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Entre Planète des singes et Guerre des étoiles

Festivals, La Scène, Opéra

Munich. Bayerische Staatsoper. 28-07-2007. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Rigoletto opéra en trois actes sur un livret de Francesco Maria Piave. Mise en scène : Doris Dörrie. Décors et costumes : Bernd Lepel. Lumières : Michael Bauer. Projections : Tobias Heilmann. Avec : Piotr Beczala, le duc de Mantoue ; Carlos Álvarez, Rigoletto ; Elena Mosuc, Gilda ; Mauricio Muraro, Sparafucile ; Elena Maximova, Maddalena ; Heike Grötzinger, Giovanna ; Michael Dries, le comte de Monterone ; Christian Rieger, Marullo. Chœur du Bayerische Staatsoper (chef de chœur : Andrés Maspero). Orchestre de l’Opéra d’État de Bavière, direction : Friedrich Haider.

Bayerische Staatsoper

Cette production de Rigoletto fit couler beaucoup d’encre le soir de la première en février 2005 et fut vite surnommée «la planète des singes». Le rideau se lève sur le dénouement : la scène est plongée dans le noir. Un cosmonaute – Rigoletto- nous tourne le dos agenouillé devant une tombe surmontée d’une croix tandis que des planètes s’éloignent ou s’approchent projetées sur l’écran en fond de scène. Ce qui différencie le bouffon n’est plus sa bosse mais sa condition d’homme sur une planète dominée par les singes. Les choristes se trémoussent comme des primates à la cour d’un duc de Mantoue plus simiesque que le prince de la Renaissance du livret original.

Le critique blasé ne s’étonne plus de rien : que Giovanna soit un robot type Guerre des étoiles, que Gilda coiffée comme la princesse Leia se couche dans une tente de camping jaune après avoir chanté «Caro nome», que Rigoletto manie le faisceau laser de Dark Vador, qu’une immense valise Vuitton constitue le décor du deuxième acte ou que Maddalena ait l’apparence de Catwoman et fouette son amant de duc après l’avoir attaché à la rambarde de l’escalier, la metteuse en scène s’est fait plaisir et multiplie les allusions aux bandes dessinées ou films d’anticipation.

Le plus réussi de cette transposition demeure l’atmosphère entre chien et loup qui se dégage du dernier acte : un fond de scène nuageux, du noir et du blanc comme dans un bon polar, un éclairage lunaire allant s’amenuisant pour laisser Rigoletto seul en scène devant la tombe de sa fille tandis que tonnent les derniers accords de l’œuvre : la boucle est bouclée. Le public bavarois dans sa grande majorité a déjà vu cette mise en scène ou en a eu vent avant de franchir le seuil du théâtre puisque le festival d’opéra de juillet est une compilation des productions données pendant la saison. Aucun murmure réprobateur ne viendra ponctuer la représentation.

On aimerait savoir par curiosité si les artistes ont eu le temps de répéter avec l’orchestre car le planning de ce mois de juillet où le Bayerisches Staatsorchester joue presque tous les soirs un opéra différent laisse pantois. Pour être exact 19 opéras différents sont présentés en un mois, sans parler des concerts et des ballets. Est-ce pour cette raison que nous avons entendu à plusieurs reprises des décalages entre la fosse et le chœur? Par ailleurs, sans démériter, la direction de , un peu routinière, manque parfois de poigne et mériterait de mettre plus en valeur certains détails d’orchestration. Il faut cependant lui reconnaître une attention à ses solistes.

En effet, de ce côté, nous sommes plutôt gâtés : la distribution va du satisfaisant au très bon. Dans la première catégorie nous rangerons le Sparafucile de , la Maddalena de et le duc de Piotr Beczala. Ce dernier propose une incarnation solide mais il lui manque cette classe dans la ligne de chant, dans le phrasé qui fait les très grands ducs. Elena Mosuc possède une des techniques les plus accomplies du moment, lui permettant des longues phrases sur le souffle, une dynamique dans les nuances, des aigus et suraigus limpides, bref du bel canto.  que nous avions entendu en avril et mai à Vienne dans Sulpice, Gérard et Posa confirme l’excellente impression que nous laisse le baryton natif de Malaga depuis quelques années. Son incarnation émouvante, sa voix d’airain et sa musicalité lui ont assuré un triomphe mérité.

Crédit photographique : Production 2005 du Bayerische Staatsoper © Wilfried Hösl

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