La Scène, Opéra, Opéras

Au croisement de la musique, de la danse et du théâtre

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Reims. Grand Théâtre. 01-XII-2006. Christoph Willibald Gluck (1714-1787) : Orphée et Eurydice, opéra en trois actes sur un livret de PierreLouis Moline d’après Ranieri da Calzabigi. Edition de Paul Vidal pour l’Opéra-Comique (1921). Mise en scène et chorégraphie : Thierry Malandain. Décors et costumes : Jorge Gallardo. Lumières : Jean-Claude Asquié. Avec : Florian Laconi, Orphée ; Magali de Prelle, Eurydice ; Pauline Courtin, L’Amour. Danseurs du Ballet Biarritz. Ars Vocalis (chef de chœur : Hélène Le Roy). Orchestre du Grand Théâtre de Reims, direction : Laurent Touche.

Orphée et Eurydice

Quelques jours après sa création à Saint-Etienne, le Grand Théâtre de Reims, coproducteur du spectacle, accueillait cette nouvelle production d’Orphée et Eurydice de Gluck. Entre la version de la création en italien à Vienne en 1762 avec un castrat en Orphée, celle de 1774 en français pour haute-contre, puis l’adaptation de Berlioz en 1859 pour alto, les versions de cet opéra ne manquent pas. En voici encore une autre ce soir, avec l’édition de 1921 de Paul Vidal, qui a transposé le rôle d’Orphée pour un ténor, a supprimé l’ouverture, et a modifié de nombreux détails de l’orchestration.

La mise en scène est de Thierry Malandain, chorégraphe, directeur depuis sa création en 1998 du Ballet Biarritz. C’est sa première mise en scène d’opéra, mais il a déjà réglé les ballets de plusieurs productions lyriques par le passé. Il a choisi de centrer sa scénographie sur le thème du mariage : Eurydice meurt en robe de mariée, les autres sont également en costume de noce, même les Furies, mais colorées en rouge sang, et quand Orphée et Eurydice remontent des enfers, ils marchent à l’intérieur de deux grandes alliances (seul élément discutable, car ils ont plutôt l’air de hamsters tournant dans leur roue). Il n’y a pas de décors, sinon un grand écran vert en fond de scène, et une grande rose qui descend des cintres au troisième acte. Visuellement, le résultat est très beau, simple et sobre, aussi bien pour les parties dansées que pour les parties chantées. Les ballets sont comme il se doit très bien réglés, vivants et imaginatifs, mais Malandain ne s’en contente pas, et il soigne aussi la partie théâtrale. Les trois chanteurs sont bien dirigés, et leurs gestes, s’ils sont plutôt conventionnels, sont véridiques et émouvants.

Avant d’en détailler les prestations individuelles, soulignons d’abord l’extrême qualité de la diction française de la distribution, dont chaque membre émet un français parfaitement intelligible, dans les passages déclamatoires autant que dans les airs. Le ténor tient le rôle d’Orphée, dans lequel il réalise une prestation sans faute. La voix est belle et puissante, la projection idéale, l’émission ferme, et il chante avec autant de style que de cœur. Comme attendu, il est sublime dans le célèbre, « J’ai perdu mon Eurydice », mais c’est durant toute la soirée qu’il ravit l’oreille par son chant châtié, élégant et héroïque. Malgré des phrasés très éloquents, Magali de Prelle est une Eurydice moins convaincante. Le chant est impliqué, et le timbre ne manque pas d’attrait, mais le grave est fuyant, et elle connaît de redoutables problèmes de justesse, qui rendent parfois ses interventions pénibles. ne rencontre pas ces problèmes : son Amour est délicieusement frais, bien chantant et lumineux. Belle prestation du chœur Ars Vocalis, aux voix expressives, mais à la diction assez floue.

Toujours très vert de sonorité, l’ est en bonne forme, et est dirigé de manière claire et équilibrée par . D’un fort impact dramatique, sa direction très tendue privilégie la continuité du discours, mais laisse respirer les chanteurs, et est d’une belle aisance chorégraphique.

Le public était nombreux, avec comme toujours une forte présence juvénile, et ne ménageait pas ses applaudissements à une production qui tant du point de vue scénique que du point de vue musical, aura été particulièrement réussie, et confirme le très bon niveau de cette saison lyrique rémoise, qui se poursuivra en cette fin d’année avec La Vie Parisienne.

Crédit photographique : © Cyrille Sabatier

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Reims. Grand Théâtre. 01-XII-2006. Christoph Willibald Gluck (1714-1787) : Orphée et Eurydice, opéra en trois actes sur un livret de PierreLouis Moline d’après Ranieri da Calzabigi. Edition de Paul Vidal pour l’Opéra-Comique (1921). Mise en scène et chorégraphie : Thierry Malandain. Décors et costumes : Jorge Gallardo. Lumières : Jean-Claude Asquié. Avec : Florian Laconi, Orphée ; Magali de Prelle, Eurydice ; Pauline Courtin, L’Amour. Danseurs du Ballet Biarritz. Ars Vocalis (chef de chœur : Hélène Le Roy). Orchestre du Grand Théâtre de Reims, direction : Laurent Touche.

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