, mais qu’elle est sage ! La Habanera du premier acte manque tellement de sensualité ! On peut lui reprocher aussi quelques aigus forcés, mais sa performance est cependant cohérente. On lui a malheureusement demandé, ainsi qu’à plusieurs autres acteurs, de faire des gestes obscènes qui n’apportent strictement rien aux scènes de séduction, sinon une impression de déjà-vu et de vulgarité gratuite. L’érotisme et la sensualité ne doivent pas être confondus avec le racolage : olé olé, ma non troppo, SVP !

Après avoir planté ces banderilles, nous crierons aussi « ¡ ole ! » pour , doté d’une jolie voix de ténor. Malgré quelques petites faiblesses vocales, il campe d’une façon fort convaincante Don José et l’évolution de la psychologie du personnage. a mené l’orchestre avec brio, sans temps morts. Les vents ont été à la hauteur de la situation et leurs soli ont bien mis en valeur l’écriture aérée et méditerranéenne de .

Crédit photographioque : © Duo Dijon 2006

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Dijon. Auditorium. 16-XI-2006. Georges Bizet (1838-1875) : Carmen, opéra en quatre actes sur un livret de Henri Meilhac et Ludovic Halévy. Mise en scène : Olivier Desbordes. Décors : Claude Stéphan. Costumes et lumières : Patrice Gouron. Avec : Martine Olmeda, Carmen ; Carlo Guido, Don José ; Karine Godefroy, Micaëla ; Evgenyi Alexiev, Escamillo ; Jean-Claude Sarragosse, Zuniga ; Christophe Lacassagne, Moralès, le Dancaïre ; Eric Vignau, le Remendado. Chœur du duo Dijon (chef de chœur : Bruce Grant), Orchestre du Duo Dijon direction : Dominique Trottein.

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