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Les grosses ficelles de Savary

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Lausanne. Opéra de Lausanne. 23-XII-2006. Franz Lehár (1879-1948) : La Veuve Joyeuse, opérette en trois actes sur un livret de Victor Léon et Léo Stein. Adaptation française de Gaston de Caillavet et Robert de Flers (1909). Mise en scène et adaptation : Jérôme Savary. Eclairages : Alain Poisson. Décors : Ezio Toffolutti. Costumes : Michel Dussarrat. Chorégraphie : Nadège Maruta. Avec : Noëmi Nadelmann, Missia Palmieri ; Jean-François Lapointe, Prince Danilo ; Marc Laho, Camille de Coutançon ; Brigitte Hool, Nadia ; Jérôme Savary, Baron Popoff ; Humberto Ayerbe-Pino, Lérida ; Olivier Podestà, D’Estillac ; Frédéric Longbois, Figg ; Sylvain Muster, Kromski ; Ulpia Gheorghita, Olga Kromski ; Jean-Pierre Gos, Bogdanovitch ; Lauranne Jaquier, Sylviane Bogdanovitch ; Florent Blaser, Pritschitch ; Prune Guillamon, Prascovia Pritschitch. Chœur de l’Opéra de Lausanne (chef de chœur : Véronique Carrot). Orchestre de Chambre de Lausanne direction : Cyril Diederich.

La Veuve Joyeuse

Paris 1909. La Belle Epoque. Maxim’s. Le champagne. La France et l’Europe avec elle vivent dans l’amusement et l’insouciance. La Veuve Joyeuse de est un immense succès – 20’000 représentations depuis sa création quatre ans auparavant. Paris se doit de la recevoir. Dans un langage plein de finesse et d’humour galant, les auteurs dramatiques Gaston de Caillavet et en font une excellente adaptation française en vers. Bien sûr, aujourd’hui, on ne s’esclaffe plus à la désuétude littéraire ses dialogues. On sourit. Mais le raffinement de la musique de Franz Lehar, son sens de la mélodie colle parfaitement au charme de cette langue théâtrale du début du siècle dernier. S’il est aujourd’hui important d’en revoir quelques formules vieillottes, il n’est certainement pas indispensable de traiter le livret à coups de mauvais jeux de mots ou d’allusions douteuses comme s’en offre la liberté l’adaptation de présentée à l’Opéra de Lausanne.

Pour le metteur en scène et directeur de l’Opéra Comique de Paris, tout est bon pour faire son show. Qu’il mette en scène La Veuve Joyeuse ou un quelconque autre opéra, il use de ses habituelles ficelles théâtrales. Malgré la grossièreté du propos, malgré les gags vus et revus, les plaisanteries dignes de TF1, il faut bien reconnaître que cette grosse artillerie draine le public derrière elle. Alors, pourquoi devrait-il jouer la subtilité là où la facilité suffit ? Peut-être par honnêteté artistique !

A Lausanne, la veuve de se doit d’être sinon pétillante du moins tapageuse. Chacun s’y atèle avec énergie. Mais bientôt, le déséquilibre des genres éclate. D’un côté, la vulgarité aboyante de l’acteur (Le Baron Popoff) et de son second de scène (Figg) et de l’autre, la classe de (Missia Palmieri) et de (le Prince Danilo). Comme si ce couple n’avait rien à voir avec cette mauvaise comédie, on sent les deux artistes s’en détacher pour recréer leur propre climat poétique selon Lehar. Dans leur attitude, le courant passe. Ils respirent la passion et l’amour. La soprano, souffrante, reste malheureusement en deçà des capacités vocales dont elle est capable (voir notre critique de Mahagonny), mais elle campe néanmoins une Comtesse Palmieri de belle facture. A ses côtés, est tout simplement superbe. Admirable acteur, parfait diseur, il offre une jeunesse vocale de grande qualité. A côté d’un grimaçant mais puissant (Camille de Coutançon), on note encore l’excellente prestation tant vocale que théâtrale de (Nadia), bonne compagne de scène subvenant avec brio à quelques aigus perdus par les manques vocaux des grippées ! Avec une jeunesse vocale flamboyante, elle prend un plaisir évident à la scène et en régale le public sans compter. Merci !

Après l’entracte, la farce devient lourde et le spectacle se confond dans un brouhaha scénique exagéré. Les déambulations du baron Popoff-Jérôme Savary simulant (?) l’ivresse, une bouteille de champagne à la main sont d’une vulgarité peu commune. Heureusement que le cancan final enlevé avec une énergie et une précision débordantes efface un peu la déception laissée par un spectacle qui tient plus de la comédie de boulevard que de l’opérette viennoise.

Dans la fosse, l’ est bien préparé même si la baguette de aurait pu être plus enjouée.

Crédits photographiques : © Marc Vanappelghem

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Lausanne. Opéra de Lausanne. 23-XII-2006. Franz Lehár (1879-1948) : La Veuve Joyeuse, opérette en trois actes sur un livret de Victor Léon et Léo Stein. Adaptation française de Gaston de Caillavet et Robert de Flers (1909). Mise en scène et adaptation : Jérôme Savary. Eclairages : Alain Poisson. Décors : Ezio Toffolutti. Costumes : Michel Dussarrat. Chorégraphie : Nadège Maruta. Avec : Noëmi Nadelmann, Missia Palmieri ; Jean-François Lapointe, Prince Danilo ; Marc Laho, Camille de Coutançon ; Brigitte Hool, Nadia ; Jérôme Savary, Baron Popoff ; Humberto Ayerbe-Pino, Lérida ; Olivier Podestà, D’Estillac ; Frédéric Longbois, Figg ; Sylvain Muster, Kromski ; Ulpia Gheorghita, Olga Kromski ; Jean-Pierre Gos, Bogdanovitch ; Lauranne Jaquier, Sylviane Bogdanovitch ; Florent Blaser, Pritschitch ; Prune Guillamon, Prascovia Pritschitch. Chœur de l’Opéra de Lausanne (chef de chœur : Véronique Carrot). Orchestre de Chambre de Lausanne direction : Cyril Diederich.

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