La Scène, Opéra, Opéras

La belle Meurtrière

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Genève. Grand-Théâtre. 16-III-2007. Lady Macbeth de Mzensk, opéra en quatre actes et neuf tableaux sur un livret d’Alexandre Preis et Dimitri Chostakovitch. Mise en scène : Nicolas Brieger. Décors : Mathias Fischer-Dieskau. Costumes : Bettina Walter. Lumières : Simon Trottet. Avec : Stephanie Friede, Katerina ; Vladimir Matorin, Boris ; Gordon Gietz, Zinovyï ; Nikolai Schukoff, Sergeï ; Elena Gabouri, Aksinia ; Alexandre Kravets, le Balourd miteux ; Romaric Braun, le boutiquier ; Christophe Coulier, le portier ; Sanghun Lee, Premier Commis ; Bisser Terziyski, Deuxième Commis, le Maître d’école ; Omar Garrido, Troisième Commis ; Nicolas Carré, Le Meunier ; Lyonel Grélaz, le Cocher et l’Ivrogne ; Alexandre Vassiliev, le Pope ; Slobodan Stankovic, un Sergent de Police ; Aleksandar Chaveez, le Sergent, le Policier ; Feodor Kusnetsov, un vieux bagnard ; Nora Sourouzian, Sonietka ; Victoria Martynenko, une détenue. Chœur de Grand Théâtre (chef de chœur : Ching Lien Wu), Chœur Orpheus de Sofia (chef de chœur : Krum Maximov), Orchestre de la Suisse Romande. Direction : Alexandre Lazarev.

Lady Macbeth de Mzensk

« Rompre l’ennui par le crime ». Parce que Katerina s’ennuie auprès d’un mari insignifiant et d’un beau-père tyrannique, elle les tue car ils sont susceptibles d’empêcher une aventure amoureuse en laquelle elle croit.

Dans un écrit de janvier 1934 que le Grand-Théâtre de Genève publie dans le programme de cette production, explique les tenants et les aboutissants de son œuvre, et y précise en quelques pages la caractérisation de ses personnages. Des indications précieuses pour qui est appelé à diriger cet opéra. Mais la tendance actuelle veut qu’on réinvente. Alors…

Jouissant d’une brochette d’acteurs plus disponibles que lors de la création du spectacle d’ouverture de la saison 2001 du Grand Théâtre de Genève, ne profite malheureusement pas de cet avantage pour approfondir sa mise en scène et révéler tout le discours musical de Chostakovitch. La musique de Lady Macbeth de Mzensk fleure l’ironie et la satire. Les pires actions du livret sont illustrées d’images sonores en rupture totale avec la scène. Ainsi l’amour de Katerina ne laisse aucune place au mystère et au sentiment. Là où le livret raconte l’amour, la musique dit le sexe. Reconnaissons pourtant au metteur en scène un beau savoir-faire pour créer des climats saisissants avec des décors () dépouillés et des lumières () crues. Cependant, son ironie laisse souvent place à un réalisme presque choquant. Comme dans la scène du viol de la cuisinière Aksinia (excellente ).

Si une partie des « créateurs » de la première production genevoise retrouvent les rôles qu’ils avaient créés, les nouveaux protagonistes donnent néanmoins un souffle nouveau à cette mise en scène. Sans oublier la lumineuse prestation de la soprano de la création originale et son mal de routine qu’elle incarnait talentueusement, avec , Katerina devient une froide et belle meurtrière. Véhémente lorsqu’elle se confronte avec son beau-père autant que touchante à l’approche de la mort, la soprano fait sien un rôle difficile. À ses côtés, le ténor (Sergeï) est un amant cynique dont les aigus éclatants de jeunesse cinglent jusqu’aux cintres. Par ailleurs excellent acteur, son physique de jeune premier qu’il exhibe sans vergogne occupe tout l’espace du plateau. (Zinovyï) cache derrière son interprétation du mari de Katerina l’étoffe d’un bel artiste. Ayant à son répertoire des rôles aussi brillants que Tamino (La Flûte Enchantée) ou le rôle-titre des Contes d’Hoffmann, se dissimuler vocalement dans l’esprit d’un mari insignifiant en blanchissant sa voix démontre une belle humilité devant la Musique. Chapeau !

Parfois bruyant, l’ ponctue la scène d’une énergie notoire, emmené dans ce délire musical par la baguette d’un Alexander Lazarev au fait de la partition. Mais la brutalité et la violence de sa direction conviennent à l’œuvre. Et tout particulièrement à l’envahissante bestialité du beau-père que campe un formidable Vladimir Matorin (Boris) qui retrouve ici un rôle taillé à sa mesure. Qui se souvient de son extraordinaire Boris (Godounov cette fois-ci) qu’il chanta à Genève en 1993 aura revu l’artiste à qui l’on avait exigé de calmer son jeu et son chant pour ne pas faire ombrage à , la vedette du moment qui chantait le rôle en alternance ! Quatorze ans plus tard, sa voix semble être plus ardente encore. La conduisant avec une maîtrise inouïe, la dominant sur tout le spectre, elle lui laisse l’occasion de pousser théâtralement son détestable personnage dans l’excès. On en vient presque à regretter que le livret l’assassine au premier acte !

Last but not least, on louera, une fois de plus, l’admirable préparation et l’excellence du Chœur de Grand Théâtre renforcé pour l’occasion par le Chœur Orpheus de Sofia.

Crédits photographiques : © GTG/Ariane Arlotti

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Genève. Grand-Théâtre. 16-III-2007. Lady Macbeth de Mzensk, opéra en quatre actes et neuf tableaux sur un livret d’Alexandre Preis et Dimitri Chostakovitch. Mise en scène : Nicolas Brieger. Décors : Mathias Fischer-Dieskau. Costumes : Bettina Walter. Lumières : Simon Trottet. Avec : Stephanie Friede, Katerina ; Vladimir Matorin, Boris ; Gordon Gietz, Zinovyï ; Nikolai Schukoff, Sergeï ; Elena Gabouri, Aksinia ; Alexandre Kravets, le Balourd miteux ; Romaric Braun, le boutiquier ; Christophe Coulier, le portier ; Sanghun Lee, Premier Commis ; Bisser Terziyski, Deuxième Commis, le Maître d’école ; Omar Garrido, Troisième Commis ; Nicolas Carré, Le Meunier ; Lyonel Grélaz, le Cocher et l’Ivrogne ; Alexandre Vassiliev, le Pope ; Slobodan Stankovic, un Sergent de Police ; Aleksandar Chaveez, le Sergent, le Policier ; Feodor Kusnetsov, un vieux bagnard ; Nora Sourouzian, Sonietka ; Victoria Martynenko, une détenue. Chœur de Grand Théâtre (chef de chœur : Ching Lien Wu), Chœur Orpheus de Sofia (chef de chœur : Krum Maximov), Orchestre de la Suisse Romande. Direction : Alexandre Lazarev.

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